notre société est fracturée...

Samedi 17 avril 2010 // La France

Pour Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République : « Le constat n’est pas neuf, notre société est fracturée, mais jamais cette réalité n’a été si aiguë ». Il ajoute que la France est devenue une « société inquiète et sans espérance où se pose la question du vivre ensemble ». Notre pays souffrirait ainsi de « fatigue psychique ». Faut-il voir là, la cause de cette abstention record et de la remontée du Front national lors des dernières élections régionales. ? Ce ne serait pas la première fois qu’un peuple ferait sécession, c’est même une constante de l’histoire humaine. Quand les élites ne se trouvent plus en phase avec la Vox populi.

Or tel est le phénomène qui s’impose à la France, les soi-disant élites culturelles et politiques du monde officiel français ne partagent plus les valeurs constitutives de notre communion nationale. Un groupe d’opinion qui n’inclut qu’une poignée d’intellectuels, de politiques et d’hommes des médias parisiens s’arrogent le droit de définir le politiquement, le moralement et jusqu’à l’esthétiquement correct, la plupart du temps contre la véritable opinion publique. Ainsi, soumis à la tyrannie de groupes d’influence et de minorités agissantes, le citoyen se cabre et finit par déserter l’isoloir. Ce qui ne signe aucunement un désintérêt pour la politique. Au contraire.

Dans un monde où trop de nos compatriotes ont l’impression de perdre la maîtrise de leur destin, Nicolas Sarkozy, avait eu la capacité de rassurer et de convaincre en 2007. Aujourd’hui, il y a une déception radicale et une rupture de confiance. Peu conscients des dures réalités de la crise économique internationale, les citoyens, d’ailleurs, vivement encouragés dans cette voie par les bons esprits de gauche, attendent toujours les résultats des promesses faites : Ils n’ont plus confiance dans la capacité d’agir du chef de l’état.

Qui plus est, alors que l’art de la politique consiste à susciter l’adhésion du plus grand nombre sur une vision d’avenir, une impression de confusion s’est installée avec une « ouverture à gauche » forcenée et des discussions indéfinies d’où ne ressort aucun grand projet pour le pays.

Il y avait beaucoup de prétention à laisser croire qu’il était possible de tout maîtriser de la part du candidat Sarkozy et beaucoup d’infantilisme et de naïveté chez les citoyens à y croire. Insidieuse marxisation des esprits férus d’un État-Providence qui aujourd’hui n’en peut plus face aux rouleaux compresseurs de la mondialisation.

Les transferts sociaux continuent pourtant de représenter une protection substantielle pour tout un chacun : les critères de santé, de savoir et de niveau de vie de l’ONU placent notre pays en excellente position internationale après le Canada, les Pays-Bas et la Suède, et avant les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Reste que la crise est là ; La misère gagne, le chômage monte et les gens sont tenaillés par la peur de l’avenir et du déclassement qu’exacerbent trop de déclinologues et de démagogues patentés ; Ce qui explique, si l’on en croit les sondages à répétition, que les Français soient devenus le peuple le plus pessimiste de toutes les nations européennes.

La vérité du mal français va bien au-delà des réalités économiques. Sans foi, il n’y a plus de confiance. « Si l’on ne croit à rien, si rien n’a de sens et si nous ne pouvons affirmer aucune valeur, tout est possible et rien n’a d’importance », remarque Albert Camus dans La Peste. Or, dans cette société de plus en plus normée dans laquelle on nous oblige à vivre, il est de bon ton de considérer que l’on peut rire de tout. Certes, un peu d’humour est un signe de santé pour une société, mais telle cette vague déferlante de dérision tout à la fois médiocre et remplie de bassesse, qui submerge notamment l’audiovisuel, traduit en fait un nihilisme destructeur.

Avec des Stéphane Guillon et autres énergumènes des « guignols de l’info », on est loin de Juvénal ou de Daumier. Bien et mal, beau et laid, tout est désormais brouillé. Et, cet univers moralement épouvantable est néfaste pour l’âme et le moral de notre pays. Comme l’est également, cette « téléréalité » qui, de « Psy show » à « Kohlanta », transforme les esprits en sadiques, voyeurs et exhibitionnistes. De même, pourquoi tolérer ce jeunisme bêlant qui laisse croire à l’enfant que tout lui est dû ? Faut-il s’étonner après cela de la violence à l’école où l’on accepte et tolère insolences, incivilités répétées, insultes, et d’autres menaces quasi criminelles ?

La crise est d’abord une crise du « sens ». La sagesse, et le bon sens, sont sans cesse bafouée ; la paupérisation, l’insécurité, la destruction systématique des valeurs spirituelles et nationales, le communautarisme et l’islamisme se conjuguent pour inquiéter les plus lucides des Français. Pas étonnant que des millions d’électeurs, en particulier de droite, aient choisi de se réfugier sur l’Aventin pour manifester leur contestation muette, d’une société dans laquelle ils ne se reconnaissent plus et d’un pouvoir qui n’applique pas la politique pour laquelle il a été élu.

Quant à la gauche, sans programme et sans charisme, son erreur est de crier victoire, elle n’a rien gagné sinon par défaut. Les vrais problèmes demeurent.

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