ZONE EURO : MARTEAU ET ENCLUME.

Mercredi 6 juillet 2011 // L’Europe

Les dirigeants grecs et ceux de la zone euro sont pris entre des intérêts contradictoires et risquent d’être débordés par des populations frappées par les mesures d’austérité.

La dette souveraine de la Grèce a été évaluée à 250 milliards d’euros au moins. Le plan de sauvetage adopté en mai 2010 consistait en un prêt de 110 milliards d’euros en échange de réductions budgétaires (elles ont été de 5% en un an), d’augmentation des impôts (la NA est passée de 19 à 21 %) et de privatisations. Mais, un an plus tard, la récession économique est estimée à 4,5% et la dette continue de se creuser. Les institutions prêteuses se font tirer l’oreille pour débloquer une tranche de 12 milliards d’euros. Le Conseil de l’Europe des 22-23 juin (27 pays qui ne font pas tous partie, de la zone euro, comme la Grande-Bretagne, la Pologne, la République tchèque...) ne veut pas entendre parler d’un nouveau plan de soutien. On ne pourra pourtant pas en éviter un équivalent au premier.

Les entreprises publiques grecques auraient une valeur de 30 milliards d’euros. Mais qui pourrait acheter de tels biens et prétendre les exploiter sereinement ? L’immobilier d’Etat représenterait de 140 à 210 milliards d’euros. L’Eglise grecque, avec son patrimoine immobilier et ses avantages fiscaux, est également sur la sellette.

Le Premier ministre Georges Papandréou tente de constituer un gouvernement d’unité nationale pour faire accepter un nouveau plan d’austérité de cinq ans. Mais il est pris entre le marteau des révoltés (très nombreux lors de la grève générale du 15 juin) et l’enclume de la troïka (Frai, BcE, Commission) qui exige des sacrifices difficiles à imposer.

Avec une moindre intensité, la situation est la même au Portugal, en Espagne et en Irlande où les gouvernements, de droite comme de gauche, sont considérés par l’opinion publique comme des otages de la troïka. Il est facile de raisonner un gouvernement. Il est presque impossible d’obtenir la compréhension de populations qui ne veulent pas payer les pots cassés par leurs dirigeants successifs. La crise de la zone euro est d’abord une crise politique.

Jean-Claude Trichet pour la BCE, Jean-Claude Juncker pour I’Eurogroupe, Angela Merkel, Nicolas Sarkozy sônt tous d’accord pour sauver l’euro, mais ils sont en profonde opposition sur les mesures à mettre en oeuvre. Les deux principaux acteurs de la zone euro étaient à la mi-juin-en opposition frontale. La Banque centrale européenne veut éviter tout « événement de crédit » tout-arrangement sur les prêts consentis à la Grèce qui serait interprété par les agences de notation et les spéculatëurs comme un début de banqueroute.

Angela Merkel est quant à elle confrontée à sa majorité parlementaire qui refuse tout soutien`supplémentaire à la Grèce. Mais elle veut sauver la zone euro qui avantage l’économie allemande. La Chancelière voudrait donc que les banques privées participent au sauvetage, alors que la BCE voudrait éviter cet effort aux banques et souhaite que les Etats prennent de nouvelles mesures de rigueur. Ceci en attendant que la zone euro mette en place des mécanismes automatiques de punition en cas de laxisme budgétaire.

Nicolas Sarkozy, qui craint les conséquences d’un défaut grec sur trois grandes banques françaises, soutient la BCE tout en cherchant un compromis avec Angela Merkel. Comme il y a peu de protagonistes et que tous constatent avec angoisse que la situation est en train de dégénérer, un arrangement provisoire a été trouvé pour aider la Grèce. Mais le sursis ne sera que ;-de quelques mois au terme desquels la question de la sortie de l’euro de certains pays ne sera plus tabou.

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