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Yannick Noah mon Idole !..

Lundi 31 janvier 2005, par Paul Vaurs // Homme d’honneur

De champion de tennis à star de la chanson, Yannick Noah a réussi une reconversion unique pour un sportif de haut niveau. Tennisman, la musique l’aidait à supporter la solitude. Sorti des courts, il a décidé d’en faire son métier. Après dix ans de travail et grâce à des rencontres opportunes, il est désormais de ceux que les maisons de disques cajolent. Il vient de finir une tournée triomphale dans toute la Fran­ce, et son dernier album, « Pokhara », devrait dépasser le million d’exemplaires vendus à la fin de l’année. Grisé, il caresse même l’idée de devenir comé­dien à Hollywood... Portrait d’un faux dilettante, que la chanson a « Libéré ».

Yannick ! », clap-clap-clap, « Yannick ! », clap-clap-clap. Frappant des mains, tapant des pieds, enchaînant les « ola », la foule massée dans le Palais omnisports de Paris-Bercy s’impatiente. 14 000 personnes attendent l’entrée en piste de leur idole, Yannick Noah. Automne 1986, quart de finale du tournoi de Bercy ? Vous n’y êtes pas. Automne 2004, deuxième concert géant de l’année à Paris pour le chanteur Yannick Noah. À dix-huit ans d’intervalle, le même homme remplit Bercy. Champion de tennis ou star de la chanson, peu importe. C’est la même ferveur populaire. « Ce qui m’arrive est incroyable, convient-il, presque risible ! » À la fin de l’année, Yannick Noah devrait avoir vendu 1 million d’exemplaires de son dernier album, Pokhara.. Performance rare dans un contexte morose pour l’industrie du disque. Seuls quatre autres albums ont été sacrés disque de diamant (plus de 1 million d’exem­plaires vendus) depuis le début 2004. Voilà, surtout, l’ancien surdoué de la terre battue installé parmi les valeurs sûres de la chanson française.

Son album précédent, Yannick Noah, sorti en août 2000, s’était déjà écoulé à 1,6 million d’exemplaires. Sans faire de bruit, Yannick Noah est entré dans la cour des grands que les maisons de disques cajolent. Chez Sony Music, qui édite Noah, seuls Francis Cabrel, Garou, Jean-Jacques Goldman, Céline Dion et Patricia Kaas dépassent réguliè­rement le cap du million d’albums vendus.

Une tournée marathon vient amplifier le succès. De mars à novembre, Yannick Noah a sillonné cinq jours sur sept la France des Zéniths et autres Parcs des exposi­tions. En tout, 69 dates, à guichets fermés, soit en­viron 400 000 spectateurs prêts à débourser entre 35 et 58 euros. Par deux fois cette année (en mars puis en octobre), Noah a fait salle comble à Bercy, la plus grande en France. « C’est une trajectoire assez unique de reconversion d’un sportif de très haut niveau. Normalement, dans une vie, il n’y a qu’un seul Graal. Lui en a trouvé deux. C’est bluffant », estime Michel Grach, ami d’enfance de Yannick Noah et directeur médias de la Fédération française de tennis. Deux carrières, dans des domaines fort distincts. Deux réussites spectacu­laires. Aucune des deux ne doit quoi que ce soit au hasard, contrairement à ce que laissent supposer la nonchalance du personnage et son image d’homme béni des dieux, censé transformer en or tout ce qu’il touche.

Dans la chanson comme dans le tennis, Noah a travaillé et persévéré. Si bien que quand le succès arrive, au début des années 2000, son histoire avec la musique est déjà ancienne. « Le premier disque que mon père m’a acheté, se souvient-il, c’était un 45-tours du groupe Creedence Clearwater Revival, du rock coun­try. Je l’écoutais en boucle. Je chantais en « yaourt », tentant d’imiter l’anglais. Papa était très jazz, salsa, musique cubaine. Maman très Brel, Mous­taki, Reggiani. À la maison, ça dansait, ça chantait tout le temps. » À l’époque de son enfance, dans les années 1960, le Cameroun succombe tout entier à la folie James Brown. « Le jeudi, se rappelle Yannick Noah un sourire aux lèvres, on arrivait au cinéma deux heures avant la séance pour des concours de danse et de chant. Les rares fois où je réussissais à vaincre ma timidité, je me lançais. Et j’étais éliminé dès le début. Mais c’était la fête ! »

Puis vient, à 12 ans, le temps du sport études de tennis, à Nice. Son mange-disques l’aide à combattre la solitude. « J’écoutais tous les disques que mes parents m’avaient achetés. C’était le lien avec eux. » Du rhythm and blues. James Brown toujours. Et les Pop­pies... Rien qu’à prononcer le nom de cette chorale d’enfants, le visage de Noah s’illumine et retrou­ve le sérieux de l’enfance. « Je m’y voyais ! J’étais un Poppy ! » La nature faisant bien les choses, le Poppy grandit (beaucoup) et se transforme en Beatles. « L’album bleu, puis rouge. C’était la folie ! Pour la pre­mière fois, il y avait les textes dedans, on pouvait suivre ! Je réalisais que tout cela avait un sens... »

Après un tournoi-exhibi­tion à Tokyo, il est le pre­mier, en France, à posséder un Walkman, qui ne le quittera plus. « La musique était le compagnon de tous mes voyages en solitaire, pour les tournois. » Téléphone, Renaud, Kate Bush, les Rolling Stones, Bob Marley, Manu Dibango... J’ai toujours vécu à travers un rythme musical. Lorsque je jouais au tennis, mon jeu comportait forcément des percussions, un souffle. » Dans les fêtes, Noah se travestit et chante. « France Gall, Donna Summer, Joséphine Baker... Nicole Croisille, je fais très bien Nicole Croi­sille. » Il faut un petit effort d’imagination pour s’en convaincre.

En pleine déprime tennistique, il propose le plus sérieusement du monde à un copain batteur de partir monter un groupe de rock au Cameroun. Nous sommes en avril 1983. Ce n’est que parce que ce dernier a le bon goût de refuser que Noah gagne Roland-Garros... qu’il fête avec le groupe Téléphone, en chan­tant jusqu’à l’aube. Il s’initie à la composition avec le chanteur Hervé Christiani. Suit, pendant quinze jours, une tournée de Téléphone. « Je portais les caisses. Tout ce que je voyais me donnait envie. Il y avait une équipe, une ambiance, ils avaient le droit de s’éclater la nuit. C’était le contraire de ce que je vivais, qui était dur... »

En 1991, alors qu’il a pris sa retraite de joueur et s’apprête à devenir capitaine de Coupe Davis, un ami producteur, Micky Milan, l’invite à découvrir son studio d’enregistre­ment. Noah improvise sur des bandes musi­cales prévues pour un chanteur souffrant. « J’ai déliré. C’était grisant, ce son qui arrivait fort dans le casque. » Tellement grisant que Noah compose tout un album. TF1 sent le filon, en extrait son futur tube de l’été, Saga Africa. matraquée sur les ondes, dansée par l’équipe de France victorieuse en Coupe Davis. La chan­son devient disque d’or (plus de 250 000 exem­plaires vendus). L’album (Black & What !), album d’or (plus de 100 000 exemplaires ven­dus). Yannick Noah vit « toute cette aventure comme un cadeau du ciel » : « On a fait une vidéo à la Guadeloupe. On s’est bien éclatés. Surtout, j’ai fait venir une dizaine de potes danseurs came­rounais à qui ça a permis d’avoir des papiers ! »

Il est temps de faire un vrai disque, qui lui plaise vraiment.

Plus rock. Franck Langolff, le compositeur de Vanessa Paradis, écrit les paroles, Noah la musique, d’un disque pop-rock chanté en anglais (Urban Tribu). « Il était déjà chanteur s’enthousiasme Franck Langolff. Il a toujours chanté, ce gamin. Et rien ne l’arrête. C’est Tarzan, c’est un héros ! » Noah devient l’élève assidu de la plus célèbre des profes­seurs de chant de l’époque, Mm Charlot. Hum­blement, il apprend à respirer, à placer sa voix, à la timbrer, et surtout à dépasser sa pudeur naturelle. « J’avais besoin de me travestir et je chantais tout en force parce que je suis timide en fait, reconnaît le gaillard de 1,93 m. Elle m’a appris à ouvrir ma sensibilité. »

Noah fait venir un bassiste des Etats-Unis, le fils de la soeur de sa mère, François Guibbaud,

qui peine à croire que le cousin tennisman soit miraculeusement devenu chanteur. Et monte un groupe qui entame, à l’automne 1993, la tournée des petites salles de concert et des grosses boîtes de nuit. « D’un coup, assure Noah, je vis un fantasme, une libération. Je chante pendant des heures, et je ne suis déjà plus du tout joueur de tennis dans ma tête. L’année précédente, j’étais reçu comme un héros national, par les télés parce qu’on avait gagné la Coupe Davis. Là, chan­teur, je me retrouve dans des loges grandes comme des cagibis. Je suis content de me balader en bus avec les musiciens, de dormir dans des hôtels pourris. Je veux commencer la chanson par le début, apprendre le métier, revenir à la réalité. Dans ma carrière de tennisman, les moments les plus difficiles, c’est quand ça a vraiment marché. »

L’apprenti chanteur est comblé au-delà de ses espérances. Sa tournée avec le groupe « Les Frites » fait un bide monumental. « C’était violent, admet François Guibbaud. On a joué dans des boîtes de nuit techno où les gens ne venaient pas écouter Yannick mais seulement le voir de près, comme une bête de cirque. Et puis, ils n’étaient pas prêts à l’entendre chanter ce qu’il chantait. C’était un tel contre-pied à Saga Africa, qui l’avait fait passer pour le rigolo de service, pour un singe amuseur ! » Le pire souvenir ? Sans conteste Pontivy (Morbihan). C’est Noah qui raconte, avec l’humour distancié de celui qui a triomphé de l’adversité. « Quand on est arrivés en ville, dans l’après-midi, il y avait des haut-parleurs qui annon­çaient la venue de « Yannick Noah et son orchestre ». On s’est dit qu’avec ça il y aurait du monde.! C’était une salle pour 1000 personnes... Ma chambre d’hôtel donnait sur le parking de la salle. À 20h30, alors que je mettais mes habits de lumière, j’ai vu qu’il n’y avait personne en bas. Je me suis dit qu’ils étaient sûrement sur un autre parking, derrière. Mais quand j’ai ouvert la porte de la salle, personne. Avec les musiciens, on s’est dit « S’ils sont deux, on va tout leur donner ! », et on a bu un canon. On a joué deux heures, on hurlait «  Salut public adoré ! On va s’éclater ensemble ! ». Les gens rigolaient. Il y avait une maman avec son gosse. Et un type avec un chien qui a aboyé pendant tout le concert. Et encore, ils n’étaient là que parce que les portes avaient été ouvertes gratuitement.! Ce soir-là, on s’est dit que ce n’était pas gagné... »

Les musiciens finissent tous, la tournée à moitié déprimés. Noah, lui, n’en laisse rien paraître. « Ça ne m’a pas traversé l’esprit d’arrê­ter ». assure-t-il aujourd’hui. Avec ses revenus d’ancienne gloire du tennis, les tournois seniors, le capitanat de Coupe Davis puis de la Fed Cup et la publicité, Noah a de quoi s’offrir une galère plutôt confortable. En 1998, il sort chez East West un nouvel album entièrement écrit et composé avec son groupe, désormais plus sobrement baptisé Zam-Zam. Musiques afro-reggae, cinq têtes sur la pochette, pas de promotion ni de télévision... L’album ne dépasse pas les 5 000 exemplaires vendus. Les Zam-Zam écument les petits concerts privés et les fêtes de village.

Sans le flair de Jean-Jacques Goldman et de son frère Robert (alias J. Kapler), compositeur et producteur, Yannick Noah aurait peut-être connu le destin de chanteur de Stéphanie de Monaco. Fan de tennis, Jean-Jacques Goldman connaît Yannick Noah de longue date. Il l’a souvent croisé sur le plateau d’un des spec­tacles des Enfoirés pour les Restaurants du coeur. Les frères Goldman ont repéré le poten­tiel de l’ancien champion qui jouit d’une bonne image, il a du charisme et déjà dix années d’expérience de la scène derrière lui. « Ce n’était pas un chanteur à succès, mais c’était déjà un chanteur, se souvient Robert Goldman. » C’était flagrant. Il était passionné et il dégageait quelque chose. On n’a rien créé. On a seulement accompagné. De toute façon, ce n’est pas un gars à qui on peut imposer quoi que ce soit ! »

Entourés d’une équipe d’auteurs-composi­teurs (Jacques Veneruso, Erick Benzi, Gildas Arzel) capables de produire des tubes de manière quasi scientifique, les Goldman pro­posent clés en main des chansons à Noah. Qui refuse « Je leur ai répondu que c’était sympa d’avoir pensé à moi, mais qu’ils ne devaient pas perdre leur temps », raconte Noah avec le même flegme qu’alors. Peur de décevoir.? D’être dépossédé de sa musique puisqu’il écrit, compose et interprète avec les Zam-Zam ? Crainte que son groupe fasse les frais de l’opé­ration.? « Un peu tout ça », concède-t-il. Finale­ment, Noah, flanche en écoutant les chansons écrites à son intention. « J’ai réalisé qu’on me faisait un énorme cadeau. » Et obtient, surtout, que les Zam-Zam soient associés à la nouvelle aventure qui démarre chez Sony Music.

Chanter, en français, des textes écrits par d’autres, n’est pas, de toute évidence pour lui. « Le challenge, poursuit Jacques Veneruso, c’était de faire comprendre aux gens que ce n’était pas un sportif qui se disait « Qu’est -ce que je vais faire maintenant ? » Dès qu’on le connaît, on comprend que la musique, il a plongé dedans, depuis très long­temps. « Il fallait juste lui trouver des chansons qui le rendent crédible comme chanteur. » La première fois qu’il écoute son nouvel album (Yannick Noah), Noah ressent « du plaisir », et c’est nou­veau. « Avant, j’avais un problème avec ma voix... En fait, on s’est trouvé, avec le public le jour où je me suis senti vraiment dedans.

À partir de l’été 2000, tout s’enchaîne très vite an effet. Une tournée des plages avec David Hallyday. Puis, en 2002, une première vraie tournée des grandes salles. La première partie de Johnny Hallyday pendant l’été 2003, dans des stades de 50 000 places, avec un public qui n’est pas franchement le sien, mais qu’il conquiert haut la main. L’album Pokhara, sorti en Novembre 2003, déjà vendu à 900 000 exemplaires. Et une nouvelle tournée mara­thon des plus grandes salles de France. Noah gagne 1 million d’euros par an. Et se dit plus heureux comme chanteur qu’il ne l’a jamais été comme champion de tennis. Même quand il termine un concert aux limites de l’épuise­ment, comme ce soir de la mi-octobre à Poitiers, parce qu’il chante pour la cinquième fois d’affilée dans la semaine.

« A 44 ans, c’est dur, physiquement, de se relancer soir après soir. Mais j’aime voir les gens chanter, en transpiration, parfois en larmes, c’est une émotion indescriptible ! » Rien à voir avec le tennis, cette « explosion d’adrénaline à la balle de match, et l’énorme douleur si tu perds ». « Là, tu te régales, tu planes, pendant deux heures et demie. » Le bon­heur de l’absence de compétition. Partager, « se fondre dans un groupe, pouvoir créer une com­munion ». Noah parle comme il chante, bien que d’autres écrivent pour lui ces textes pleins de bons sentiments qui défendent ce que personne n’attaque. L’amour, la frater­nité, la sagesse, l’espoir, le métissage, etc.

Noah chante des comptines un tantinet angélique. « Des mots de paix et de couleur, un peu d’ivoire, un peu d’ébène, tendres nuances entre nos coeurs entre ta peau et la mienne » ou encore : « J’aime les pieds des nouveaux-nés, ces douceurs à caresser ! et même les larmes qui désarment, qu’on ne peut que pardonner »... Bref, rien que de très paix en amour pour celui qui aurait rêvé de vivre Woodstock. Le tout sur des musiques fédératrices, tendance eth­nique. Un doux, et exo­tique mélange de reggae, de rythmes africains, de cithares népalaises, qui conserve pourtant un très rassurant cachet « variété française ». Consensuelles dans les textes comme dans la musique, ces chansons drainent le public de tous âges, dont rêvent toutes les maisons de disques. On vient au concert en bande à 15-20 ans, en couple à 30 ans, an famille à 40 ou 50, avec les adoles­cents et le petit dernier, qui ne sait même pas que Noah a un jour joué au tennis.

Beau plan marketing ? Impossible de lui écrire autre chose, se défend la fine bande d’auteurs. Noah ne dégage que du positif ! « Et venant de lui, insiste Erick Benzi, on est prêt à entendre ça parce qu’on sait que c’est sincère, qu’il n’y a pas de cynisme. » Noah, qui voue une passionà Annie Cordy et défend encore aujourd’hui un Saga Africa qui l’a pour­tant étiqueté boute-en­train de mariage durant une décennie, assume sans complexes. « Moi, j’écoute Cloclo. J’aime tout ce qui peut faire sourire, danser, bouger ! S’il y a des injustices qui me pèsent, je ne veux pas m’en servir pour gagner du fric. Ça me pose un problème de conscience. » Les gamins laissés à l’abandon dans les cités, les enfants malades, la détresse des prisonniers, l’incitent à agir, pas à écrire.

La théorie, la politique, Noah n’y croit guère. « J’avais écrit une chanson sur les sans-abri, mais je n’ai jamais pu la chanter. Je préfère vider ma poche quand j’en vois un. Je connais trop de mecs qui chantent et qui, dans la rue, détournent la tête. » Homme de terrain, c’est sur scène qu’il se sait le meilleur dans son nouveau métier de chanteur. « C’est vraiment là que ça se passe », dit-il, retrouvant pour l’occasion cette assurance, cet esprit combatif qui lui ont permis de gagner vingt-trois tournois ATP. « C’est peut-être mal perçu en France, mais je n’ai jamais eu de doute. Depuis le moment où je chan­tais les yeux fermés comme un Poppy, j’ai toujours pensé que je pouvais être aussi bon que les mecs qui jouent aujourd’hui en France. Quand je vois notre spectacle, je me dis qu’on est là où on doit être. » Si immodeste soit-il, difficile de démentir le propos. Effectivement, Yannick Noah a tout d’une bête de scène.

C’est d’ailleurs ce qui a convaincu Robert Goldman de le prendre sous son aile. « Je l’avais vu en concert avec son groupe. On voyait qu’il prenait un plaisir énorme, et transmettait ce plaisir à la salle. Peu de gens venaient alors le voir, mais ceux-là revenaient. Noah et son groupe jouaient jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’électricité ! » Confirmation du producteur Jean Claude Camus.­

L’ancien athlète, qui continue de courir une heure par jour, donne l’impression de prendre la salle à bras-le-corps. Il se dépense sans compter. Sait, en dansant, fort habilement jouer de son sex-appeal, même s’il ne cède à la facilité de montrer ses abdominaux que dans le dernier quart d’heure... Continue de chanter avec son guitariste perché sur ses épaules. Et son plaisir est hautement communicatif. Même à Bercy, salle aussi vaste que difficile à « chauffer », les spectateurs ne demeurent pas longtemps assis, très rapidement persuadés qu’ils sont de la proximité de Yannick Noah, de son désir de « s’éclater avec eux », de « faire la fête entre copains ». comme il le dit lui-même. Des « potes » auxquels il s’adresse constamment durant le concert, qui tourne parfois au spectacle de disques vendus, peu à peu, par un phéno­mène de bouche-à-oreille. « Dans mes rêves les plus fous, j’espérais 200 000 ou 300 000 » Les tubes extraits de l’album s’enchaînent : Simon Papa Tara, La Voix des sages, Les Lionnes...

Noah commence à être pris au sérieux. Les critiques musicaux les plus sceptiques doi­vent se rendre à l’évidence. L’engouement populaire consacre Noah comme chanteur à part entière. Sa voix n’est pas d’une puissance folle, mais le faux dilettante travaille, pro­gresse vite, privilégie un style tout en douceur qui sied à sa personnalité et à son image publique de gars sympa et « cool ». « On a été rassurés dès la première séance en studio d’enregis­trement, avoue Erick Benzi, l’un des auteurs. Il n’avait pas une voix à la Johnny, mais ça ne l’em­pêchait pas de donner du plaisir aux gens. De toute façon, les chanteurs de reggae n’ont jamais eu une voix formidable... Et puis, un vrai chanteur n’est pas qu’une voix. Lui a un physique, un charisme et le coeur du public. » Ami intime de l’ex-tennisman, le chan­teur Charlélie Couture s’agace encore de cette période où il entendait Yannick Noah « systématiquement attaqué par principe. » « Cela me semblait sans fondement. Je trouvais qu’il chantait juste et qu’il mettait une telle passion à chanter que j’étais ému par sa sincérité. Mais le challenge d’une double carrière est difficile à faire passer en France. Maintenant, il n’y a vrai­ment plus de contestation possible. Il a prouvé qu’il savait tenir une salle comme il savait garder la balle sur le terrain. »

Lorsque Noah s’empare d’un téléphone, il incendie la personne au bout du fil. « Pourquoi tu n’es pas à mon concert ? ... » Il se mêle aussi volontiers au public en d’interminables bains de foule chantants. Pourquoi fait-il cela ? « Pourquoi pas ?, s’étonne-t-il. J’aime les gens, je n’ai pas peur d’être proche d’eux. Ils voient que quand je dis qu’on est tous les mêmes, ce ne sont pas que des mots. C’est un des moments forts du concert. Ça les touche. »

Saint Noah ! « Tu es en mission, Papa, c’est grave », lui dit sa fille. Il faut le voir en concert, pieds nus, torse nu, en sueur, tapoter des mains à n’en plus finir, tel un Pape rock qui bénirait ses ouailles. Il faut l’entendre s’enquérir, entre deux chansons de la place réservée aux handicapés dans la salle. Il faut lire les lettres qu’il reçoit par ...milliers !! NOAH, c’est cela.

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