WOERTH BETTANCOUR

Vendredi 24 septembre 2010 // La France

Un rendez-vous judiciaire est d’ores et déjà fixé au 17 août, à l’initiative de Georges Kiejman, avocat de Liliane Bettencourt : la Cour d’appel examinera une demande d’annulation du supplément d’information décidée le 1er juillet par la juge Isabelle Prévost-Desprez. Un désaveu de la présidente de chambre du tribunal correctionnel réjouirait son ennemi intime, le procureur Philippe Courroye, qu’on dit très proche de Nicolas Sarkozy, sans toutefois mettre fin aux investigations. Car lui-même s’active beaucoup après avoir lancé trois enquêtes préliminaires liées à l’affaire. Ses investigations devront aller jusqu’au bout, ce qui prendra du temps.

Malgré lui, Eric Woerth reste l’une des vedettes de l’enquête. Son rôle dans la collecte de fonds au bénéfice de l’UMP (parti de Nicolas Sarkozy) dont il fut officiellement le trésorier jusqu’à fin juillet 2010, intrigue. De même que celui d’un membre fort discret de son entourage, Eric de Sérigny, qui occupe au cabinet du ministre du Travail une fonction officieuse, comme précédemment au Budget. Il fait bénéficier, dit-on, le ministre de son épais carnet d’adresses dans le monde des affaires. Il est aussi le créateur du W 19 : W pour Woerth et 19 pour le nombre de ses membres, triés sur le volet. Objectif : Matignon ? C’est du moins ce qui se disait sur la carrière d’Eric Woerth avant que l’Affaire Bettencourt ne lui tombe sur la tête.

Eric de Sérigny dont le père fut le directeur de l’Echo d’Alger pendant la guerre d’Algérie, est aussi une relation de Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt. Outre leur appartenance à la noblesse, ils affichent d’autres points communs, celui par exemple d’avoir mis sur pied, en 2007, un club huppé qui ne rassemble que des patrons et hommes d’affaires d’influence, favorables à Nicolas Sarkozy.

Les soupçons, de financement politique occulte et illégal, pèsent sur Eric Woerth, mais ils ne sont pas clairement étayés. La principale accusatrice du duo Woerth de Maistre se trouve être Claire Thibout, ex-comptable de Liliane Bettencourt, entendue à neuf reprises par les policiers. Elle n’a jamais varié sur ses accusations à l’endroit des deux hommes. Le plus embarrassant, c’est la Légion d’honneur remise à Patrice de Maistre par Eric Woerth, alors ministre du Budget, le 23 janvier 2008. Cette distinction a donné lieu à des investigations serrées. Patrice de Maistre fait partie de la promotion du 14 juillet 2007, après que Jean-Louis Borloo eut signé le décret en tant que ministre de l’Economie et des Finances. Mais coïncidence troublante, l’un des entretiens d’embauche de Florence Woerth avec le gestionnaire de fortune Patrice de Maistre, a eu lieu juste quelques jours plus tard, avant d’être définitivement recrutée en novembre 2007. On sait que le ministre Eric Woerth et Patrice de Maistre contestent en choeur que l’embauche de l’épouse du ministre ait été dictée par les relations d’affaires que les deux hommes entretenaient.

L’affaire n’est donc pas facile d’autant plus que les journalistes d’investigation de la place de Paris sont à la recherche de nouvelles révélations. La dernière en date exhumée par Libération du 4 août, est qu’Eric Woerth serait intervenu dans la succession du sculpteur César, ce qui a permis une économie de 27 millions d’euros qui ne sont pas tombés dans l’escarcelle du fisc. On évoque aussi l’Affaire Peugeot qui risque de rattraper le ministre du Travail. Des affaires pas très catholiques qui permettent de pronostiquer une rentrée explosive en septembre où le même ministre aura à défendre un dossier-phare du quinquennat de Nicolas Sarkozy : la réforme des retraites.

Eric Woerth, un ministre affaibli, bien que soutenu par ses collègues du gouvernement.

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