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Vous prenez la mesure des dessous archaïques …

Dimanche 5 juin 2011, par Véronique Hervouët // La France

Ces « dessous » ne vous paraissent pas « froufroutant ».

Nous en convenons. Mais ne convient-il pas de poursuivre le déshabillage de la crise identitaire ?

Auprès de Véronique Hervouët, nous bénéficions d’un guide de grande qualité !

« Les dessous archaïques de la crise identitaire », suite et fin.

« Les dessous archaïques de la crise identitaire »

par Véronique Hervouët -psychanalyste »

Suite et fin…

De la carence du désir à la crise identitaire

Nous venons de voir comment se structurent et se différencient les montages de l’identité dans la société chrétienne et les sociétés traditionnelles. Nous allons maintenant aborder la crise identitaire contemporaine. C’est-à-dire comment se sont déstabilisés les modèles identitaires, éducatifs et culturels que nous avons exposés.

Tout d’abord, que se passe t-il quand une société comme la nôtre congédie l’Interdit et ses applications pour leur substituer le contraire, le principe de l’Impératif de jouissance (10) ? Je pointe en ces termes les mutations sociales, économiques et culturelles que résument parfaitement deux slogans bien connus : « Il est interdit d’interdire » et « Jouissons sans entraves ».

Au niveau de l’élaboration subjective

Dans un contexte familial où la présence paternelle tend à s’effacer, la séparation de la mère et de l’enfant devient aléatoire.

 « Le désir tend alors à se perpétuer sur le mode primaire et narcissique du désir « d’être » », articulé au désir de la mère. Quant à l’identification sexuelle, elle devient hypothétique faute de la contribution du père et de sa loi pour assurer la représentation de la différence sexuelle et engager l’affranchissement du sujet.


« Mère et fils » Tableau acrylique de Chantal Payet- 2000

 « Ce qui vient alors à émerger à l’état brut, désarrimé du désir d’objet qui le positive, c’est le manque à « être », c’est-à-dire le vide structurel intérieur qui habite l’être humain du fait qu’il parle ».

Les symptômes de cette carence identitaire s’expriment de multiples façons. Sous la forme de marquages du corps qui tentent de pallier à l’effacement du sujet du langage et du désir : piercings, tatouages, coiffes, rasages, marques et accessoires vestimentaires ostentatoires.

Où nous reconnaîtrons le retour spontané et privatisé de rituels identificatoires, comparables à ceux qui sont institués dans les sociétés primitives et tribales.

Peuples de l’OMO

Papouasie…

Cette faillite subjective et cette carence du désir se projettent dans le champ de la consommation sur le mode de l’achat compulsif, de l’anorexie et de la boulimie.

Tandis que dans l’espace médiatique, qui a pris en otage les procédures sociales de reconnaissance en les cantonnant dans les limites de la notoriété, elle prend le caractère pathétique de la fascination pour le vedettariat et la quête effrénée de célébrité.

Sosies…

Sur le plan sociétal, la quête identitaire se poursuit sur le mode de la revendication d’appartenance (sexuelle, ethnique, religieuse), connotée, comme nous l’avons vu, des rivalités et frustrations qu’engendre toujours la recherche aléatoire de « l’être ».

Cette quête identitaire comporte aussi un revers : « le dégoût et le déni de soi ».

Position que l’on peut constater, sur le plan individuel, par l’expansion du suicide (notamment chez les jeunes, les chômeurs, les victimes du stress en entreprise).

Le relativisme culturel

Le dégoût et le déni de soi se manifeste aussi au plus haut niveau politique. Il prend les dehors d’un « relativisme culturel » qui se donne les gants d’un humanisme universel où les cultures et civilisations seraient différentes mais en leur fond et valeurs équivalentes.

Cette considération relève d’un aveuglement (inconscient ou volontaire) mais aussi d’un ethnocentrisme occidental. Car les valeurs supposées à ce « multiculturalisme universel » sont celles des Droits de l’Homme. Que cela plaise ou non ces valeurs humanistes sont issues des valeurs égalitaires énoncées dans les Évangiles. Ce sont elles qui ont permis, sur le temps long, de battre en brèche les principes inégalitaires, sexistes et tribaux (qui régnaient dans le champ occidental comme partout ailleurs) et qui régissent encore aujourd’hui la plupart des sociétés traditionnelles.

C’est en quoi le concept de l’Homme Universel ne concerne que l’Homme au singulier. L’individu. Il ne peut s’étendre aux différentes sociétés humaines qui sont loin d’être universelles en leur valeurs, modes de vies et conceptions de l’Homme (notamment celle de la Femme, qui constitue quand même la moitié de l’humanité).

Libre à chacun, à tout Homme de la planète, d’adhérer aux valeurs humanistes, de se les approprier. Et même de les faire revivre quand elles sont aujourd’hui trahies par leurs plus indignes héritiers.


L’usage pervers du terme « racisme »

Les promoteurs du relativisme culturel sont de ces héritiers indignes. Ils exercent leurs basses-besognes sous couvert de la « belle-âme », étayée de la menace. Celle-ci consiste à faire appel en permanence à cet argument qu’est le « racisme » pour culpabiliser, discréditer et paralyser leurs contradicteurs.

Pour en finir avec cet argument fallacieux, il faut savoir que le racisme — qui est la haine et la discrimination de l’Autre en tant que tel — a pour prototype le mépris, la haine et la discrimination de cet Autre générique qu’est l’Autre-sexe. Or, c’est précisément ce racisme originel — l’infériorisation et la discrimination des femmes — qui structure les mœurs des sociétés traditionnelles. Et c’est précisément sur ce point que portent la plupart des critiques qu’elles suscitent. Le relativisme culturel, qui qualifie ces critiques de « racistes », considère donc qu’ « il est raciste de s’opposer au racisme ». Cette inanité ne fait que s’ajouter aux multiples symptômes d’aliénation de la pensée occidentale contemporaine.

Il est impératif d’étudier cet effacement du sens parce qu’il est le vecteur d’autodestruction de notre culture mais aussi la cause de notre impuissance à y résister.

La substitution du chiffre à la lettre et l’effacement du Sens

Le relativisme culturel est issu de la désacralisation de l’Homme qui est intervenue au cours des quarante dernières années, quand s’est imposée la société de consommation. Celle-ci a substitué à l’Interdit fondateur « judéo-chrétien » le mot d’ordre opposé : « l’Impératif de jouissance » qui propulse aujourd’hui la marchandisation du monde et l’industrialisation mondiale de la finance.

Cette désacralisation de l’Homme est liée à celle de la Parole. Les sciences ne sont pas pour rien dans cette dévaluation du verbe. Les performances des sciences exactes et de la technique leur ont conféré une telle crédibilité que la croyance y a trouvé refuge, leur conférant un immense pouvoir qui a porté « sur les fondements même de la pensée ». Ayant l’efficience pour visée et le chiffre comme outil de mesure, « les sciences ont en effet attribué au chiffre le pouvoir de dire la Vérité qui était autrefois fonction de la lettre et des Lettrés ». C’est ainsi que le « quantum » s’est substitué au « qualitatum ». Quant aux valeurs éthiques qui structuraient la pensée et permettaient d’annexer la technique et l’économie aux décisions politiques, elles ont fait place à la valeur comptable qui impose désormais la prévalence des critères économiques.

La logique d’inversion qui sous-tend cette désintégration des structures du langage a pour conséquence de rendre inefficients la plupart des concepts fondateurs de la pensée occidentale, notamment le concept philosophique de « valeur ».

Il n’est donc pas superflu de le redéfinir : les « valeurs » c’est ce par quoi s’expriment les conceptions du Bien et du Mal qui constituent les fondements de « la » morale (11), c’est-à-dire la boussole et les garde-fous des sociétés humaines.

Ces critères d’évaluation du Bien et du Mal et donc de « la morale » participent de l’élaboration, du respect et de la transmission de « normes » qui ont pour mission d’assigner un cadre — des « limites » — au champ d’action des différentes composantes humaines de la société. Mais ces critères s’avèrent fort différents d’une civilisation à l’autre.

Du point de vue de la société occidentale, celui des Lumières et des Droits de l’Homme, l’évaluation du Bien et du mal s’élabore à l’aune du critère d’ « humanité ». Le Droit occidental se spécifiant d’ « opposer des limites à la voracité des plus forts pour garantir le droit des plus faibles ».

C’est là prendre le contre-pied de la tendance archaïque, qui a cours dans la plupart des sociétés traditionnelles où le Droit a pour fonction de légitimer et maintenir l’arbitraire des inégalités sociales.

En optant, au nom de l’efficacité scientifique et marchande, pour des « valeurs » comptables, la société occidentale s’est détournée du langage et du Sens qui donnaient accès à sa conception du Bien et du Mal.


« L’Homme de Vitruve »…

Ce faisant, elle a répudié « l’humanisme » qui est issu du meilleur de ce que le christianisme avait engendré : ces valeurs de justice, d’égalité et de solidarité, qui donnent sens au concept d’intérêt général.

Le fantasme identitaire des « élites » mondialisées

La « valeur comptable » à laquelle est aliénée la société occidentale réfère à un réel dépourvu de sens autre que la jouissance des objets, auquel l’Homme de la masse en tant qu’agent économique et matière première (12) est peu à peu assimilé. Dépouillé de sa dignité de Sujet unique et irremplaçable, de la sacralité que lui avait conféré le christianisme, l’Homme n’est plus protégé contre les pulsions destructrices qui l’animent.

Cette dévaluation de l’Homme est accélérée par la mondialisation médiatique et économique. Celle-ci consiste à faire gouverner des masses toujours plus vastes et anonymes par un nombre toujours plus restreint d’individus hypermédiatisés.
Il en résulte une division de la collectivité humaine en deux catégories :

- une masse d’êtres humains anonymés, tels un bétail, auxquels est affecté implicitement un statut de « sous-hommes »,


Œuvre de Donald Mitchell

- et une petite élite mondiale de sujets hyper-identifiés, gratifiés d’exorbitants privilèges économiques et symboliques leur conférant un statut d’exception qui confine à celui de « surhommes ».


G 20 2009… ou la Crise sur les visages…

Cette bipartition humaine signe la fin de l’Homme Universel et le retour des féodalités.

Le sacrifice culturel : par pertes et profits

Cet élitisme à dimension planétaire est le vecteur politique et médiatique du relativisme culturel. Il consiste à accorder reconnaissance aux exigences de l’Autre, liées à sa « différence », sans condition ni contrepartie. Mais qu’on ne s’illusionne pas sur cette apparente générosité. Si les « élites » ne demandent rien en échange de la légitimité qu’elles accordent aux revendications identitaires, c’est d’une part parce que « ça ne leur coûte rien » et aussi parce ce qu’ « elles ne leur confèrent aucun sens ». Tout comme elles ne confèrent aucun sens à leur propre héritage culturel. Parce qu’elles ont cessé d’y associer leur identité qu’elles projettent désormais dans un miroir à la dimension du monde… qu’elles entendent diriger !

Le relativisme culturel, pour ancré qu’il soit dans les fantasmes identitaires des « élites », ne l’est pas moins dans celui du « profit ». C’est en ce point qu’il s’articule au totalitarisme économique.

Les revendications identitaires des sociétés traditionnelles, qui ont pour objet de faire appliquer leurs principes inégalitaires et légitimer des relations de domination indexées à la différence sexuelle, se substituent en effet avantageusement aux revendications économiques auxquelles les peuples occidentaux ont associé leur dignité. Mais ce que les accommodements consentis par les « élites » impliquent, c’est de subvertir les fondements égalitaires de la Loi occidentale.

L’Histoire et la géopolitique la plus contemporaine nous enseignent que de telles concessions du Droit impliquent tôt ou tard d’autres exigences, notamment territoriales. Mais ceci ne décourage pas les « élites » qui commencent à y faire droit sans état d’âme. Parce que ces territoires ne représentent plus rien pour elles. Leur désir étant de donner réalité à un monde sans frontières, pour avoir accès aux seuls territoires qui leur importent : ceux qui détiennent les ressources énergétiques.

La satisfaction des revendications identitaires des sociétés traditionnelles en territoire occidental a pour contrepartie le sacrifice des populations d’accueil. À commencer par leur héritage culturel où s’enracine leur identité et leur mode de vie. Un mode de vie auquel ils sont d’autant plus attachés qu’il s’est construit au prix de luttes et sacrifices qui ont permis, sur le temps long, d’élaborer une société où s’équilibrent la liberté individuelle et l’intérêt général. C’est-à-dire la moins pire, sinon la meilleure des sociétés possibles.

Le Nouvel-Homme du Nouvel Ordre Mondial

On nous parle de l’avènement d’un « Nouvel Ordre mondial », d’une « gouvernance mondiale »… Cette visée suppose logiquement l’avènement d’une nouvelle humanité mondialisée. C’est-à-dire, « in fine », son unification.

L’éloge de la « diversité » et le relativisme culturel recouvrent en effet « un idéal paradoxal d’uniformisation humaine et culturelle ». Celui-ci présente tous les caractères fantasmatiques de « l’Homme Nouveau ». Cet idéal s’exprime dans les mêmes termes racialistes que la sinistre version précédente, mais sous une forme inversée. Il s’agit cette fois-ci de promouvoir l’émergence d’un Homme planétairement unifié, mais sur le mode de « l’hétérogénéité métisse » et de « hybridité culturelle » (13). Cette élection n’en souligne pas moins l’existence de « races pures », mais cette fois pour les condamner à disparaître, pour le bien de tous. Sous cette vision messianique d’un futur où l’humanité serait enfin réconciliée avec elle-même grâce à l’effacement des différences, se profile à nouveau le redoutable « rejet de l’altérité ». Cette conception idéologique du métissage présente un point commun avec cet autre versant de la crise identitaire qu’est l’homosexualisme (14) : ils sont sous-tendus par le même fantasme phobique et totalitaire d’ « Unicité ». La raison en est que la problématique inhérente à l’altérité a pour prototype celle de la différence sexuelle (15). Dans les deux cas, « l’idéologie a pour objet d’abolir le Réel de la différence et de lui substituer le fantasme d’un fusionnement où l’UN résorberait l’Autre ».

Loin d’instaurer la pacification des conflits identitaires, il est notoire que toute tentative d’effacement des différences contribue au contraire à leur exacerbation (16). En suscitant l’essor réactionnel du phallocentrisme qui les sous-tend. Les angoisses, rivalités et frustrations liées à la précarité de l’identité phallique génèrent alors une multiplicité de processus de ségrégation et revendications. Ceux-ci créent les conditions de guerres civiles qui ressemblent en tous points aux guerres tribales où la pulsion de mort, la phobie et la haine sont indexées à celles de l’Autre, déterminé comme toujours à l’aune de signes ayant valeur de castration.

Les ressorts archaïques du victimisme identitaire

La problématique phallique sous-jacente à la construction identitaire que nous venons d’examiner permet de comprendre le sens et les enjeux mais aussi le caractère formel des revendications identitaires contemporaines.

Nous pouvons remarquer qu’elles en présentent toutes les caractéristiques et paradoxes : un style impérieux et violent, une formulation victimaire exprimant un sentiment de privation et d’humiliation — c’est-à-dire d’outrage à la « dignité » phallique.

C’est en quoi les revendications identitaires ne peuvent être confondues avec celles de la « lutte des classes ». Car les revendications économiques sont mobilisées par des valeurs égalitaires et motivées par le manque à « avoir » qui peut être solutionné par des gratifications matérielles négociables. Tandis que les revendications identitaires, qui sont mobilisées par le manque à « Être », ne peuvent trouver réponse satisfaisante à leur quête de « dignité » qu’en instaurant en leur faveur des rapports de domination. Car il en est de la « dignité » de l’Être comme du symbole phallique : rien ne permet mieux de l’attester que de s’en assurer le privilège par « la privation de l’Autre ».

L’offensive opportuniste et la « passion d’être soi » des sociétés traditionnelles

C’est à l’opportunité de la désintégration du système symbolique occidental, de la profonde aliénation de sa pensée, de l’effondrement de ses systèmes éducatifs et institutionnels, de la débâcle économique et sociale, de la déchéance de ses mœurs et — cerise sur le gâteau — de l’ « auto-reniement » que recouvre le relativisme culturel, que les sociétés traditionnelles ont repris confiance en elles-mêmes (17).

Elles affirment une passion « d’être soi » d’autant plus grande qu’elles avaient douloureusement douté d’elles-mêmes. Notamment pendant les « Trente glorieuses » au cours desquelles la société occidentale s’était illustrée par son succès économique et social et avait pu développer une marge appréciable de liberté individuelle. Au point qu’elle avait suscité un questionnement constructif au sein même des société traditionnelles (18).

Force est de constater que les choses ont bien changé. Au point de s’inverser. Puisque c’est au sein même du champ occidental que les sociétés traditionnelles entendent aujourd’hui imposer leur loi.

Il faut dire que les sociétés traditionnelles ont toujours été en difficulté dans leur contact avec la société occidentale. Leurs frontières ont toujours été le lieu de conflits violents en raison des mœurs et des lois qui les opposent.


Lapidation

A « fortiori », immense est la difficulté pour les faire cohabiter au sein de l’espace régi par le Droit occidental quand celui-ci impose l’égalité des sexes et un statut identique aux différentes religions. Notamment quand s’ajoute le verrou de la laïcité qui assure l’éloignement des religions de l’espace politique.

Contournant la difficulté et sans perdre de vue leurs intérêts (que nous avons précédemment exposés), la solution choisie par les « élites » est d’amender le dispositif légal occidental afin de permettre aux sociétés traditionnelles d’introduire le leur.

C’est sous couvert de « l’ouverture à l’Autre », au nom d’une « démocratie » départie de ses valeurs fondatrices et soumise aux pressions des lobbies communautaristes, que s’accomplit le sacrifice des valeurs humanistes et républicaines.

Ainsi voyons-nous, au sein même de la patrie des Droits de l’Homme, restaurées l’inégalité entre les sexes et ses fonctions sociales archaïques.

Nous pointerons sous ces générosités de surface la tentative d’un forçage politique et culturel qui se donne pour moyen l’instrumentalisation de la culpabilité chrétienne. Opérant sous le masque de la « belle âme », cette culpabilité se donne une visée singulière qui est sa propre extinction. Mais également celle de l’égalitarisme chrétien qui sont les deux ennemis du « libertarisme » et du « libéralisme ». Parce que la « culpabilité » et l’ « égalitarisme » chrétiens assignent « des limites à la jouissance ». Cette entreprise pourrait bien atteindre son but par la subversion du Droit et l’ouverture du champ culturel occidental au système symbolique inégalitaire archaïque dont le christianisme l’avait émancipé.

La positivité de l’autocritique et du doute

Pour conclure je dirai que c’est une difficulté pour tout être humain d’être structuré par son éducation et sa culture. Ces lieux de nos enracinements sont lestés de pesanteurs qui nous font souvent peiner dans nos relations avec les autres. Parce qu’elles nous mettent douloureusement en conflit avec nous-mêmes.

La culture chrétienne est la culture de la culpabilité et de l’auto-critique. C’est en quoi elle s’est fait haïr par bon nombre des individus qui ont été tenus de s’y plier. Mais elle a donné naissance à une société où l’exercice de la remise en question est acceptable et même valorisé. Ce qui a été propice à la spéculation scientifique et intellectuelle, au développement économique et culturel et finalement à la liberté individuelle.

Si nous tenons à notre liberté et perpétuer cette créativité qui ouvre l’avenir, nous devons d’urgence revenir à la tradition auto-critique chrétienne. Non pas pour achever de la détruire, comme s’applique à le faire la « contre-culture libertaire » depuis une quarantaine d’années. Mais pour la sauvegarder.

Pour ce faire, grande est la nécessité de procéder au bilan-critique de cette contre-culture. En « accédant au dispositif de commande institutionnel, celle-ci s’est stérilisée » et transformée en « anti-culture », n’assurant plus sa survie que par le déni de réalité et un conformisme « politiquement correct ». Au fur et à mesure que s’affichent ses contradictions et sa nocivité, ce conformisme se radicalise en tyrannie qui prend la forme d’un interdit de penser médiatiquement et juridiquement assisté. Cette « anti-culture » c’est l’idéologie « libérale-libertaire ». Arrivée à son plus haut niveau de nuisance, elle désintègre le meilleur que nous avait apporté le christianisme pour instaurer en lieu et place « la paupérisation capitaliste pour tous et le repli communautaire pour chacun ». Une conjonction de rivalités et concurrences qui conduit à la lutte de tous contre tous.

Pour ce qui est des sociétés traditionnelles, il va sans dire que leurs ressortissants sont ni plus ni moins intelligents que les autres. Le problème fondamental de ces sociétés réside dans leur enfermement dans une culture viriliste qui frappe d’indignité l’auto-critique et le doute.

La culpabilité et la faute mais aussi la responsabilité de leurs échecs y sont donc toujours affectées à l’Autre. Or, nécessité oblige d’aborder les causes — c’est-à-dire généralement les sujets qui fâchent — quand on veut vraiment résoudre un problème. C’est parce qu’elles ne supportent ni la remise en cause ni la contradiction que les sociétés traditionnelles tendent à y faire face sur le mode du victimisme offensif et du conflit violent. C’est là une difficulté majeure. Car aucun progrès ne peut advenir sans introspection critique ni dialogue.

Véronique Hervouët
 
http://www.contrepointphilosophique.ch/Ethique/Sommaire/Sommaire.html

J’ai mis en évidence et analysé ces processus d’inversion dans « L’Enjeu symbolique - Islam, christianisme, modernité » (Ed. de L’Harmattan, nov. 2004).

J’ai traité de cette question dans« Qu’est-ce que la morale pour la psychanalyse ? » et « Toute morale est-elle réactionnaire ? », en ligne sur « Squiggle.be. »

« La psychanalyse n’a pas pour objet de proclamer, restituer ou destituer quelque morale que ce soit. Elle a pour objet de rendre compte des structures de la pensée, et tout particulièrement de celles qui échappent au sujet qui l’énonce.
http://www.squiggle.be/v%C3%A9ronique-hervou%C3%ABt/quest-ce-que-la-morale-pour-la-psychanalyse

J’ai abordé cette thématique dans deux textes intitulés« Le marché de l’Humain en pièces détachées » et « Quand le néolibéralisme se révolte contre les inégalités... biologiques », en ligne sur « Contrepoint philosophique.ch. »

« La mondialisation marchande n’est pas cette pratique bonasse et innocente qui, dans ses excès, produit ces « inévitables malheurs » que sont le chômage, la dissolution des protections sociales, des services publics... La mondialisation économique, marchande, financière, en tant qu’Impératif totalitaire, va dans le sens de la marchandisation de tout. De tous les objets du besoin, mais aussi et de plus en plus (avec leur satisfaction, ou plutôt l’insatisfaction récurrente) de tous les objets du désir... »
http://www.contrepointphilosophique.ch/Humorales/Sommaire/MarcheHumain.html

« Nous entrons dans un mouvement d’accélération du marché de l’humain*. Les campagnes publicitaires et médiatiques se multiplient pour constituer les stocks d’organes nécessaires au marché de la greffe dont l’expansion est bloquée par l’écart entre l’offre et la demande...

Des émissions télé grand public avec des présentateurs connus ont commencé leurs prestations. La méthode est classique. Tout d’abord culpabiliser. Le message : les Français ont du retard sur le plan de la générosité (30% refusent de donner leurs organes) par rapport à leurs voisins espagnols (15% seulement de refus). A titre d’exemple, on exhibera sur plateau télévisé deux familles de « bon Français », donneurs d’organes. L’une a donné les organes de sa vieille mère (« On a donné tous ses organes »). L’autre ceux d’un jeune frère... » http://www.contrepointphilosophique.ch/Humorales/Sommaire/NeoliberalismeInjustice.html

Je me réfère à l’analyse de Pierre-André Taguieff intitulée« Une nouvelle illusion théorique dans les sciences sociales : la globalisation comme « hybridation » ou « métissage culturel », en ligne sur l’Observatoire du Communautarisme.http://www.communautarisme.net/Une-nouvelle-illusion-theorique-dans-les-sciences-sociales-la-globalisation-comme-hybridation-ou-metissage-culturel_a1045.html

J’ai présenté une analyse de ce sujet dans un texte intitulé « L’Homosexualisme, dernier avatar de la « révolution sexuelle » et cheval de Troie du néo-libéralisme » en ligne sur L’Observatoire du Communautarisme. http://www.communautarisme.net/L-Homosexualisme-nouvel-avatar-de-la-liberation-sexuelle-et-cheval-de-Troie-du-neoliberalisme_a934.html

J’ai étudié cette problématique contemporaine de l’altérité liée à celle de la différence sexuelle dans un texte intitulé « L’identité virile en question », en ligne sur « Contrepointphilosophique ».

Le « narcissisme des petites différences » (dixit S.Freud) suffit à motiver la ségrégation et la persécution. Ces processus sont aussi analysés avec pertinence par René Girard dans « Le Bouc-émissaire » (éditions Grasset, 2002)

J’ai proposé un développement de ce propos dans un texte intitulé « Quand l’économisme ouvre son lit aux tribalismes », en ligne sur l’Observatoire du communautarisme.

Ce fut le cas notamment dans la Tunisie de Bourguiba, et bien avant elle, dans la Turquie de Kemal.


Nos racines...

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