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Vive les vacances à la maison.

Dimanche 7 juin 2009 // La France

Juliet Murrell a fait ses bagages ma ne va nulle part. Cette année, cette décoratrice d’intérieur de 28 ans a décidé de rester chez elle pour les vacances. Habituée à aller dans le sud de la France ou même plus loin, Juliet a opté cette pour des « staycations » [néologisme anglais to stay « rester » et vacation « vacances »], des vacances à la maison. Elle a pris deux semaines de congés pour aller à la piscine, faire du vélo et explorer les environs de son propre quartier, une ancienne zone industrielle de l’est de Londres au charme austère, mais bien loin de toute ressemblance avec la Côte d’Azur. A l’heure où la livre sterling frôle la parité avec l’euro, nombreux sont les Anglais qui annulent leurs voyages en Méditerranée ou dans le sud de la France et prennent leur parti de composer avec les vicissitudes climatiques de leur mère patrie. Les valises bouclées de Juliet peuvent passer pour un artifice, mais cela fait partie d’une stratégie. Je ne veux pas retomber dans la routine, explique-t-elle. Il faut devenir touriste dans sa propre ville, se promener dans les rues, visiter et pas seulement se rendre d’un point à un autre.

Les plus gros consommateurs de voyages, à savoir les Américains, les Européens et les Japonais, sont aussi les plus durement frappés par la crise mondiale et bon nombre d’entre eux ont dû revoir leurs projets de vacances en conséquence. Les gens se retrouvent au chômage, ou bien ne sont plus sûrs de leurs futurs revenus, explique Jean-Claude Baumgarten, président du conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC). En temps de crise, les gens ont tendance à voyager moins loin, moins longtemps et pour moins cher. Ils préfèrent rester chez eux. Une étude récente du World Travel Monitor menée dans cinquante-huit pays révèle qu’en choisissant de voyager près de chez eux, les touristes chinois ont fait bondir de 10 % en un an l’activité du transport en Asie. En Europe, près de 40 % de la population a changé ses projets de vacances à cause de la crise économique. L’office de tourisme de Grande-Bretagne, Visit Britain, anticipe d’importantes difficultés financières et estime que près de 5 millions de Britanniques pourraient rester au pays en 2009 et plus encore en 2010. C’est un phénomène mondial, note Dimitrios Diamantis, professeur à l’université Hallam de Sheffield.

Nous avons déjà assisté à des baisses de fréquentation après le 11 septembre 2001, le SRAS et les attentats de Bali ou de Louxor, mais jamais d’une telle ampleur. Pour convaincre leurs ressortissants de ne pas voyager cette année,-les pays dépendants du tourisme se livrent à présent une guerre commerciale d’un nouveau genre, multipliant les grosses campagnes publicitaires. Visit Britain a récemment lancé une campagne de plusieurs millions de livres sterling pour inciter les Britanniques à passer leurs vacances au pays, et l’Angleterre n’est pas un cas isolé. En Australie, le Premier ministre, Kevin Rudd, a inauguré une campagne « No leave, no life » offrant une déduction fiscale de 900 dollars aux Australiens qui passeront leurs vacances à la maison. A Dublin, le gouvernement a dépensé des millions d’euros pour convaincre les Irlandais de faire une croix sur leurs voyages à l’étranger et de leur préférer des visites au Connemara et autres destinations touristiques locales.

Ces incitations gouvernementales aident certes à faire passer la pilule. Partout, les vacanciers renoncent à leurs voyages lointains au profit d’alternatives locales et bon marché comme les vacances au jardin, les excursions à la journée et les bords de, mer les plus proches. Le choix des vacances à la maison peut également prendre un tour plus politique. Les grandes destinations touristiques commençant à ressentir les effets de la crise, les habitants sont poussés à dépenser leur argent à l’intérieur des frontières nationales plutôt que d’aller alimenter les économies étrangères.

Dans un tel climat de récession économique, les autorités s’efforcent d’adapter leurs projets urbains pour le plus grand plaisir des vacanciers locaux. En Pennsylvanie, la ville de Reading a lancé le slogan « Devenez touriste dans votre ville » et propose des tours en montgolfière à ses habitants. En Europe, les maires des grandes métropoles se creusent la cervelle pour offrir des loisirs plus originaux à leurs administrés. Les plages artificielles de Paris, Berlin et Rome ont ajouté à leur programmation des festivals, des événements littéraires et des spectacles de danse afin d’apporter un air de vacances aux citadins stressés et fatigués.

Les vacances à la maison ne sont pas soumises aux mêmes restrictions budgétaires que les voyages à l’étranger. En économisant le prix d’un voyage, généralement près de la moitié du budget des vacances, les gens qui restent à la maison peuvent souvent s’offrir davantage de petits luxes.

DANS CERTAINS PAYS, VOYAGER EST DEVENU UN DROIT.

Il arrive que les vacances à la maison réveillent également la fibre patriotique. Ayant récem- ment passé ses vacances au pays, le photographe suisse Roderick Aichinger s’est dit sidéré par la richesse de sa mère patrie. « J’ai été surpris de pouvoir me déplacer à si faible coût, explique-t-il. J’ai passé deux nuits au pied d’un glacier à Pontresina, le paysage que je voyais le matin était un véritable choc visuel. Les globe-trotters Scandinaves redécouvrent eux aussi des trésors locaux. Les Suédois adorent voyager, explique Ann-Charlotte Jönsson, employée de l’office de tourisme de Stockholm. Mais, en ce moment, les gens voient plus petit et font avec ce qu’ils ont sous la main. Les habitants de cités industrielles dépendant de grandes usines comme celles de Volvo ou de saab ont été particulièrement touchés par la crise et beaucoup projettent de passer leurs vacances dans les îles autour de Stockholm, où les jours sont longs et où l’on trouve des plages sauvages pour faire du nudisme. En Suède, c’est un principe, tout le monde a le droit de cueillir des jacinthes et des champignons dans une propriété privée. Tant que l’on ne dérange pas les propriétaires, on a le droit de camper où l’on veut.

Certains spécialistes craignent que les gouvernements n’utilisent les vacances à la maison comme une forme de protectionnisme. L’Histoire montre par exemple que les Français ont longtemps acheté des voitures Citroën construites en France et passé leurs vacances sur le territoire national, favorisant ainsi leur économie. Les Français représentent près de 5 % des touristes en France. Geoffrey Lipian, sous-secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme des Nations unies, explique que si des millions d’Américains décidaient de rester chez eux cette année, cela aurait un effet au niveau de l’économie domestique mais cela réduirait l’activité commerciale au plan international. Si l’économie américaine se met à croître à l’intérieur de ses frontières et non à l’extérieur, c’est toute l’économie mondiale qui s’en trouvera gravement affectée.

Au WTTC, Jean-Claude Baumgarten n’est toutefois pas inquiet. Il est convaincu que le secteur touristique finira par rebondir. « Toutes nos études montrent que les voyages restent parmi les priorités des gens, explique-t-il. Notre monde moderne est générateur de beaucoup de stress. Voyager pour le plaisir fait de plus en plus partie d’un mode de vie et, dans certains pays, c’est devenu un droit.

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