« Villepin », notre Napoléon 1er.

Samedi 6 octobre 2007, par Bernard Dujeaulais // La France

Ne dites rien, je sais ce que vous pensez, est-il nécessaire de parler de Dominique de Villepin, de son bouquin. Pourquoi faut-il encore se taper des pages et des pages sur ce qu’on a déjà lu vingt fois, ce type, « parangon de l’orgueil le plus malsain », son ambition, son énergie, sa conquête de la France, son goût un peu vulgaire des ors et des pompes. Ses amis, hautains et fantasques, à qui il est prêt à tout passer ? Eh bien, sans ambages, je vous répondrai oui, je sais combien le sujet est éculé, mais c’est précisément pourquoi je vous recommande « Le Soleil noir de la puissance », le livre que M. de Villepin publié sur Napoléon (Perrin). D’autant qu’il est passionnant de le lire au moment où sort un livre dont vous avez peut-être entendu parler. Avec ces pages et ces pages ressassant ce qu’on a lu vingt fois, sur cet homme, sur ce Président, son ambition, son énergie, ses campagnes, son goût pour les pompes (mais seulement après le jogging) et sa femme qui est pour lui « une princesse », le comblant de quiétude lorsqu’ils se retrouvent, après des jours et des semaines d’un travail harassant.

Là je m’égare, c’était le deal, nous a expliqué Yasmina Reza, ensuivant Sarkozy, elle a eu le droit de s’intéresser à tout sinon à elle, les Joséphine de notre temps ont beaucoup perdu en sens de l’humour.

J’arrête de blaguer. La sortie concomitante de ces deux ouvrages est amusante, mais leur histoire est très différente. Yasmina Reza a suivi Sarkozy pendant un an et l’aventure l’a tellement épuisée qu’elle ne veut plus voir personne, et se cache dans une île de Sicile, Vous imaginez si elle avait dû se taper toute l’épopée de la Grande Armée Elle serait où, maintenant pour se remettre ? À Sainte-Hélène ? Et Villepin écrit sur l’Empereur comme il l’a déjà fait, mais d’un autre côté on le voit mal écrire sur Sarkozy. Dès qu’il voit ce nom couché sur le papier, il en cauchemarde, ça lui rappelle l’affaire Clearstream.

Et puis je ne suis pas devenu complètement fou, je sais bien qu’il est absurde de comparer un Nicolas Sarkozy et un Napoléon Bonaparte. À bien des égards, évidemment, le premier se place un cran au-dessus du second. Ah si ! pardon ! Le petit Corse fait illusion à cause du contexte historique, il arrive après une décennie de tourmente révolutionnaire, de destins retournés dans le fracas des têtes qui tombent, d’accord, ça a une autre gueule que d’arriver après dix ans de ronflement chiraquien où le seul truc qu’on a vu tomber, ce furent des paupières. Mais pour le reste, Qu’est-ce que c’est, Bonaparte ? L’Italie, l’Egypte, Austerlitz ? la Campagne de Russie et ces Un Million de cadavres. Uniquement des événements qui vous permettent de plastronner sur des tableaux complaisants peints par des artistes stipendiés quand le boulot a été fait par quelques milliers d’autres, vos maréchaux, vos dragons, vos grognards.

Aujourd’hui, il n’y a plus besoin de stipendier des artistes, d’accord, les types de « Paris Match » font le boulot tout seul, pour pas un sou, en vous gommant vos bourrelets avec une palette graphique, mais pour le reste ! Lisez le Reza et vous verrez. Ses campagnes, M. Sarkozy les fait tout seul, lui. Et se taper dans la même journée des visites à des petits vieux dans des maisons de retraite à Saint Cucufin, des commentaires sur l’art contemporain, des relectures de discours de ce phraseur d’Henri Guaino et des journées de parlementaires UMP, croyez-moi, c’est un truc à vous faire regretter les canons de l’amiral Nelson. Et puis, en termes de résultats, le parallèle est sans appel. Reprenez vos manuels ; Le Petit Caporal (Auto proclamé empereur) aura eu besoin de combien d’années pour accéder enfin à son rêve de reconnaissance, pour qu’enfin le tsar de toutes les Russies accepte de négocier avec lui la paix de l’Europe (1807, Tilsit) et que l’empereur d’Autriche (1810) lui donne sa fille. Faites le compte avec l’autre en seulement trois mois Poutine a déjà accepté de parler dans son portable et Bush lui a donné des saucisses.

Blague à part, je n’ai rien contre ces livres. Ils se lisent agréablement, mais ce qu’ils laissent présager peut faire peur. Nicolas Sarkozy occupe la place depuis mai et, grâce au Reza, on parle déjà de lui pour le Goncourt. Mais il lui faudra quoi, l’année prochaine ? Le dessin animé de Disney. Le parc d’animation (Sarkoland » ? Le Villepin est autrement reposant. Ça fait un livre de plus sur Napoléon et après ? Il en a déjà suscité 400 000, autant de films, une route et un cognac.

 Ça n’est donc plus à craindre, c’est déjà fait.

Répondre à cet article