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Vieux pauvres et chrétiens.

Dimanche 28 février 2010 // La Religion

Dans les zones rurales de la province du Henan [centre-est de la Chine], nombre de personnes âgées vivent dans la plus grande détresse matérielle et affective. Par le passé, c’étaient les enfants qui prenaient soin des anciens. Mais l’arrivée de l’économie de marché et la migration massive des jeunes générations vers les villes ont bousculé cet ordre traditionnel des choses. Les vieux ne peuvent pas plus compter sur les assureurs privés et les associations de bienfaisance qui sont très peu présentes à la campagne que sur l’Etat, qui a du mal à mettre en place un système de protection sociale. Même les soins donnés par les dispensaires sont trop coûteux pour eux. C’est dans ce contexte que l’on voit, de façon inattendue, la religion chrétienne contribuer à la prise en charge des personnes âgées.

Dans l’ouest de la province, dans les environs de la ville de Sanmenxia, les rues des villages très peu fréquentées en semaine - s’animent tous les samedis et dimanches : femmes et personnes âgées se rendent à l’église pour suivre l’office. Les statistiques, bien qu’incomplètes (elles datent de la fin 2008), indiquent qu’il existe dans la circonscription de Sanmenxia 252 lieux de culte et 584 membres du clergé, toutes religions confondues. Et, en termes d’individus pratiquants, il y aurait 97 263 chrétiens, 10 365 bouddhistes, 3 697 musulmans et 526 taoïstes.

En 2007, Liu Baijun, un paysan de la région, 56 ans, fut atteint d’un cancer du foie. N’ayant pas les moyens de se faire soigner à l’hôpital, il rentra chez lui pour attendre la mort. Deux mois plus tard, un chrétien du village réussit à le convaincre et l’emmena en voiture dans une église de Sanmenxia, à plus de 50 kilomètres de là. Liu Baijun s’est installé dans l’église, où des fidèles venaient prier pour lui tous les jours. Accablé par la douleur physique, M. Liu a pu ainsi retrouver la paix de l’esprit. Au cours de ses deux derniers mois de vie, il est devenu un chrétien pieux. Et, depuis sa mort, l’église continue d’accueillir des personnes atteintes de maladies incurables pour le salut desquelles les paroissiens de cette communauté viennent prier.

Dans le village de Nangou, dans le même district, un tiers des habitants sont chrétiens, dont plus de 80% de femmes. « Dans notre village, il y a une septuagénaire qui souffre de trachéite chronique. Son fils est parti travailler en ville et sa bru n’habite pas avec elle. Des croyants viennent tous les jours pour lui allumer son fourneau, préparer son repas et nettoyer son intérieur. Je trouve ça vraiment étonnant ! remarque le secrétaire de la cellule locale du Parti.

Ces dernières années, les églises ont fleuri partout dans la province du Henan et l’on trouve des fidèles dans quasiment tous les villages : La province est devenue célèbre au niveau national comme une grande. terre de chrétienté. « Chez nous, la majorité des gens se sont convertis après une maladie « , indique Sun Bao, habitant de Xichangwei, un village qui dépend de la ville de Jiaozuo, dans le nord du Henan. « Le Seigneur est le Créateur de toutes choses en ce monde. Si vous croyez en Lui, si vous vous mettez entre Ses mains, votre santé s’améliorera. » Dans ce village, une cinquantaine de personnes sont désormais baptisées, et 100 à 200 fidèles participent régulièrement aux offices. Chaque année, au moment de la fête du Printemps [nouvel an chinois, en janvier ou février selon les années], ils se rendent chez les personnes à la récitation de psaumes. Il y a aussi une chorale- qui chante à l’église. Des gens du village qui s’y connaissent en musique vont apprendre des chants dans cette chorale et nous les enseignent ensuite. Notre église rassemble un millier de fidèles. Au niveau de l’ensemble du bourg [regroupement de plusieurs villages], il y a près de 3 000 chrétiens. M. Fan, 57 ans, est resté au village avec sa femme et leur petit-fils, tandis que leur fils est parti travailler à Sanmenxia. « Ici, on a des lopins de seulement 240 m2 par personne en moyenne. L’argent que l’on gagne en cultivant la terre permet juste d’acheter de quoi se loger, manger et s’habiller. Si l’on veut faire des extras, il faut partir travailler en ville ! » nous explique-t-il.

Comme la plupart des jeunes quittent le village dès l’âge de 16 ans, il n’est pas facile d’en recruter pour entrer au Parti. Actuellement, le village de Zhongwang compte 56 membres du Parti, dont 30 ont plus de 60 ans. Depuis 2005, le village n’a enregistré que deux nouvelles adhésions, alors que, dans le même temps, la religion chrétienne faisait une vingtaine de nouveaux adeptes.

« Dans notre village, plus de la moitié des personnes âgées sont croyantes, indique Fan Xianggi. Quand quelqu’un a des soucis, nous nous rendons à l’église pour intercéder en sa faveur et prier pour lui. Quand certaines familles de fidèles connaissent des difficultés financières, la paroisse intervient à la veille du nouvel an pour les aider, car les recettes de l’Église proviennent des dons des fidèles et doivent être aussi utilisées pour eux. Il arrive que des paroissiens donnent directement des aumônes aux foyers nécessiteux, et l’Église exige que cette démarche soit sincère et spontanée. Chaque année, Noël marque un sommet dans les activités de la communauté chrétienne. Nous nous rendons à l’église pour jouer des scènes bibliques et danser.

M. Fan nous a raconté l’histoire d’une septuagénaire du village, veuve depuis longtemps déjà. Sans qu’on sache pourquoi, il y a quelques années, son gendre s’est suicidé en avalant un pesticide, ce qui a profondément perturbé mentalement sa fille, laquelle est partie on ne sait où. La vieille dame s’est donc retrouvée toute seule dans la misère : Elle faisait partie de la communauté chrétienne depuis toute jeune. Les autres paroissiens sont alors venus à son secours et ont organisé des équipes de deux personnes qui venaient chaque jour à tour de rôle préparer son repas. Cela a duré de 1998 à 2002, année de sa mort. La veuve n’ayant pas toute sa raison, elle invectivait souvent ses visiteurs, en proférant parfois des insultes très graves, mais les paroissiens ont continué à lui apporter des plats préparés chez eux. Lorsqu’elle mourut, en 2002, la communauté procéda à ses funérailles selon le rite chrétien.

Les chrétiens du village sont à 80 % des femmes. Pour quelles raisons ? De toute évidence, M. Fan n’y a jamais réfléchi. « Peut-être parce que les hommes sont trop occupés et qu’ils n’ont pas le temps ? Ou peut-être parce qu’ils aiment jouer de l’argent et que la religion les empêcherait de le faire...’ ; répond-il en riant. Shang Bairen, un chercheur de Sanmenxia, spécialisé dans les questions liées au monde rural, propose une autre explication. « Lorsque les paysans partent travailler en ville, le sort des femmes qu’ils laissent à la maison est fort peu enviable. Elles doivent s’occuper seules du ménage, tout en se mettant au service des personnes âgées. Et elles sont censées s’acquitter de toutes les obligations vis-à-vis des lins et des autres dans le village. Par ailleurs, elles souffrent dans leur vie sexuelle. Certains travailleurs migrants, nouent une nouvelle liaison une fois arrivés en ville, et ne rentrent plus chez eux que deux ou trois fois par an au début, puis plus du tout au bout de deux ou trois ans. Lorsqu’ils téléphonent, c’est pour prendre des nouvelles de leurs parents, des enfants, mais jamais de leur femme. Par ailleurs, une femme seule à la maison suscite souvent la convoitise des vauriens ou des célibataires du village et elle devient facilement la cible de harcèlements sexuels. Dans ces circonstances, la foi peut offrir aux femmes un certain réconfort spirituel. »

Si tant de femmes sont croyantes, c’est aussi parce qu’elles se hasardent rarement en dehors des limites du village et vivent comme des grenouilles au fond d’un puits. Dans les zones rurales, où le machisme règne sans partage, le christianisme, qui véhicule une assez haute image de la femme, a permis peu à peu à la condition féminine de s’améliorer, faisant remonter les femmes dans leur propre estime tout en suscitant à leur égard des sentiments d’empathie au sein de la famille et des membres de la communauté villageoise. C’est pourquoi la pénétration du christianisme dans les campagnes chinoises est plus significative chez les femmes que chez les hommes.

Les chrétiens des campagnes du Henan sont des gens peu éduqués, dont le niveau de foi est très variable. Selon M. Fan, les gens se mettent surtout à pratiquer quand ils tombent malades ou qu’ils sont en difficulté. Il cite le cas d’une paysanne quinquagénaire qui, une fois sa laryngite guérie, a abandonné tout lien avec l’église qui l’avait accueillie. Ces gens font partie de « ceux dont la foi n’est pas inébranlable observe en riant M. Fan. dans un village Les familles pauvres ne peuvent pas mettre d’argent de côté en prévision d’éventuels problèmes de santé. Or la maladie peut s’abattre à tout moment sur n’importe qui ; Fan Xiangqi explique : « La Bible demande aux croyants de se rassembler fréquemment. Nous passons souvent nous voir les uns les autres et rendons visite ensemble aux personnes âgées isolées, afin de prier ensemble pour elles. » Certains jeunes du village donnent d’ailleurs à leurs parents le conseil suivant : "Comme je pars travailler en ville et que je ne serai plus à la maison, tu ferais mieux de pratiquer une religion ; ça t’occupera l’esprit ! »

La chorale de l’église est présente dès qu’il y a des mariages ou des enterrements dans une famille de fidèles. Mais ce n’est pas facile, car, dans les familles élargies, certains croient en Dieu, d’autres non... « Fan Xiangqi explique qu’auparavant, chaque fois qu’un décès survenait dans le village, il se rendait dans la famille du défunt pour la persuader d’organiser des funérailles chrétiennes. Mais, un jour, il s’est fait jeter dehors à coups de poing. En 2002, il a eu une bonne idée : il a construit de ses mains un corbillard à partir d’un tricycle. Une fois posé dessus, le cercueil peut être facilement tiré par deux ou trois personnes. Son invention a eu beaucoup de succès, et les funérailles chrétiennes sont devenues plus courantes. Mais personne n’est obligé de se rallier à son église pour profiter de son invention. « A l’avenir, il va falloir que toute la famille du défunt se concerte et soit d’accord pour procéder à des funérailles chrétiennes avant que nous acceptions de présider la cérémonie », dit en souriant Fan Xiangqi. D’autant que les familles non croyantes peuvent utiliser son corbillard, à condition de payer 10 yuans [1 euro], ce qui correspondrait, selon lui, à une juste participation aux frais d’entretien et de garage du véhicule.

ESTIMATIONS : Une communauté semi-clandestine

Le développement de la communauté chrétienne en Chine au cours des trente dernières années est un phénomène que la presse chinoise évite en général d’aborder, car il s’agit d’un sujet sensible. Mais la hausse du nombre de chrétiens est observée par tous, et leur implication dans le champ de l’action caritative les place au cœur d’une activité elle aussi en développement en Chine. Des associations Caritatives ont ainsi récemment vu le jour.

Protestantisme et catholicisme font partie de cinq religions reconnues par les autorités (avec le bouddhisme, le taoïsme et l’islam). Une forte proportion de chrétiens ne sont pas affiliés aux associations religieuses dites « patriotiques », c’est-à-dire officielles. Ils pratiquent au sein d’églises dites « domestiques », les offices étant célébrés chez des particuliers. Pasteurs et prêtres officient alors dans une semi clandestinité qui ne les met pas à l’abri de mesures de répression.

Un nombre indéterminé de prêtres catholiques sont incarcérés en Chine en raison de leur fidélité au Vatican. Cette situation explique la différence entre les chiffres ind pués par les différentes sources. Selon l’agence officiell Xinhua, la Chine comptait 6 millions de protestants et 8,3 millions de catholiques en 2009 des chiffres en hausse depuis 1997, où ils étaient. respectivement 2 millions à 6 millions.

Des chiffres proches de la réalité en ce qui concerne les catholiques, selon Xinde, centre de recherche catholique d Hebei. Une étude citée par l’agence Eglises d’Asie estiment effet à 8,3 millions le nombre total de catholiques (Eglise officielle et non officielle). En revanche, des sources proches des Eglises non officielles estiment que le nombre de chrétiens, majoritairement catholiques en Chine pourrait atteindre les 100 millions de personnes, selon The Times

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