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Victoire d’Erdogan en Turquie.

Un « islamiste » garant de l’ouverture et du développement.

Mardi 31 juillet 2007, par Paul Vaurs // Le Monde

Face à l’opposition des élites laïques et de l’armée, qui avait rejeté en avril dernier la candidature à la présidence d’Abdullah Gül, issu comme lui de l’islamisme, le Premier ministre turc Tayyip Erdogan avait pris le risque d’organiser, le 22 juillet, des élections législatives anticipées. Son parti, le Parti de la Justice et du Développement (AKP) en sort grandi avec près de 47% des voix contre 34% aux élections législatives de 2002. C’est la première fois en 52 ans qu’un parti au pouvoir accroît ses suffrages pour remporter un second mandat s’est félicité le Premier ministre après celle élection qui représente pour lui un triomphe moral et électoral incontestable.

Satisfaits de la politique économique menée par le gouvernement, les milieux d’affaires ont notamment salué ces résultats par un nouveau record des valeurs vedettes de la Bourse d’Istambul. Des responsables européens ont également affiché leur satisfaction, à l’instar de José-Manuel Barroso, le président de a Commission européenne, qui a indiqué que cette victoire survient à un moment crucial pour le peuple de Turquie alors que ce pays avance dans ses réformes politiques économiques et rappelé qu’Erdogan « s’est engagé personnellement pour ce mouvement en direction » de Union européenne.

Vu de France, la situation politique intérieure de la Turquie peut sembler paradoxal et l’analyse de la victoire d’Erdogan en est d’autant plus complexe.

Présenté comme « islamiste », Erdogan est le candidat d’une Turquie traditionaliste où le voile islamique couvre, un peu plus qu’avant, la tête des femmes, Il est également le chef d’un parti qui n’a présenté que 62 femmes pour les 550 sièges à pourvoir. Et le chef du gouvernement d’un pays où le salaire des femmes dépasse à peine, en moyenne, le tiers de celui des hommes et où 80% des biens du pays sont la propriété des hommes. Tayyip Erdogan, même s’il s’en défend, était présenté par opposition comme un agent de l’instauration, en Turquie, d’une théocratie à l’iranienne.

Mais Erdogan est aussi le chef d’un parti qui, durant la campagne, a diffusé des publicités dont le slogan « D’abord l’être humain, d’abord les femmes » rappelait ce qui avait été entrepris en ce sens. C’est surtout un chef de gouvernement qui affiche comme priorités les réformes démocratiques et le développement économique pour que la Turquie atteigne son objectif auprès de l’union européenne. Le ministre des affaires étrangères britannique, David Miliband, ne s’y est pas trompé, appelant l’Europe à « tendre la main au gouvernement turc. Il est dans notre intérêt essentiel d’avoir une situation politique stable et sure en Turquie et nous avons certainement le désir d’aller plus loin dans nos relations avec ce pays très important » a-t-il assuré. Car l’alternative à Erdogan, c’est le Parti républicain du Peuple (CHP), un parti réservé sur la question de l’intégration de la Turquie dans l’Europe, un parti, certes laïc, mais parfois tenté de préférer l’intervention de l’armée au verdict des urnes. Et durant cette campagne, le CHP avait constitué avec le parti d’action nationaliste (MHP), parti ultranationaliste, une coalition d’opposition, sans être apparemment gêné par les positions du MHP favorable à la peine de mort et hostile à tout rapprochement avec l’Europe ou les Etats-Unis.

Dans une Turquie complexe, Erdogan, tout islamiste qu’il soit, semble représenter la meilleure garantie d’ouverture et de développement pour son pays.

Pour l’Europe, l’actualité turque renvoie à la question de l’intégration de ce pays dans l’Union européenne. Si des négociations d’adhésion sont ouvertes depuis 2005, Nicolas Sarkozy avait indiqué durant la campagne que la question serait soumise à référendum. Il semble d’autant plus important, si un référendum doit avoir lieu, que les grands médias, et notamment le service public audiovisuel, prenne dès maintenant le temps d’aider les Français à connaître et à comprendre la Turquie, ses richesses, ses mutations et ses paradoxes, sans se contenter de coller au Premier ministre une étiquette « d’islamiste » qui semble un peu réductrice. Prendre le temps de connaître et de comprendre la Turquie sera le seul moyen, si un référendum à ce sujet est organisé en France, d’éviter une campagne et un débat populistes ou xénophobes.

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