Vers un vers multipartisme au Togo.

Jeudi 8 novembre 2007 // L’Afrique

Le Togo serait-il entrain de changer, et qui plus est en bien ? Les élections législatives qui se sont déroulées le dimanche 14 Octobre, ont comporté une nouveauté inouïe jusque-là : les partis d’opposition ont pu faire campagne et les choses se sont déroulées à peu prés correctement, selon les cinq cents observateurs de l’Union européenne, de l’Organisation internationale de la francophonie et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest - sans oublier trois mille Togolais. Elles vont donc peut-être permettre au pays de respirer et de retrouver une place dans l’arène internationale tout en bénéficiant de l’assistance européenne.

Ancienne colonie allemande passée sous mandat français après la Première Guerre mondiale, la partie britannique sera annexée au Ghana, coupant en deux le peuple ewé - le Togo apparaissait comme un petit pays de cinq millions d’habitants à l’identité marquée et qui, du fait de très anciens contacts avec les navigateurs étrangers, notamment européens, se sentait depuis longtemps une véritable maturité. Malheureusement, celle-ci fut vite confisquée après l’indépendance de 1960. Le président Sylvanus Olympia fut assassiné et un coup d’Etat amena au pouvoir le général Eyadéma - qui, à cette époque, se prénommait encore Etienne.

De 1967 à 2005, celui-ci gouverna le pays grâce à un mélange de ruses et de violences qui permit à l’un de ses fils, Faure Gnassingbé, de prendre sans coup férir sa succession lorsqu’il décéda inopinément. L’élection présidentielle organisée en 2005 fut vite arrangée en sa faveur. On pensa alors que le système se maintenait, au détriment d’une population traumatisée non seulement par la vie chère mais aussi par les massacres : La dernière présidentielle avait provoqué des centaines de morts et chassé vers le Bénin et le Ghana voisins des dizaines de milliers de Togolais.

Or, de façon quelque peu inattendue, a été mis en place un gouvernement de transition en août 2006. Dirigé par un chef de l’opposition, il a convaincu tous les partis politiques de participer au scrutin, d’où une compétition de deux mille cent candidats, indépendants ou représentant une trentaine de formations, concourant pour quatre-vingt-un sièges dans un scrutin de liste à la plus forte moyenne. Il semble donc évident que, lorsque les résultats seront connus, on n’aura plus soixante-dix députés appartenant au Rpt, le Rassemblement du peuple togolais symbole du pouvoir de la dynastie Eyadéma. Il faut toutefois tenir compte du fait que cette évolution n’est pas forcément bien vue de certains membres de l’entourage présidentiel, notamment dans sa famille.

Dans la compétition, on a particulièrement noté la présence de l’Union des forces de changement, l’UFc de l’opposant historique en exil Gilchrist Olympia - le fils du héros de l’indépendance et du Comité d’action pour le renouveau, le CAR de l’actuel Premier ministre Yawovi Agboyibo. Il est révélateur que, juste avant les élections, des opposants aient pu tranquillement défiler sous l’oeil indifférent de policiers sans armes et que le journal télévisé du soir n’ait plus été monopolisé par le président Faure Gnassingbé et son parti.

Dans l’Afrique des héritiers, les fils ne gouvernent pas exactement comme leurs pères. Le président a lui-même déclaré : « Le Togo apaisé est une option définitive et irrémédiable. S’il y a encore des sceptiques, je ferai tout pour les convaincre ». Les pressions de l’union européenne - plus particulièrement de l’Allemagne et de la France - inopérantes depuis 1993 malgré la rupture de la coopération officielle, ont porté leurs fruits. Il est vrai qu’elle a consacré plus de 13,6 millions d’euros à cette élection et aux municipales de l’an prochain.

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