Vers un coup d’Etat financier.

Vendredi 25 novembre 2011 // L’Europe

Alors que la crise de l’euro atteint son paroxysme, l’Eurogroupe a passé en catimini un traité établissant une réserve financière permanente. C’est que budget et monnaie fiduciaire sont indissociables, et que la crise de l’euro trouve son origine dans... la création de cette devise.

Grèce ou en Irlande. En effet, les taux d’intérêt dans ces économies plus risquées s’écrasèrent à des niveaux proches de ceux de l’Allemagne, les créanciers anticipant une solidarité des pays les plus solides en cas de problèmes budgétaires chez les autres. L’endettement y était, l’euro n’est pas seulement un symbole, comme annoncé dans la Constitution de 2005, ni un simple moyen de paiement. C’est une monnaie fiduciaire qui, comme toute monnaie sans valeur, devrait être liée à un État. Les gens n’utilisent pas les monnaies-papier ou électroniques par instinct, ils en usent car ils y sont obligés (on parle de cours légal et de cours forcé). Dans tous les États matures, il est interdit de créer sa propre monnaie (par exemple, basée sur des actifs réels) sous peine de prison. Car on offre alors aux citoyens une autre monnaie que la devise gouvernementale, ce qui entravera la capacité dudit gouvernement à prélever les impôts et à constituer un budget. Il est bien plus simple pour l’État de taxer en contrôlant les flux d’argent, donc la monnaie, et de faire grossir ces flux si nécessaire. Budget et monnaie sont indissociables.

LE BUDGET, NERF DE LA GUERRE

La crise de l’euro n’est pas anodine, car cette monnaie est au coeur de la stratégie des politiciens qui veulent créer un ,État européen. On le sait aujourd’hui, cette idée fut secrètement pensée dès les années soixante-dix (lire L’euro et l’unification politique, de Robert Raymond, éd. Economica).

La mise en place de l’euro fut l’une des causes majeures de la flambée de l’endettement survenue en Espagne, en non seulement devenu facile pour les agents prigés, mais nécessaire pour crgître, car les pays en question ne purent compter sur une devise faible pour vendre à l’export. Dans un retour de bâton prévisible, la bulle de l’endettement éclata, provoqua une chute des recettes fiscales et des pertes bancaires à combler par les gouvernements. La situation est devenue inextricable. Pourquoi des pays comme la Grèce - en faillite virtuelle - ne sont-ils pas poussés à reprendre use monnaie nationale pour la faire tiévaluer ? « Parce que vous sous-estimez les imbrications financières dans la zone euro », répondent les banquiers, « parce que ce serait la fin du traité de Lisbonne », vitupèrent des économistes en vue. Les politiciens ne disent pas autre chose.

Les chefs d’État allemand et français redoutent en premier lieu qu’une sortie de la Grèce de l’union monétaire ne provoque des ventes massives d’obligations espagriolesAou italiennes par contagion, les investisseurs privés pouvant craindre un scénario similaire pour ces grandes nations. Les eurocrates, qui font un lobbying intense pour le lancement d’obligations fédérales, verraient leurs rêves de gouvernement européen s’amoindrir, car des pays entiers échapperaient à la création espérée d’un budget continental.

LE DANGEREUX MES

Lancé en 2010, le Fonds européen de stabilité financière (FESF) forme un équilibre instable entre ces protagonistes. Il peut lever de l’argent par lui-même dans la limite (bientôt relevée ?) de 440 milliards d’euros jusqu’à mi 2013. Il est garanti par les pays membres de la zone euro, l’Allemagne et la France représentant près de 50%, ce qui lui assure des taux d’intérêt intéressants. C’est la première fois dans l’histoire de l’Europe qu’une réserve collective d’argent est constituée afin de soutenir des gouvernements tiers en difficulté.

Le Mécanisme européen de stabilité (MES), approuvé en plein été, constitue sans doute un tournant. Censé prendre la suite du FESF, il sera permanent, et d’un montant près de deux fois supérieur. Il innove dangereusement. En effet, il crée une administration qui jouit d’une immunité complète (art. 30) et il n’est soumis à aucun droit national (art. i et 27). Reproduisant les instances de l’UE, où la difficile recherche du compromis donne les clefs effectives du pouvoir à la Commission, le directeur administratif non élu bénéficiera de pouvoirs étendus. Sur le plan financier, la direction pourra demander aux États-membres d’approvisionner sans conditions et irrévocablement le fonds (art. 8-4 et 9), et le MES sera autorisé à emprunter de manière illimitée auprès de banques privées (art. 17).

Un véritable passage en force de l’UE pour lever autant d’argent qu’elle le désire.

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