Verdun 1916.

L’armée Française sous les ordres du Maréchal Pétain résista aux soldats du Kronprinz.

Dimanche 28 septembre 2008 // L’Histoire

À Verdun, on ne passe pas : Dixit Philippe Pétain.

De famille modeste, Philippe Pétain sortit de Saint-Cyr en 1876. Après avoir été professeur à l’École de guerre, il était colonel commandant un régiment d’infanterie à Arras à la déclaration de guerre de 1914. Ses idées stratégiques favorables à la guerre de position en un temps où les stratèges officiels prônaient l’offensive, jointes à certains traits de caractère, l’avaient fait noter comme un esprit trop indépendant. En août 1914, il se distingue dans la région de Guise. Promu général, il commande la 6e division dans le 33e corps d’armée en Champagne. En mai 1915, il commande un corps d’armée en Artois. En septembre 1915, il est à la tête d’une armée en Champagne. En février 1916, on lui confie le secteur défensif de Verdun. Prudent, énergique et calme, il est très attaché à des conceptions défensives.

Sa présence exceptionnelle parmi ses soldats fit de lui un héros national. Cette bataille fantastique le fit nommer le « vainqueur de Verdun ». Au mois de mai, il était nommé au commandement des armées du Centre. En 1917, à la suite de l’échec de la sanglante offensive de Nivelle sur le Chemin des Dames, il fut nommé commandant en chef des armées et appelé par le gouvernement Ribot pour faire face aux inquiétantes mutineries qui se développaient dans certains régiments de première ligne. Il réussit, réduisant les sanctions même si parfois il se montre impitoyable, améliorant l’organisation et l’intendance : les soldats sont soignés, nourris convenablement, les permissions rétablies ; surtout, les troupes ne sont plus jetées à l’attaque sous le feu ennemi en de meurtrières et inutiles offensives. Pétain ménage le sang des hommes. En mars 1918, c’est Foch qui est désigné comme généralissime des armées alliées, Pétain restant commandant en chef de l’armée française.

À l’aube de l’année 1916, le commandement allemand, décidé à user complètement l’armée française en l’obligeant à s’engager à fond, choisit d’attaquer Verdun, saillant vulnérable dans la ligne de défense allemande, pivot du front fortifié et ville historique que les Français voudront défendre coûte que coûte. Le plan du Kronprinz, commandant la V° armée allemande, est de rompre le front nord du saillant dans la plaine de la Woëvre et d’exploiter le succès par les ailes, d’abord sur la rive droite de la Meuse pour refouler les Français sur la rivière, puis sur la rive gauche pour leur couper la retraite.

Les troupes françaises sous le feu des canons, à Verdun, en 1916.

Les Français, qui ont relevé des indices d’attaque prochaine sur Verdun, renforcent l’infrastructure routière et ferroviaire de cette région, dès janvier et le dispositif des troupes en février.

Le lundi 21 février, après une courte mais violente préparation d’artillerie, le Kronprinz lance une attaque brusquée avec trois corps d’armée. Les deux divisions françaises qui défendaient les seize kilomètres de la première position sont submergées. Le 25, les Français évacuent la Woëvre et reportent leur défense sur les hauts de Meuse, en restant sur la rive droite où le général Joffre a prescrit à la IIe armée (Pétain) d’arrêter l’ennemi à tout prix. Les Allemands ne reprennent l’offensive que deux jours plus tard (le 27), le temps de déplacer leur artillerie et en vertu du principe, ancré dans les esprits depuis les combats de Champagne, que « l’artillerie conquiert et l’infanterie occupe ». La lenteur de l’exploitation du succès allemand permet aux Français d’amener des renforts. Leur front résiste.

En mars et en avril, le Kronprinz s’acharne à progresser sur les deux rives de la Meuse, mais n’obtient que des succès partiels. C’est alors que Pétain adresse à ses troupes l’ordre du jour fameux se terminant par ces mots  : « On les aura ! »

Constatant que les Français ont engagé à Verdun plus de divisions que lui-même (40 contre 26), le haut commandement allemand en déduit qu’ils s’épuisent et ne tarderont pas à s’effondrer. Il se trompe : si les divisions françaises passent si nombreuses sous Verdun, c’est que le commandement français y a établi une « noria » de toutes ses grandes unités, qu’il relève avant qu’elles ne soient trop éprouvées.

Le 23 juin, les Allemands lancent un assaut qu’ils espèrent décisif. Le fort de Souville est bordé. S’il tombait (comme vient de le faire le fort de Vaux le 6 juin après une longue résistance), les Français seraient contraints à un repli sur la rive gauche. Le 24 juin, la II° armée jette et refoule l’ennemi ; lui aussi est épuisé, et il doit se renforcer désormais vers la Somme, où les Alliés préparent une offensive depuis six mois. Le déclenchement de cette offensive en juillet et une nouvelle offensive des Russes sur le front oriental obligent les Allemands à relâcher leur pression sur Verdun. En décembre, Mangin reprendra les forts perdus, mais d’ores et déjà Verdun est sauvé. Près de sept cent mille combattants français ou allemands sont morts sur ce champ de bataille.

Après la guerre commence l’aventure politique de ce fils de paysans, aux allures simples et sûres, qui s’était fait une réputation de caractère et d’humanité. Pétain est estimé pour sa loyauté républicaine. En 1925-1926, il est envoyé au Maroc, réprime la rébellion d’Abd el-Krim ; il était déjà vice-président du conseil de la Guerre et inspecteur général de l’armée. En 1931, il sera inspecteur de la défense aérienne du territoire. Après les événements de février 1934, Doumergue fait de lui un ministre de la Guerre. En 1939, Daladier fait appel à lui pour renouer les relations diplomatiques avec l’Espagne de Franco. Au cours de cette période, le maréchal semble avoir encore résisté vaille que vaille à toutes les sollicitations politiques. Paul Reynaud le fait entrer dans son cabinet comme vice-président du Conseil le 18 mai 1940. L’armée française rompue, le gouvernement errant, Pétain et Weygand s’opposent à toute continuation de la lutte et à toute capitulation purement militaire ; ils entraînent ainsi la démission de Reynaud. Le 17 juin, le président de la République confie à Pétain, partisan de l’armistice, le soin de former le dernier gouvernement de la III° République. L’armistice entre en vigueur le 25 juin. Le nouveau gouvernement s’installe à Vichy, où, le 10 juillet, réunissant les vestiges constitutionnels de la III° République, l’Assemblée nationale donne par 569 voix contre 80 « , tous pouvoirs au gouvernement de la République, sous l’autorité et la signature du maréchal Pétain à l’effet de promulguer, par un ou plusieurs actes, une nouvelle Constitution de l’État français ».

Défaite de la France en 1940.

Le 10 mai 1940, après neuf mois de « drôle de guerre « , les Allemands passent à l’offensive à l’ouest. Les Pays-Bas et la Belgique tombent rapidement, puis les panzers réussissent une spectaculaire percée dans les Ardennes, provoquant un exode massif.

Malgré la stupeur de la défaite, la popularité du maréchal, vainqueur de Verdun, était considérable. Dans l’instant, la politique incarnée par la demande d’armistice reçoit une approbation quasi unanime de l’opinion et du monde politique. Édouard Herriot, président de la Chambre, le proclame  : « Autour du maréchal Pétain, dans la vénération que son nom inspire à tous, notre nation est groupée dans sa détresse. Prenons garde de troubler l’accord qui s’est ainsi établi sous son autorité. » De son côté, Léon Blum l’appelait « le plus noble et le plus humain de nos chefs militaires ».

Investi de tous les pouvoirs comme chef du gouvernement de la République.. Il est « le chef de l’État français » dont la nouvelle devise est « Travail, Famille, Patrie », dont le slogan est le retour à la terre, dont l’idéologie est la « révolution nationale ». Combinaison laborieuse et tâtonnante d’archaïsmes rétrogrades, de capitalisme naïf, d’orthodoxie maurrassienne et d’un fascisme « à la française » qui prédominera graduellement.

La formation politique très rudimentaire du maréchal lui interdit en ce domaine toute pensée originale et toute initiative réelle ; il laisse faire son entourage en politique intérieure, jaloux seulement de conserver un pouvoir, auquel il affirmait n’avoir jamais prétendu.

L’armistice franco-allemand signé à Rethondes le 22 juin 1940 par le général Huntziger et le général Keitel reste l’un des sujets les plus controversés de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. La « drôle de guerre » a pris fin le 10 mai 1940 avec l’invasion de la Belgique et de la Hollande par l’armée allemande. Le 13 mai, le front français est rompu dans la région de Sedan. La capitulation de l’armée belge, le 28 mai 1940, aggrave encore sensiblement la situation de l’armée française. Le lendemain, Weygand, qui a remplacé Gamelin le 19 mai, adresse au président du Conseil, Paul Reynaud, un rapport dans lequel il envisage « l’éventualité d’une cessation des combats ». Désormais, deux camps vont se constituer et s’affronter parmi les responsables civils et militaires. Pour renforcer les partisans de la poursuite des combats, Paul Reynaud remanie son gouvernement, le 5 juin.

En fait, l’entrée du général de Gaulle comme sous-secrétaire d’État à la guerre est compensée par la promotion de Paul Baudouin, sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, et d’Yves Bouthillier, ministre des Finances, qui rejoignent très rapidement le camp de l’armistice. Le lendemain, le maréchal Pétain s’y rallie ouvertement. Mais ce n’est qu’à Bordeaux, le 15 juin, que les deux thèses en présence s’affrontent avec éclat, au cours du Conseil des ministres. D’un côté, Paul Reynaud et une petite majorité du cabinet admettent que la bataille est perdue : les combats doivent cesser. Mais c’est le généralissime qui doit capituler : il n’est pas question d’un armistice, qui est un acte politique, contraire à l’accord franco-britannique signé par Paul Reynaud le 28 mars 1940.

La capitulation n’interrompra pas les hostilités, et les pouvoirs civils seront transférés en Afrique du Nord - l’idée d’un réduit breton ayant été finalement abandonnée pour des raisons stratégiques. Weygand, soutenu par Pétain, rétorque qu’une capitulation est contraire à l’honneur de l’armée, même si c’est le gouvernement qui la commande ; il doute que la légitimité de Paul Reynaud, à la différence de celle d’un monarque, survivrait à sa fuite. Quant aux Anglais, ils n’ont guère participé à la lutte et leur défaite est imminente : d’ailleurs Baudouin soutient que Churchill, le 13 juin, a accepté que la France signe un armistice si sa flotte n’est pas livrée aux Allemands. Pour sortir de l’impasse où la discussion s’enlise, Chautemps, vice-président du Conseil et spécialiste des motions de compromis, suggère de ne demander à l’ennemi que les conditions d’un armistice, affirmant qu’elles seront de toute façon inacceptables. Le Conseil se rallie à cette transaction qui est soumise à Churchill. On ne connaît pas sa réponse car, le lendemain, au cours du dernier Conseil des ministres du gouvernement Reynaud, à 17 heures, le général de Gaulle téléphone de Londres une surprenante proposition d’union totale franco-anglaise, les deux pays ne faisant plus qu’un. Les ministres refusent d’en discuter, ne voulant pas réduire la France à l’état d’un dominion. Reynaud lève la séance et, sans qu’on en sache encore la cause exacte, sans doute par lassitude, démissionne.

Le président Lebrun fait appel au Marechal Pétain pour lui succéder. Aussitôt, le nouveau ministre des Affaires étrangères, Baudouin, fait demander aux Allemands par l’ambassadeur d’Espagne quelles seraient les conditions de la paix. Le 17 juin, Pétain déclare solennellement que la France doit cesser le combat. C’est Hitler qui n’accepte d’envisager que l’armistice. Après trois jours (20-22 juin) au cours desquels les négociateurs français discutent certaines clauses, en n’obtenant d’ailleurs que de minimes améliorations, l’armistice est signé le 22 juin. Il prendra effet le 25 juin, après signature de l’armistice franco-italien. Cet armistice fut-il un « pont d’or » ou un « diktat » ? Il est, indéniablement, très sévère : les deux tiers du territoire livrés à l’occupation de l’ennemi (art. 2), l’armée démobilisée (art. 4), les réfugiés allemands livrés aux nazis (art. 19), les prisonniers français maintenus en captivité (art. 20). Mais il conserve à la France un territoire, un gouvernement, son Empire, sa flotte. Il a d’ailleurs été critiqué par la suite, par certains Allemands, parmi lesquels Göring, car il laissait l’Afrique du Nord hors de leur portée.

Défaite de la France en 1940.

Le 10 mai 1940, après neuf mois de « drôle de guerre « , les Allemands passent à l’offensive à l’ouest. Les Pays-Bas et la Belgique tombent rapidement, puis les panzers réussissent une spectaculaire percée dans les Ardennes, provoquant un exode...

Les principaux artisans de l’armistice, Pétain et Weygand, fondèrent leur décision sur le sentiment que l’Allemagne avait déjà gagné la guerre. Ils rejetèrent l’hypothèse d’une poursuite des combats à partir de l’Afrique du Nord. Et l’armistice, loin d’être conçu comme une simple suspension d’armes, réservant l’avenir, permettant de préparer la revanche, fut exploité par ceux qui l’avaient réclamé comme la consécration d’une défaite définitive, la fin d’un régime, le début d’une ère nouvelle. La politique de collaboration a été dans une très grande mesure l’aboutissement logique de la signature de l’armistice. Ce sont les hommes qui avaient réclamé celui-ci qui se sont ensuite empressés de pratiquer celle-là.

L’activité du Maréchal Pétain tend plus personnellement à préserver, face au vainqueur, ce qu’il juge l’essentiel : l’indépendance de l’État français, l’inviolabilité de l’empire et de la flotte. À cet effet, en liaison avec les diplomates de certains pays alliés ou amis, il mène un double jeu qui se révélera illusoire. Son vice-président et son « dauphin » constitutionnel, Pierre Laval, croit inéluctable la victoire de l’Allemagne ; il organise la rencontre de Montoire (24 oct. 1940), qui inaugure la politique de « collaboration ». Mais le Maréchal, n’a jamais aimé Laval ; un nouveau protocole élaboré par celui-ci avec l’occupant le décide à agir ; le 13 décembre 1940, il désavoue son « dauphin » et le fait arrêter. Après un intermède Flandin, c’est à Darlan qu’il accorde sa confiance. Mais la marge de manœuvre est si étroite que toute velléité d’indépendance est illusoire : en avril 1942, le Maréchal Pétain doit rappeler Laval au pouvoir ; dès lors, quelque soin qu’on apporte à sauver les apparences, le maréchal n’est plus qu’une ombre (ou une marionnette) glorieuse au sommet de l’État français. D’ailleurs, si lucide qu’il demeure, cet homme de quatre-vingt-six ans ne dispose plus que d’une puissance de travail et même d’une capacité d’attention assez limitées.

Le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent en Afrique du Nord ; le 11, les forces allemandes occupent la zone sud de la France. Pétain va-t-il, comme l’y poussent plusieurs membres de son entourage, gagner Alger, prendre ouvertement, à la tête de l’empire, l’initiative de regagner le camp des Alliés ? Il s’y refuse, laissant échapper sa dernière et sa plus grande chance. Dans quelle mesure le caractère plus défensif qu’offensif de l’ancien chef de guerre, la lassitude et l’inertie du vieillard s’abritent-ils derrière l’alibi d’un devoir qui serait de rester le bouclier des Français sous l’occupation désormais totale ? « Je fais à la France le don de ma personne pour compenser ses malheurs », avait proféré le maréchal en juin 1940 : la compensation se fait de plus en plus dérisoire, et les Français (ceux qui ne sont pas encore passés à une hostilité militante contre Vichy) éprouvent plus de pitié que d’adoration pour le donateur.

À mesure que la situation militaire de l’Allemagne se dégrade, ses exigences se font plus grandes ; sur le plan intérieur, Pétain est entraîné à couvrir les initiatives de Laval et des collaborationnistes de Paris : création de la Milice, de la L.V.F., exécution d’otages, condamnations. Pétain n’émet pas la moindre protestation officielle, ni même la moindre réticence publique. Bouclier majestueux et impassible, le chef de l’État français préside aux épreuves et aux tortures de la patrie. « C’est moi seul que l’histoire jugera », dira-t-il.

Le 20 août 1944, les Allemands enlèvent le maréchal et le conduisent au château de Sigmaringen, où il se considérera prisonnier, refusant enfin d’assumer la moindre responsabilité. Le 24 avril 1945, après avoir traversé la Suisse, il se présente aux autorités françaises. Traduit devant la Haute Cour (23 juill.-15 août 1945), il est condamné à la peine de mort, à l’indignité nationale et à la confiscation de ses biens par 14 voix contre 13. En raison de son grand âge, la Cour émet le vœu que la sentence de mort ne soit pas exécutée. Prisonnier au fort du Portalet, puis dans celui de l’île d’Yeu, il a, de plus, perdu la dignité de maréchal ; Pétain mourra à quatre-vingt-quinze ans.

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