Florilèges d’Infos.

VERS LA FIN DE L’IDÉAL MULTICULTURALISTE.

Mercredi 23 février 2011 // La France

VERS LA FIN DE L’IDÉAL MULTICULTURALISTE

Après d’autres dirigeants européens, le président Sarkozy, interrogé dans l’émission « Parole de Français » sur TFI le 10 février, a estimé que le multiculturalisme constitue un « échec ». Tout comme la chancelière Angela Merkel en Allemagne et le Premier ministre David Cameron au Royaume-Uni, il a pointé les insuffisances et les inconvénients de ce qui est apparu longtemps comme la panacée permettant de faire vivre ensemble sur le territoire national des gens d’origines diverses, auxquels on garantissait le maintien de leurs spécificités.

L’antériorité revient à Angela Merkel qui, le 16 octobre 2010, déclarait devant les jeunes de la Cdu, son parti « Nous vivons côte-à-côte et nous nous en réjouissons », mais le multiculturalisme a « échoué, totalement échoué ». Et de préciser sans ambages les conditions du vouloir-être communautaire : « Nous nous sentons liés aux valeurs chrétiennes. Celui qui n’accepte pas cela n’a pas sa place ici ». Il faut d’ailleurs relever que cette prise de position intervenait quelques semaines après la sortie du livre Deutschland schafft sich ab [L’Allemagne court à sa perte] de l’économiste Thilo Sarrazin, à la fois membre du Spd et banquier membre du directoire de la Deutsche Bundesbank du 11, mai 2009 au tel octobre 2010 mais dénoncé comme xénophobe parce qu’il avait préconisé de garantir les valeurs traditionnelles de son pays.

De même, le 5 février, David Cameron, lors d’une conférence internationale sur la sécurité à Munich, a regretté qu’on ait, « en vertu de la doctrine du multiculturalisme, encouragé différentes cultures à vivre séparées », avec cette conséquence : « Tout cela fait que des jeunes musulmans se retrouvent sans racines. Et la quête d’appartenance à quelque chose peutles conduire à cet extrémisme idéologique ».

Quant à Nicolas Sarkozy, il a tout simplement affirmé à la télévision : « La vérité, c’est que, dans toutes nos démocraties, on s’est trop préoccupé de l’identité de celui qui arrivait et pas assez de l’identité du pays qui accueillait ». Pour être plus concret, il a développé : « Nous ne voulons pas d’une société dans laquelle les communautés coexistent les unes à côté des autres. Si on vient en France, on accepte de se fondre dans une seule communauté, la communauté nationale. Si on n’accepte pas cela, on ne vient pas en France ».

C’est un peu dans le même esprit que, dans une tribune parue le 7 février dans Le Figaro, le ministre des Affaires européennes Laurent Wauquiez a rappelé l’importance des sources chrétiennes du continent : « Assumons l’Europe des clochers ». Il faisait ainsi allusion au calendrier européen omettant les fêtes chrétiennes pour ne parler que de celles des autres religions : « Cet agenda manqué est-la partie émergée d’un mal plus profond : celui d’une Europe qui n’assume pas son identité et préfère la diluer dans un universalisme bon teint ».

NICOLAS SARKOZY EN CAMPAGNE

Nicolas Sarkozy est intervenu le 10 février à la télévision dans un climat de polémiques diverses. Sans varier sur sa ligne, il s’est surtout présenté comme un candidat en campagne.

Nul n’était dupe, et surtout pas les Français invités sur le plateau de TF1 pour rencontrer Nicolas Sarkozy : ce n’était pas un véritable dialogue mais un échange de questions et de réponses prétexte à de longs exposés. Objectif : la « reconquête de l’opinion » annoncée par les médias avant l’émission qui survenait dans un contexte difficile. Il y avait la polémique sur les vacances de Michèle AlliotMarie en Tunisie et de François Fillon en Egypte. Il y avait surtout les manifestations de magistrats, d’avocats et de policiers une conjonction inédite qui protestent contre les propos, jugés erronés et humiliants, du président de la République à la suite de l’assassinat de Laetitia Perrais.

Nicolas Sarkozy a vite réglé la question des vacances - elles n’ont rien coûté au contribuable tout en adressant un léger reproche à Michèle Alliot-Marie dont la gauche demandait la démission. Puis il a maintenu la menace de sanctions pour les magistrats nantais. Pour le Président, l’essentiel était de retrouver du crédit auprès d’un électorat qui a nettement perdu confiance. Trois messages ont été délivrés :

  • Le premier touche à la sécurité. Le paradoxe, rendu manifeste par le récent mouvement de protestation des CRS, est que l’on veut renforcer la sécurité sur la voie publique tout en réduisant le nombre de fonctionnaires de police. La contradiction sera-t-elle résolue par le développement de la vidéosurveillance en France (340.000 caméras) sur le modèle britannique qui utilise 4 millions de caméras ? Par ailleurs, Nicolas Sarkozy a reconnu L’échec de la lutte contre lâ délinquance des mineurs et contre les multirécidivistes. De nouvelles mesures seront prises et le projet de loi sur les jurys en correctionnelle sera présenté avant l’été. Ce message qui déplaît aux professionnels de la justice est destiné aux électeurs tentés par le Front national, Il a été complété par de fermes propos sur l’islam et sur l’assimilation nécessaire des immigrés dans notre pays où le multiculturalisme a échoué.
  • Le deuxième message était destiné au patronat. Evoquant le thème relancé par Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy a annoncé un « débat sur le financement de la protection sociale » qui « ne peut plus reposer quasi exclusivement sur le travail ». Il faudrait donc instaurer une forme de TVA sociale qui financerait une partie des dépenses sociales, qui pénaliserait les importations et réduirait les cotisations des employeurs.., à charge pour eux d’augmenter les salaires. L’Allemagne a institué une TVA sociale qui a représenté l’équivalent d’une dévaluation de 1%/o par rapport à ses partenaires européens, grâce à une baisse des salaires surtout dans l’industrie - que le président français n’envisage pas.
  • Le troisième message, en forme de pro- messe bien définie, visait les chômeurs de longue durée. Le ministère du Travail utilisera 500 millions d’euros pour les aider et développer l’apprentissage.
    On s’en doute : la prestation du Président a été chaleureusement saluée dans la majorité et les sévérités de l’opposition étaient attendues. La plupart des commentateurs estiment que Nicolas Sarkozy commence à diffuser ses thèmes de campagne présidentielle : l’insécurité et le chômage sur lesquels il a pourtant beaucoup de mal à convaincre de l’efficacité des mesures prises ou annoncées.

Le Président se trouve devant deux dïfficultés au moins : accroître la répression alors que l’appareil répressif conteste sa manière de faire résorber le chômage alors que les mesures d’austérité qui vont être renforcées partout en Europe risquent de ralentir l’activité économique et d’augmenter le nombre des chômeurs.

Le deuxième message était destiné au patronat. Evoquant le thème relancé par Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy a annoncé un « débat sur le financement de la protection sociale » qui « ne peut plus reposer quasi exclusivement sur le travail ». Il faudrait donc instaurer une forme de TVA sociale qui financerait une partie des dépenses sociales, qui pénaliserait les importations et réduirait les cotisations des employeurs.., à charge pour eux d’augmenter les salaires. L’Allemagne a institué une TVA sociale qui a représenté l’équivalent d’une dévaluation de 1%/o par rapport à ses partenaires européens, grâce à une baisse des salaires surtout dans l’industrie que le président français n’envisage pas.

Le troisième message, en forme de pro- messe bien définie, visait les chômeurs de longue durée. Le ministère du Travail utilisera 500 millions d’euros pour les aider et développer l’apprentissage.

On s’en doute : la prestation du Président a été chaleureusement saluée dans la majorité et les sévérités de l’opposition étaient attendues. La plupart des commentateurs estiment que Nicolas Sarkozy commence à diffuser ses thèmes de campagne présidentielle : l’insécurité et le chômage sur lesquels il a pourtant beaucoup de mal à convaincre de l’efficacité des mesures prises ou annoncées.

Le Président se trouve devant deux dïfficul- tés au moins : accroître la répression alors que l’appareil répressif conteste sa manière de faire ; résorber le chômage alors que les mesures d’austérité qui vont être renforcées partout en Europe risquent de ralentir l’activité économique et d’augmenter le nombre des chômeurs.

DSK : UN CANDIDAT DE GAUCHE ?

Enfin, la gauche a son candidat : « Dominique est l’homme qui connaît me mieux la France d’en bas. Ce politique fait parti de ces hommes qui connaissent la misère. Son épouse n’a que très peu de revenus ; à peine 200 milles euros pas ans. Oui Domi est de gauche, de cette gauche caviar qui au F M I ne perçoit que 500 milles euros par an.

Vous les pauvres, nous les S D F en votant pour D S K vous donnerez à la France le Chef d’Etat qui connaît vos difficultés, le Président qui dort sur un matelat de billets de banque.

Il aura suffi d’une petite phrase pour mettre le feu aux poudres. En affirmant qu’elle ne souhaitait pas que son compagnon effectue un second mandat à la tête du FMi, Anne Sinclair a relancé les grandes manoeuvres. A l’UMP, Pierre Lellouche et Dominique Paillé s’en sont pris au théorique favori socialiste. A gauche, en dehors des amis de Dominique Strauss-Kahn, ce fut plutôt le 19 ne le règne de l’agacement, et même d’une indéniable nervosité.

Sur le papier, Dominique Strauss-Kahn est en effet le meilleur des candidats pour la gauche. Caracolant en tête des sondages, il bénéficie de la stature internationale, et de la crédibilité, que lui donnent ses fonctions de directeur du FMI. Economiste reconnu, il n’a pas été mêlé aux luttes d’appareil qui ne cessent de déchirer le Ps. Enfin, ses prises de position sur les questions « de société » ne peuvent qu’attirer l’électorat « bobo ». Pour une gauche écartée du pouvoir depuis bientôt dix ans, il paraît le présidentiable rêvé.

Mais est-il vraiment un candidat de gauche ? C’est la question que se posent très sérieusement nombre de socialistes, sans oublier des personnalités comme Mélenchon auxquelles il inspire une profonde détestation. Dominique Strauss-Kahn est peut-être un économiste crédible, mais il est aussi vu comme le responsable des politiques d’austérité que connaît par exemple la Grèce. Pour un homme qui se revendique de gauche, il y a de meilleurs brevets.

Il y a peut-être plus grave. Rappelons tout de même que Dominique Strauss-Kahn, lors de son discours de Bonn, le 19 vembre dernier, a tout uniment prôné la création au niveau européen d’une « autorité budgétaire centralisée » qui « fixerait les orientations budgétaires de chaque pays membre et allouerait les ressources provenant du budget central pour mieux atteindre le double objectif de stabilité et de croissance », en somme, un nouvel abandon de souveraineté pour les nations européennes. Qu’en pensent les chevènementistés et les souverainistes de gauche ?

S’il veut vraiment se présenter aux primaires socialistes, DSK n’aura que trois mois de campagne pour convaincre qu’il n’est pas l’homme de la mondialisation libérale. Et parmi ces trois mois, il y a deux mois d’été. C’est terriblement court.
Mais Dominique Strauss-Kahn veut-il vraiment faire campagne ? Le peut-il ?

ÉGYPTE : EXIT MOUBARAK

Le régime a perdu. L’armée a gagné. La Maison Blanche a tranché. Le peuple égyptien n’a pas cédé. Epilogue d’une crise brève et intense : après dix-huit jours de manifestations, le président Moubarak a cédé le pouvoir. Ou devrait-on dire à la suite d’intenses pressions américaines ? Ou encore victime d’un jeu de pouvoirs au sein des instances dirigeantes ?

La place Tahrir n’est pas toute l’Egypte. On a pu penser un moment que la lassitude aidant, la « chienlit » que devenait cet endroit symbolique mais isolé, et livré aux squatters, aurait été balayée. Les classes moyennes auraient refait leur union autour du pouvoir. Finalement un mai 68, qui se terminerait, comme un 30 mai, par un retournement de tendance.

Qu’est-ce qui a manqué ? L’armée. Quoique le plus ancien dans le grade le plus élevé, le dernier héros de la guerre de 1973, Moubarak n’était pas soutenu par l’armée égyptienne tout en se sachant protégé par elle. La sortie du président égyptien ne ressemble pas à une fuite comme celle de son collègue tunisien. Moubarak est parti pour Charm-el-Sheikh. Il ne se rend pas à l’étranger, en tout cas pas tout de suite. Sa sortie devait être honorable. Tout laisse penser que l’on ne s’acharnera pas sur lui, contrairement à Ben Ali et sa famille.

Mais c’est l’armée qui, en échange, reçoit le pouvoir, pas le vice-président Omar Suleiman, contrairement à ce que Moubarak avait dit d’abord. L’armée n’a pas voulu se soumettre au chef des renseignements, candidat de la CIA et du Mossad. Plusieurs officines à Washington avaient travaillé à la promotion de leur homme, celui qui garantissait la paix avec Israël, mais qui aussi tirait les ficelles à Khartoum. C’était trop évident. La fortune politique de Suleiman était trop liée à celle de Moubarak.

L’armée est en Egypte une institution respectée. Elle n’est pas liée comme telle au régime. Elle se ressent d’abord comme égyptienne et est considérée comme cela. La relation armée-nation a là-bas un sens profond. Elle a donc en corps fait prévaloir une situation égyptienne. C’était facile à prévoir : le moment venu, le conseil suprême des forces armées aurait publié ses communiqués. C’est en cela qu’elle est redoutée par les Frères musulmans. Ils savent qu’ils ne peuvent pas chasser l’armée. Reste à composer avec elle.

Les Américains dont on connaissait les hésitations sur la ligne à suivre ont finalement tranché en faveur du changement. Obama en a fait une affaire de relève de génération. C’est peut-être lyrique mais réducteur. Il n’y a pas que l’âge du capitaine. Qu’a-t-il dit au roi Abdallah d’Arabie saoudite et à ses frères et héritiers potentiels tous septuagénaires ? Obama a-t-il prôné à Riyad un saut de génération ?

Le choix américain est avant tout stratégique : l’Egypte contre le Golfe. On lâche Moubarak pour protéger les rois et émirs de la péninsule arabique. La priorité est donnée au dossier iranien par rapport au dossier palestinien. On le savait depuis longtemps. On en a une illustration de première grandeur.

Mais l’histoire égyptienne n’est pas finie. Endormi depuis une dizaine d’années à la faveur du déclin de Moubarak, le sphinx pourrait se réveiller pour de bon et fausser les calculs.

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