VACLAV HAVEL L’EUROPÉEN.

Dimanche 8 janvier 2012 // L’Europe

Il faut s’être rendu à Prague pour comprendre un peu ce que Vâclav Havel a représenté pour ses concitoyens et, de là, pour l’Europe. Après avoir donné au monde le château Hradcany et le pont Charles, la bibliothèque de Strahov et Franz Kafka, Antonin Dvorâk et Bedrich Smetana, les saints Adalbert et Jean Népomucène, le Golem et Jan Hus, 1% vieille Bohême ne pouvait que produire cette personnalité en outre région urbaine plus riche par habitant que l’lle-de-France et dont le classement au patrimoine mondial de l’Unesco révèle un foisonnement architectural et artistique appuyé sur d’importantes ressources économiques.

Né en 1936 dans une famille de la bourgeoisie pragoise, cet « ennemi de classe » publia ses premiers articles dès 19 ans, notamment à propos d’une des grandes traditions nationales, l’art dramatique, tout en travaillant dans une brasserie industrielle, autre vieille activité tchèque. Après une période marquée par le théâtre de l’absurde, il privilégia l’expression humaniste conforme à l’histoire de son pays et à sa famille. Devenu le plus connu du groupe de la Charte 77, qui défendait les droits de l’homme après la reprise en mains consécutive à l’intervention soviétique de 1968, il démonta les mécanismes d’oppression et de crainte du communisme, d’où une audience auprès de l’ensemble des dissidents des pays du « socialisme réel » , même s’il ne pourra les rencontrer effectivement que plus tard.

Ceci l’amena en prison à trois reprises pour cinq ans, entre 1977 et 1989. Devenu tout naturellement un des personnages-clés de la « révolution de velours », il accepta de devenir président provisoire, mais, comme il le dira lui-même, « l’intérim a duré 13 ans », d’abord à la tête de la Tchécoslovaquie libre puis de la seule République tchèque lorsque, en 1992, il dut accepter la séparation avec la Slovaquie, malgré son opposition personnelle.

Président non partisan, Vâclav Havel aura également joui d’une incontestable réputation internationale. Intellectuel de haut niveau, il était inquiet de l’évolution de la société, constatant ainsi : « L’élément tragique pour l’homme moderne, ce n’est pas qu’il ignore le sens de sa vie, c’est que cela le dérange de moins en moins » . Il témoignait d’un grand respect pour les croyants, ne serait-ce qu’en raison de l’armature spirituelle qui leur avait permis de résister et il se sentait très proche de Jean-Paul II, au point qu’il se confessa à lui lors de sa visite à Prague en avril 1990.

Dans ses Mémoires publiés en 2007, il rappellera ce que l’Europe a toujours représenté : « Sous le communisme, nous savions que nous faisions partie intégrante de la civilisation occidentale, dont on nous avait arbitrairement séparés pendant plusieurs décennies. Il nous fallait avec passion rattraper le retard historique accumulé pendant l’ère soviétique. L’Otan, l’Union européenne : en vrais cosmopolites, nous voulions tout ».

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