Universités : la laïcité dure perdure.

Samedi 21 août 2010, par Jean-Gabriel Delacour // La Religion

La laïcité à la française éprouve encore du mal à trouver sa voie et à être reconnue comme un modèle. Non seulement par rapport à certaines pratiques musulmanes le Premier ministre britannique, David Cameron, vient ainsi d’exprimer son opposition « à une loi interdisant le port du voile islamique intégral » au Royaume-Uni mais aussi en ce qui concerne ses relations avec la principale confession chrétienne en France, le catholicisme. On sait pourtant que, le 20 décembre 2007, le président Nicolas Sarkozy s’était fait l’apôtre d’« une laïcité positive, c’est-à-dire une laïcité qui, tout en veillant à la liberté de penser, ne considère pas que les religions sont un danger, mais plutôt un atout. »

Dans la foulée, un an plus tard, le 18 décembre 2008, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, Mgr Dominique Mamberti, s’accordaient sur la reconnaissance des diplômes délivrés par les universités catholiques, dans le domaine religieux et profane. Ils s’étaient fondés sur le processus de Bologne par lequel 29 pays européens dont le Vatican avaient convenu de la mise en place d’un espace européen de l’enseignement supérieur. Mais voici qu’un arrêt du Conseil d’État publié le vendredi 9 juillet 2010 vient d’en limiter l’application pour que l’État français garde le monopole de la reconnaissance des diplômes. En effet, la reconnaissance par la France des diplômes d’universités reconnus par le Saint-Siège nécessitera, au coup par coup, la labellisation et l’aval de l’Université publique ; de même, les diplômes canoniques n’ouvriront pas forcément aux concours de la fonction publique.

Il faut noter que, la veille, le jeudi 8 juillet, s’était tenue la septième séance de l’instance de dialogue entre le gouvernement et l’Église catholique, mise en place en février 2002 par Lionel Jospin et présidée par l’actuel Premier ministre, François Fillon. Celle-ci se réunit une fois par an et donne l’occasion tout à la fois de traiter des questions institutionnelles et administratives d’intérêt commun et d’échanger autour de thèmes d’actualité. Outre François Fillon, il y avait là Bernard Kouchner, Brice Hortefeux, Valérie Pécresse, Éric Besson les responsables des Affaires étrangères, de l’Intérieur, de l’Enseignement supérieur et de l’Immigration ainsi que l’ambassadeur de France près le Saint-Siège, Stanislas Lefebvre de Laboulaye. L’Église catholique, de son côté, avait délégué le nonce apostolique en France, Mgr Luigi Ventura, le président de la Conférence des évêques de France, le cardinal André Vingt-Trois, et d’autres prélats. Il y avait évidemment été question, entre autres, des diplômes des universités catholiques.

On ne peut donc que constater que la plus haute juridiction française, tout en rejetant l’appel d’organisations laïcistes, vient de donner une interprétation restrictive de la liberté et de l’égalité religieuses. Ce rappel du monopole de l’État intervient au moment où les universités développent leur autonomie. Cela sera certainement perçu aussi de ce côté-là comme un signal négatif.

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