Universités : Révolution prudente.

Valérie Pécresse plus décidé qu’il ne paraît ?

Lundi 24 décembre 2007 // La France

Posée dans son principe dans la loi d’orientation sur l’enseignement supérieur de 1968, confirmée par la loi du 26 janvier 1984, autonomie des universités françaises toujours restée au stade de la théorie. Au point que nos Facultés demeurent aujourd’hui, parmi les pays de I’OCDE, celles qui sont les moins autonomes et les plus dépendantes d’un système hypercentralisé, stérilisant et inefficace. Réclamée depuis des années par les présidents d’universités lassés d’être prisonniers de conseils d’administration gangrenés par le syndicalisme et le corporatisme, le projet de loi portant sur « l’organisation de la nouvelle université » adoptée par le Parlement le 25 juillet, consacre une large place à l’autonomie.

Certes, le gouvernement s’est bien gardé d’y intégrer les sujets qui fâchent, comme la sélection à l’entrée ou la modulation des droits d’inscriptions. « Révolution prudente  », estime ainsi le président de l’Université de Marne-la-Vallée. Cependant, votée en catimini pendant l’été, la réforme pourrait s’avérer plus radicale qu’il n’y paraît.

En six mois, toutes les universités devront changer leur méthode de « gouvernance  » : le président sera choisi par un conseil resserré (entre 20 et 30 membres, contre 160 aujourd’hui !). et le conseil d’administration aura la haute main sur la gestion courante du budget. Les dirigeants pourront même désigner les membres des « comités de sélection » qui recrutent les professeurs, une prérogative qui leur échappaient jusqu’à alors. « L’assemblée des soviets c’est finit !  », se réjouit-on du côté des présidents d’universités.

Mais seuls les établissements volontaires accèderont à l’autonomie budgétaire et à la propriété immobilière, deux des grands axes de la réforme. Les universités qui accepteront l’autonomie budgétaire embaucheront et assureront librement la rémunération de leur personnel, jusqu’alors à la charge de l’État. De fait, elles pourront allouer leurs ressources comme bon leur semble (investissement ou recrutement). Elles auront également la possibilité de réorganiser leurs laboratoires à leur guise et de recueillir plus facilement des fonds privés en lançant des fondations d’entreprise (60 0/o des sommes versés par les entreprises seront déductibles de l’impôt sur les sociétés), ou en créant des « chaires universitaires », financées par des fonds privés. Enfin, sans débourser un centime, elles pourront devenir propriétaires de leurs murs. Mais, à quelques exceptions près, l’état de vétusté des locaux est tel qu’elles ne demanderont ce transfert que si l’État s’engage à leur accorder les crédits suffisants. Avec l’avantage de supprimer les interminables procédures administratives avant de lancer des travaux...

Dix à vingt universités — les plus compétitives parmi les 86 Facultés que compte la France, devraient être concernées dans un premier temps. Mais, estime le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Valérie Pécresse, « toutes ont vocation à y entrer petit à petit en étant accompagnées par l’État ». Celui-ci déboursera quelque cinq millions d’euros supplémentaires d’ici cinq ans pour accompagner la réforme. Une nécessité : cette loi offre l’autonomie à des Facultés qui sont pour la plupart en pénurie de moyens matériels et humains. Mais en responsabilisant les présidents et la instances de direction et en délestant l’université des lourdeurs administratives qui l’entravent (gestion du personnel, gestion financière et immobilière), la nouvelle loi offre à l’université française une chance unique de combler son retard sur ses homologues européennes et américaines. Avec le risque, pour les moins bien dotées, de rater le train de l’autonomie. Il s’agit donc de bien la négocier...

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