Une sociologie électorale bouleversée.

« Bobo » gauchos « prolos » fachos…

Mardi 29 avril 2008 // La France

Malgré sa volonté de « politiser » les municipales, le gouvernement était resté discret sur les chances qu’avait L’UMP de ravir quelques grandes villes à l’opposition. Lyon, ville sur laquelle l’exécutif fondait beaucoup d’espoir, est restée aux mains du Maire sortant, qui n’avait aucunement démérité. Prudence donc, car les élections présidentielles et législatives de 2007 ont permis d’identifier les tendances d’une nouvelle sociologie électorale que des élections précédentes avaient amorcées.

D’abord le poids, aujourd’hui quantifiable, d’une nouvelle classe sociale, celle des bourgeois bohèmes, les « bobos » implantés dans les centres-villes. Généralement célibataires ou vivant en union libre, d’un bon niveau d’étude, ils recherchent en priorité les centres-villes. Généralement célibataires ou vivant en union libre, d’un bon niveau d’étude, ils recherchent en priorité les centres-villes piétonniers, ou n’hésitent pas à investir d’anciens quartiers ouvriers pour les transformer à leur guise (lofts, restaurants branchés , « bars revendiquant une identité homosexuelle », etc). Le « bobo » fait grimper le prix de l’immobilier, son statut de cadre sans enfants lui permettant de payer des loyers importants pour des surfaces modestes.

Ce citadin d’un nouveau genre, raffole de la culture festive qui s’empare des grandes agglomérations depuis quelques armées (Nuit blanche, Paris plage, etc). Politiquement, s’il est sensible au discours libéral et progressiste de François Bayrou, il s’en remet in fine aux candidats socialistes réputés sociaux-démocrates. Cette nouvelle sociologie des centres-villes a fait basculer à gauche de véritables bastions de la droite. À Lyon, ville de gauche depuis 2001, deux circonscriptions UMP sont passées au Parti socialiste lors des législatives de 2007. Comme à Bordeaux, Toulouse, Rouen, Caen et Tours ou les circonscriptions du centre-ville, jusqu’alors tenues par la droite, ont basculé à gauche.

À l’opposé, les artisans et les commerçants, chassés des centres-villes, ont soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle (82%). Comme les ouvriers et les employés du secteur privé qui composaient le socle de l’électorat socialiste et communiste jusque dans les années 80, avant, pour un certain nombre d’entre eux, d’accorder leurs suffrages au Front national. Si les cadres supérieurs, vivant en zones urbaines et périurbaines, avouent hésiter entre la « gauche moderne » incarnée par Ségolène Royal et la droite « libérale », mais un tantinet « réactionnaire », de Nicolas Sarkozy, le monde rural, et plus encore les agriculteurs, vote Sarkozy ou pour les candidats qui s’en réclament.

Mais la mobilisation sans précédant de la dernière élection présidentielle a mis au jour une tendance lourde de la nouvelle sociologie électorale française. Selon un sondage sorti des urnes, le dimanche 22 avril, 64% des Français musulmans ont voté Ségolène Royal, 19% pour François Bayrou, et seulement 1% pour Nicolas Sarkozy ! C’est une véritable fracture idéologique qui s’opère dans les banlieues françaises entre les quartiers populaires où vivent une majorité de Français « de souche » qui votent massivement pour les candidats de droite, voire d’extrême droite, et les zones urbaines à forte population immigrée musulmane qui plébiscitent la gauche. Le vote musulman est si peu acquis à la droite qu’elle échoua partout où elle présenta des candidats issus des « minorités visibles » lors des législatives. D’ailleurs, tous les candidats « de couleur » présentés par la gauche se firent également battre, parfois même par des dissidents, comme si son électorat n’était pas si ouvert à la « diversité » mise à l’honneur par les partis politiques...

Ainsi, les grandes villes qui connaissent à la fois une « boboïsation » de leur centre-ville et des quartiers périphériques à forte population d’origine immigrée, si elle se mobilise, ne peuvent qu’accentuer leur vote à gauche aux prochaines élections. La droite, pour sa part, peut compter sur le soutien des petites et moyennes communes résidentielles qui accueillent des familles « chassées » des grandes villes par les prix de l’immobilier et sur celui des villes qui n’ont pas achevé, ou entamé, leur mutation. C’est sans doute le drame de maires de droite comme Alain Juppé ou Jean-Luc Moudenc, à Toulouse : en accompagnant la transformation sociologique de leurs villes, ils ont favorisé un électorat qui leur est opposé.

La victoire éclatante d’Alain Juppé à Bordeaux, ne saurait faire oublier la cruelle défaite de Jean-Luc Moudenc à Toulouse.

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