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Une société de défiance ?

Jeudi 28 octobre 2010 // La France

Les XXV° rencontres Pétrarque, qui se sont tenues à Montpellier au mois de juillet, voulaient répondre à une question un peu déconcertante : « En qui peut-on avoir confiance ? » Dominique Schnapper, dans sa leçon inaugurale, s’est chargée de préciser le sujet, en montrant qu’il s’intégrait tout à fait à l’interrogation de Tocqueville sur l’avenir de la démocratie. Celle-ci ne suppose-t-elle pas une confiance dans la capacité du corps social à se comprendre lui-même. Et cette capacité n’est-elle pas liée à la foi qu’on accorde naturellement à des autorités, dépositaires d’un savoir dévolu à quelques-uns ?

Justement, il semblerait que ces fondements du vivre en commun se trouvent fragilisés, dès lors que les scientifiques eux-mêmes sont contestés dans leurs compétences, que les experts sont récusés dans leurs conclusions et qu’un espace de discussion de plus en plus large secoue allègrement l’ensemble des certitudes. Invité à participer au dernier débat des rencontres, j’avais moi-même à affronter une belle provocation : « Tous connectés, bientôt débranchés ? » C’était, en effet l’énigme de l’univers d’Internet qui se proposait finalement aux participants. Internet, un instrument du débat démocratique enfin possible à l’échelle réelle du peuple, ou boîte de Pandore infernale. ? Comme toujours la sagesse devait se situer dans quelque juste milieu, mais celui-ci n’a rien d’une formule magique.

Plusieurs semaines après les échanges fort courtois de Montpellier, quelques souvenirs et quelques idées me sont venus en tête. Je me suis rappelé ainsi que la thématique des sociétés de confiance avait été abondamment développée, sa vie durant, par le ministre-normalien Alain Peyrefitte et qu’elle avait même donné lieu à une tardive soutenance de thèse de l’intéressé en 1995, devant un jury où siégeaient notamment Pierre Chaunu et Michel Crozier. Un axiome pourrait résumer la conviction centrale du jeune docteur de 67 ans, qui ne faisait qu’enrichir une première ébauche esquissée par l’étudiant, quelques quarante ans plus tôt : « Les confiances entrecroisées, ont fait jaillir le développement et fondé le développement. »

C’était une sorte de credo fondamental, qui réfutait la critique marxiste du capitalisme. Loin d’être le résultat de la lutte des classes et d’une sorte de rapt violent nécessaire à l’accumulation primitive, le mode de production qui avait permis le développement moderne, des forces économiques se fondait sur une confiance native. Celle qui supposait une procédure aussi essentielle que le crédit, qui n’aurait aucune chance de prospérer sans la confiance que le prêteur fait à l’emprunteur et sans l’assurance d’une rentabilité des investissements.

On pourrait appliquer le même type de raisonnement à la démocratie elle-même. Sans pacte social, sans accord sur un socle commun de principes et de valeurs, comment envisager un ordre institutionnel viable ? À ce propos, il convient de rappeler que la philosophie moderne, telle qu’elle s’est formée à partir du XVII° et peut-être même dès le XVI° siècle avec Machiavel, entendait fonder l’État à l’encontre de l’état d’hostilité permanente, en quoi consistaient des rapports sociaux, irréductiblement gangrenés par « la guerre de tous contre tous ». De la même façon, le marché libéral était conçu comme le moyen privilégié d’assurer la paix à l’encontre dés passions guerrières et religieuses.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Peut-on dire, en période de crise économique et financière, que la confiance règne globalement à l’échelle du marché mondial ? Règne-t-elle, seulement à l’échelle de l’entreprise à l’heure du harcèlement moral ? Il ne s’agit évidemment pas de s’en tenir à une appréciation univoque ou unilatérale, en plaidant selon le discours d’un pessimisme sans remèdes. Mais on est bien obligé de se poser quelques questions. Le modèle individualiste, consubstantiel au paradigme de l’économisme libéral tout comme à une certaine conception de la politique, va à l’encontre de toute sociabilité fondée sur la confiance. Et croire qu’avec les ressources d’une mirifique démocratie de participation, on parviendra à surmonter les impossibilités et les fatalités de notre civilisation, me paraît gravement imprudent.

Je veux bien, que l’instrument Internet confère aux citoyens des moyens d’accès à la connaissance, connaissances inédites ; Tout en leur permettant d’exprimer leurs avis de façon permanente, « à l’encontre des privilèges exclusifs des détenteurs du savoir, du pouvoir et de l’argent. Mais on est très vite confrontés aux limites évidentes de cette citoyenneté précaire. La démocratie à l’heure d’Internet n’est sûrement pas équivalente à ce qu’elle était au XIX° et XX° siècles. Les moteurs de recherche permettent l’accès à des sources d’information hier réservées et une courte expérience a prouvé que les médias traditionnels pouvaient être pris à revers lorsqu’ils menaient campagne de façon outrageusement partisane sur l’avenir de l’Europe. Mais il y a aussi les défauts de la cuirasse. La faculté de s’exprimer et de débattre peut tourner à la confusion, lorsqu’elle est instrumentalisée par les passions mesquines, les erreurs de jugement et l’incapacité d’entendre un ordre supérieur de raisons.

Il faudrait creuser plus profondément pour comprendre les soubassements anthropologiques et culturels d’une société de confiance. Une communauté politique est largement fondée sur l’histoire, sur une mémoire culturelle, linguistique. On ne remplacera pas l’enracinement spirituel par des procédures de communication. Il y a aussi, ce que Norbert Elias, appelait la civilisation des mœurs et qui conditionne toutes les relations. C’est en vertu de cela qu’un Orwell prônait la commune décence, en désignant là l’esprit du véritable socialisme. On trouvera probablement que face aux défis actuels, pareilles considérations sont plutôt dérisoires. Pourtant, il s’agit toujours bien de sociétés humaines, même propulsées par le choc du futur. S’agissant de défiance ou de confiance, il faut bien revenir aux sentiments fondateurs de notre commune humanité. Depuis Aristote et sa pensée politique, il existe ainsi des notions incontournables.

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