Une première : Medfel 2009.

Mardi 30 juin 2009 // Le Monde

Comme il se doit une première au nom barbare… « Medfel ».

Premier salon international d’affaires de l’Euro-Méditerranée.

Une première édition qui a attiré près de 2500 visiteurs professionnels, dont 135 acheteurs internationaux, du 28 au 30 avril.

Et pour cette première qui s’est tenue à Perpignan, un invité d’honneur : le Maroc ! Il est vrai que ce salon présentait la filière fruits et légumes méditerranéenne…

Et Georges Frêche de donner le ton :

« Il faut comprendre que l’économie est mondiale.

Nous devons faire du bassin méditerranéen le plus grand jardin du monde ».

Il est tout aussi vrai que Georges Frêche est passé maître dans l’art de parler aux « cons »…

De la langue de bois ?

"…On ruine les paysans africains en vendant nos produits subventionnés par l’Europe, mais c’est pas les agriculteurs qu’il faut subventionner, Blair a raison c’est les chercheurs. On s’en fout des agriculteurs, on s’en fout.

D’ailleurs aujourd’hui avec 5 % d’agriculteurs en France, on produit autant qu’avec 40 % en 1945 et avec 2 % on produira aussi bien qu’avec les 5 % actuels, donc on peut encore en perdre les trois cinquièmes…

Les cons ne disent jamais merci. Les cons sont majoritaires, et moi j’ai toujours été élu par une majorité de cons et ça continue parce que je sais comment les « engraner », « j’engrane » les cons avec ma bonne tête, je raconte des histoires de cul, etc… ça un succès de fou, ça a un succès fou…

S’il est vrai que la stabilité de la « mare nostrum » a tout à gagner à un développement économique « harmonieux », s’il est tout autant vrai que le bassin méditerranéen produit 20% de la production mondiale de fruits et 15% de la production mondiale de légumes, il convient de rappeler que la rive « Nord » et la rive « Sud » ne jouent pas dans la même cour…

Et l’invité d’honneur ne s’est pas fait prier pour se rendre à Perpignan.

Le Maroc a été le seul exposant à présenter des étals de fruits et de légumes des plus aguichants ! Et en musique…

Le Maroc ne cesse pas de faire des efforts pour améliorer et moderniser son agriculture, laquelle fait l’objet d’un plan Maroc Vert…

Le Consul général du Maroc, Sidi Abdelfattah El Kadiri, pour la circonstance porte-parole du ministre de l’Agricole du royaume, a parlé franc : « Cette rencontre est importante pour nous car elle constitue une plate-forme de choix pour notre développement commercial. Nous sommes ici à la recherche de nouvelles opportunités commerciales et de nouveaux partenariats. »

Le salon est également l’occasion pour les participants marocains de souligner auprès de leurs interlocuteurs les nouvelles mesures prises par le Maroc pour stimuler le secteur agricole, notamment à travers le Plan Maroc Vert et la signature, cette semaine en présence de SM le Roi Mohammed VI, d’une convention-cadre sur la contribution du Fonds Hassan II pour le développement économique et social au financement de ce plan durant la période 2009-2012.

Plus de 200.000 tonnes de légumes et autant de fruits transitent par la région du Languedoc-Roussillon vers d’autres marchés en Europe et en Russie, a souligné l’un des exposants pour montrer l’importance que revêt ce salon pour le secteur agricole marocain qui ambitionne de porter ses exportations de 1,3 millions de tonnes actuellement à plus de 2,9 millions de tonnes.

Le Consul avait eu beau préciser en préalable : « Nous concernant, nous ne sommes pas ici en tant que pays concurrents, nos productions sont complémentaires. », les agriculteurs de la rive « Nord » ne s’y trompent pas…

Le sort de biens de nos productions devient des plus incertain et celles-ci devront faire l’objet d’un accompagnement…

Derrière une belle façade toute en sourires qui ont fêté Perpignan « Capitale des fruits et légumes de l’Euro-Méditerranée », prudence et inquiétude sont de mises !

Claude Jorda, président de la FDSEA des Pyrénées-Orientales parlait d’or : « Nous ne nous battons pas à armes égales avec ses pays. Alors oui, bien sûr, il faut s’ouvrir au Sud pour des raisons géopolitiques que je ne conteste pas, néanmoins nous devons aussi penser aux producteurs de notre région. Il existe des distorsions de concurrence énormes, liées aux charges sociales, qui me ramènent quelques années en arrière lors de l’entrée de l’Espagne dans la Communauté européenne. Nous nous sommes adaptés, c’est un fait, mais cela a eu un coût. Au final, c’est plus de la moitié du parc de serres du département (P.O) que nous avons perdue… »

Et lucide de poursuivre : « Nous allons vivre le même scénario que celui vécu par la métallurgie ou le textile… »

Monsieur « Tomates et concombres », Pierre Diot, président de l’AOP nationale tomates et concombres apportait sa pierre : « L’augmentation importante des quotas de tomates marocaines et le télescopage des calendriers de production ont une incidence directe sur les productions françaises. Depuis 2000, l’évolution des accords entre l’Union européenne et le Maroc ont eu des conséquences économiques désastreuses sur les exploitations françaises et notamment celles du Sud de la France. Dans cette région, la production de tomates a été divisée par deux en dix ans. L’idée de complémentarité de calendrier est une idée politique. L’arrivée des tomates marocaines sur le marché européen décale les productions espagnoles qui par conséquent télescope les productions françaises ; voilà la réalité. »

Sans oublier de rappeler aussi que les accords sur les contingentements mensuels n’étaient pas respectés tout comme le prix plancher d’entrée qui ne devrait pas être inférieur à 0,46 euros…

Comme dans bien des secteurs d’activité, « in fine » la question qui se pose est simple : « Veut-on encore une production de fruits et de légumes en France ? »

Des pans entiers de notre souveraineté s’effondrent. La souveraineté alimentaire n’est pas la moindre…

Il ne s’agit pas d’ostraciser le Maroc avec lequel la France pourrait développer des accords pertinents. Mais après « s’habiller chinois, importer le mouton néo-zélandais, le poulet thaï, le Tout-Asie… » et j’en passe…

Nos fruits et légumes devront-ils être Tout-Maghreb ?

Sans nous étendre sur l’épopée proustienne :
Mais où est le bon goût de nos tomates d’antan ?...

Toujours passionnante lecture de l’hebdomadaire régional « Paysan du Midi », du 8 mai 2009, numéro 3249. Boite postale 249- 34434 Saint-Jean-de-Védas cedex

Répondre à cet article