Une monarchie qui écoute ses citoyens.

Samedi 1er octobre 2011 // L’Afrique

Sa majesté Mohammed IV, roi du Maroc, a engagé une révolution tranquille.

Alors que la Libye et la Syrie ont plongé dans les affres de la guerre civile, tandis que
l’Égypte et la Tunisie se débattent dans les imbroglios d’une situation pour le moins
incertaine, la « révolution de velours » marocaine, voulue par le roi montre tout à la fois le sens politique et la sagesse du souverain chérifien qui a laissé la rue s’exprimer, tandis qu’une commission planchait sur la réforme en profondeur des institutions du royaume, mais aussi les bienfaits naturels d’un régime, la monarchie, qui dispose tout à la fois d’une réelle légitimité et du temps nécessaire pour mener à bien tout projet d’importance.

DANS LE TOURBILLON inquiétant des révolutions, le Maroc occupe décidément une place particulière et confirme sa solidité politique et la stabilité du royaume.

À la différence d’une Algérie riche de ses matières premières et de son pétrole mais mise en coupes réglées par une camarilla de privilégiés aussi égoïstes qu’inefficaces, le Maroc exception faite de ses phosphates n’a jamais disposé de beaucoup de richesses naturelles. C’est la raison pour laquelle le pays a surtout misé sur un artisanat fécond et original, les activités liées à la consommation et, plus encore, sur l’ouverture au monde, une politique se traduisant notamment par un tourisme important.

UN PAYS OUVERT

Plus profondément, à la différence de tant d’autres pays arabes soumis longtemps et encore à des dictatures de fait, le Maroc a la chance de vivre dans le cadre de cette monarchie alaouite pluri-séculaire refondée par le roi mohammed V dans les luttes pour l’indépendance des années 1950 et que seule une infime minorité aveugle d’islamistes fanatiques conteste réellement.

La monarchie marocaine, régime souple et tempéré n’est aucunement figée et rétrograde mais peut se permettre les évoluons qui s’imposent dans la continuité de son héritage.

Déjà en 1974, le roi Hassan II avait fait montre d’ouverture en légalisant les partis d’opposition. À la mort de celui-ci en 1999, son fils Mohammed VI fort de son incontestable et incontestée légitimité religieuse s’est construit une popularité personnelle et politique, grâce à la modernisation du royaume, lancée dès le début de son règne, chantier qui s’est notamment traduit par l’élargissement de la sphère des libertés et une véritable politique sociale.

Le 5 février 2004, le droit de la famille, la Moudawana avait été transformé. Un nouveau code de la famille placé « sous la responsabilité conjointe des époux » entrait en vigueur après adoption à l’unanimité. Et il était précisé que le divorce était un « droit exprimé par l’époux et l’épouse ». Le 30 avril de la même année, le souverain annonçait une « restructuration du champ religieux » en vue de lutter contre l’intégrisme. Alors même qu’une femme faisait son entrée au Conseil supérieur des oulémas. Le 30 novembre 2005, l’instance Équité et réconciliation, établie en 2003 par dahir royal, remet son rapport final au souverain : quelque 10 000 victimes de toutes les répressions depuis l’indépendance seront indemnisées par l’État. Le 3 mars 2011, un Conseil national des droits de l’homme voit le jour. Celui-ci pourra être saisi par n’importe quel Marocain. Un débat est en outre prévu sur la peine de mort.

UNE RÉVOLUTION TRANQUILLE

Enfin, fait sans précédent dans le monde arabo-musulman, le 17 juin 2011, dans un discours solennel à la nation, le roi Mohammed VI engage sa révolution tranquille en l’adaptant au particularisme marocain et annonce la réforme de la constitution. Il s’agit, explique le roi, d’un « pacte, un nouveau contrat entre le peuple et la monarchie ».

Si l’on en croit son président, Abdellatif Mennouni, universitaire discret, la Commission de réforme de la constitution instaurée par le roi a bénéficié d’une liberté totale pour avancer ses propositions après avoir auditionné une centaine de délégations de partis politiques et de membres de la société civile et avoir reçu 200 memorandums.

La grande nouveauté c’est que, pour la première fois dans la Constitution, il y aura séparation des pouvoirs au sommet de l’État avec deux lieux d’exercice du pouvoir. Le Conseil des ministres, présidé par le roi, et le Conseil du gouvernement, présidé par le chef du gouvernement. En fait, il s’agit avec cette réforme du parachèvement d’un véritable État de droit avec l’affirmation du caractère constitutionnel et parlementaire de la monarchie marocaine.

Une monarchie tempérée et équilibrée avec, pour assurer la stabilité dupays, le souverain qui reste maître du jeu des domaines proprement régaliens de la défense, de la diplomatie et de la sécurité intérieure. Le roi est le chef des années et accrédite ambassadeurs et diplomates. Un « Conseil de sécurité intérieure », présidé par le monarque, est créé en vue de « gérer les questions de sécurité internes, structurelles et imprévues ». Ce nouvel organisme comptera parmi ses membres les chefs des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, les ministres, les responsables et les personnes concernées.

Le roi, descendant du Prophète et Amir AlMouminine, Commandeur des croyants, reste la première autorité religieuse du pays et sa personne est déclarée « inviolable ». L’article 106 dispose que « la forme monarchique de l’État ainsi que les dispositions relatives à la religion musulmane ne peuvent faire l’objet d’une révision constitutionnelle ». Le souverain peut émettre des fatwas. Enfin le libre exercice des cultes est garanti cependant qu’il est rappelé que l’islam est la religion de l’État.

Sur le plan civil, de nouveaux pouvoirs sont attribués au Premier ministre. Désormais, celui-ci sera toujours nommé par le roi, mais issu du parti vainqueur aux élections législatives. Le chef du gouvernement sera responsable des nominations administratives les plus importantes. Il pourra dissoudre le Parlement et tenir conseil sans la présence du roi. Un Parlement où seront désormais représentés les Marocains de la diaspora qui vivent à l’étranger.

Par ailleurs, seront inscrits dans la Constitution les principes des droits de l’homme, de la présomption d’innocence, de la lutte contre les discriminations, de la liberté d’opinion, du droit à l’accès à l’information, de la garantie de l’indépendance de la justice et de l’égalité hommes-femmes. Enfin, les Berbères, premiers habitants du Maroc qui préferent qu’on les nomme les Amazighs, les « hommes libres », plutôt une appellation gréco-romaine désignant le « barbare » ont tout lieu d’être satisfaits.

En 2001, déjà, le nouveau souverain Mohammed VI avait créé l’Ircam, l’Institut royal de la culture amazigh au Maroc dont il avait confié la direction à un spécialiste reconnu de la question, Mohammed Chafik, son ancien professeur au Collège royal. Une première dans le royaume pour un monarque dont la mère est berbère et qui se veut attentif au Rif, première région berbérophone du royaume. Depuis avait été créée une chaîne de télévision Amazighe. Désormais le berbère sera la seconde langue officielle du royaume. Une véritable révolution et une oeuvre de justice et de paix.

Enfin, si, dans son préambule, la Constitution donne la primauté à la culture arabe, elle évoque aussi les « racines juives et andalouses » de celle-ci. Autre donnée importante : le Maroc sera divisé en régions, dont l’une est prévue pour le Sahara occidental, gérées par un représentant élu.

Le Conseil des oulémas (théologiens) se trouve également inscrit dans la Constitution. Parmi les nouvelles instances civiles, on retiendra également le Conseil de la compétition et de la lutte contre la corruption.

UN SUCCÈS INCONTESTABLE

Les mouvements politiques présents à l’Assemblée nationale s’étaient déclarés favorables au texte. Seuls trois groupes d’extrême gauche, tout comme le mouvement du 20 février, lui-même issu de la même mouvance et dont on a exagéré considérablement l’influence dans les médias à l’extérieur du Maroc, avaient appellé au boycott du référendum annoncé. Tout comme une poignée d’islamistes, ceux-ci tablaient sur un fort taux d’abstentions pour revendiquer une légitimité par défaut. Alors même que la participation avait tourné autour de 30 % aux législatives de 2007 et aux alentours de 50 % lors des municipal) de 2009. En revanche, la plus puissant confrérie sunnite du pays, la Zaou1 Boutchichia, installée à berkane, dans le Rif oriental avait lancé un appel au oui.

En définitive, le roi Mohammed VI remporté le ler juillet un succès incontestable avec l’adoption par référendum de réforme cdnstitutionnelle. Le taux de participation (73 %) et le oui (98 %) montrer que les Marocains plébiscitent les réforme proposées par le souverain chérifien, noble et sage rejeton de ce royaume alaouite vieux de 350 ans.

« On peut parler d’une exception marocaine a pu se réjouir le ministre de l’Économie Salaheddine Mezouar. Tandis que le ministre de la Communication Khalid Naciri pouvait saluer « la leçon magistrale donnée aux apprentis révolutionnaires », à l’évidence les « jeunes du Mouvement du 20 février, lequel se délite et n’existe pratiquement plus.

Comme a pu l’écrire très justement dans les colonnes de notre confrère Le Figaro Frédéric Rouvillois, professeur de droit public à Paris-Descartes : « Cette Constitution longuement réfléchie, n’abandonne pas en rase campagne les pouvoirs du monarque. Dans nouvelle Constitution, le roi, qui en est l’inspirateur et l’initiateur, conserve une place centrale. Représentant suprême de l’État, garant du bien commun et garant des institutions ; le roi conserve les moyens d’agir, notamment en cas de blocage ou de menace, mais aussi, lorsqu’il lui apparaît opportun de faire évoluer le système. En définitive, le roi qui demeure « Commandeur des croyants » ce qui est essentiel dans un pays légitimement attachéà sa forte identité islamique reste le coeur agissant d’un véritable régime mixte ; d’une combinaison inédite où la légitimité démocratique coexiste avec la légitimité monarchique conformément à la tradition et aux aspirations du pays ».

On ne saurait mieux dire. Sans nul doute, cette remarquable Constitution marocaine, la première à voir le jour après les évènements du « printemps arabe », va exercer une pression dans la région. Au premier chef sur l’Algérie où persiste une dictature. D’où l’inquiétude rentrée d’El Wattan évoquant une « petite révolution de palais Une petite révolution de palais dont se contenteraient à coup sûr les Algérien.

Souhaitons que la construction du nouveau Maroc soit pour les pays de région une source d’inspiration. Et longe vie au roi Mohammed VI, le Pacificateur !

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