RDC : ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLE ET LÉGISLATIVES

Une marmite bouillante

Mardi 22 novembre 2011 // L’Afrique

Faire de la politique en République démocratique du Congo (RDC) n’est pas un apostolat, mais plutôt un moyen de s’enrichir. Sur ce, toutes les méthodes, aussi meurtrières soient-elles, sont bonnes pour parvenir à la soupe.

Le 6 septembre 2011, à Kinshasa, des hommes en uniforme ont brutalement attaqué et incendié les bâtiments abritant la chaîne de radio et télévision RTLV (Radio Lisanga Télévision) appartenant à Roger Lumbala ainsi que le siège social de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba. L’assaut, qui a fait deux morts et plusieurs blessés, est intervenu un jour après le saccage d’un des bureaux du PPRD (Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie) de Joseph Kabila, par des hommes qui avaient accompagné Tshisekedi au dépôt de sa candidature à l’élection présidentielle du 21 novembre prochain.

Quelques jours auparavant, organisée toujours par l’UDPS, la marche pour la remise à la CENI (Commission électorale nationale indépendante) dirigée par le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, d’un mémorandum dénonçant le mauvais travail et l’irrégularité du processus électoral, avait tourné au drame. Bilan : un mort, des blessés, des centaines d’arrestation et des dégâts matériels importants. Le 8 septembre, à la suite de ces événements malheureux jugés susceptibles de menacer le processus électoral engagé, le gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta, membre du PPRD, a décidé d’interdire toute manifestation politique jusqu’à la date officielle prévue par la CENI pour la campagne présidentielle et législative,. Même son de cloche du côté de l’église qui, par le biais du cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, a invité les hommes politiques et leurs formations respectives à la retenue, au sens de la responsabilité et à l’amour du prochain. « Je ne veux pas voir mon archidiocèse sombrer dans le chaos. Le social ou le train de vie du citoyen congolais est déjà mauvais et, je ne veux pas qu’il devienne encor re plus intenable. Aux politiques je demande de faire de la politique comme un apostolat et non comme un moyen de diviser, de casser la cohésion entre les Congolais.

Le sang, je n’en veux pas ... », dixit l’archevêque de Kinshasa, lors d’un point de presse, le 7 septembre. C’est donc dans cet insupportable climat de violence pré-électorale que les autres candidats à la magistrature suprême (Joseph Kabila, Léon Kengo wa Dondo, Dr Oscar Kashala, Adam Bombole, Vital Kamerhe, Mwisi Nyamwisi, Nzanga Mobutu, Mukendi Kamanda José, Théodore Ngoy, Diamba) ont, les jours suivants, déposé leurs candidatures au bureau de la CENI. Si les mises en garde des religieux et des diplomates en poste en RDC ont quelque peu apaisé les esprits de la population congolaise déjà victime du génocide de la faim, il est totalement exclu aujourd’hui que les politiciens abandonnent les méthodes suicidaires.

Opposition trop sceptique

Les choses ne sont pas claires. Trop de zones d’ombre. En refusant à l’opposition l’accès au serveur central, le pasteur Daniel Ngoy a mis de l’huile au feu et, a déclenché une guerre lourde de conséquences. Tout s’annonce mal, tout va mal », commentent les analystes politiques. Et d’ajouter : « afin de manifester leur mécontentement, certains partis de l’opposition ont refusé de signer le code de bonne conduite proposé par la CENI. Une réponse du berger à la bergère. Sans l’intervention de Dieu, la RD Congo se dirige vers une crise plus profonde, une situation comparable à celle de la Côte d’ivoire, où la « congolité » risque de resurgir ».

En effet, bien que désorganisée, divisée, l’opposition - toute tendance confondue, grande ou petite - est frustrée. Selon elle, la CENI joue le jeu de Kabila, du PPRD et de sa coalition « MP » (Majorité présidentielle). « Nous ne voyons pas clair. Nous ne croiserons pas les bras. Nous ne nous laisserons pas faire.

Si la CEI dirigée à l’époque par l’Abbé Malu Malu avait en 2006 réussi à manipuler et jouer avec Jean Pierre Bemba (Mouvement de libération du Congo), la CENI a cette fois-ci un morceau dur. Si Vital Kamerhe et les huit autres candidats finiront par se désister grâce aux jeux des alliances, Etienne, vu son âge et son sacrifice trop lourd, ira jusqu’au bout et n’acceptera pas facilement sa défaite », fait savoir l’entourage du président de l’UDPS. Lequel promet d’en découdre si l’institution de Daniel Ngoy arrivait à proclamer Joseph Kabila vainqueur de la prochaine présidentielle. Lequel, enfin, juge sévèrement le bilan de l’actuel gouvernement dans le domaine social, en matière de sécurité et sa complaisance envers les forces d’occupation. Pour Etienne Tshisekedi, donc, l’heure a sonné et, il n’est pas question que Joseph Kabila brigue un second mandat.

L’intransigeance de Tshisekedi et la dangereuse guerre déclenchée entre la CENI et l’opposition, ont poussé (et poussent) le président Joseph Kabila à affûter des armes destructrices. D’ailleurs, à tort ou à raison, Joseph Olengakoy, un des leaders de l’opposition, accuse Joseph Kabila, qui s’est présenté comme candidat indépendant à la prochaine présidentielle, désavouant ainsi son PPRD, d’avoir fait venir à Kinshasa des mercenaires tanzaniens et érythréens afin de mater les protestataires. Joseph Kabila, renchérit-il, adore tellement le pouvoir qu’il n’est pas prêt à rendre le tablier. C’est un pur Laurent Gbagbo. En outre, pour les caciques du Pprd et de la majorité présidentielle, perdre le pouvoir signifie devenir pauvre, ne plus avoir accès à la fortune, perdre tous les privilèges et avantages liés au pouvoir. Autant dire : pouvoir égal argent, opposition veut dire misère. Alors, il faut se battre coûte que coûte pour se maintenir au pouvoir, et conserver ses avantages. Tous les moyens sont bons pour y parvenir. Ceci dit, pour Kabila et sa MP, il n’est pas question de céder le pouvoir aux adversaires.

La carte Kengo wa Dondo,dans le tiroir

Si Bruxelles et Washington avaient, au début de l’année, misé sur Kengo wa Dondo, la réalité politique congolaise actuelle les a poussés à changer d’avis. Kengo présente beaucoup de lacunes, entre autres sa « congolité ». De l’autre, le scrutin présidentiel à tour unique le met dans une position difficile. La carte Kengo réussirait si le scrutin présidentiel était à deux tours. Pour l’instant, l’actuel président du Sénat est obligé, pour sa survie politique, de se ranger derrière un autre candidat, aimé et reconnu par les Congolais et, surtout, populaire.

Bien que le peuple congolais est convaincu que l’achèvement du processus électoral reste (est) le meilleur moyen de reculer la violence, il est sans ignorer que la campagne électorale et les jours qui suivront la tenue du scrutin seront chauds, périlleux. Sur tous les plans, même au niveau des alliances. Trahisons, injures, casses, embuscades, coups et blessures volontaires, bagarres sanglantes, arrestations arbitrairres, intimidation, harcèlement, recours à la congolité, agressions sauvages, etc... Tous les ingrédients sont réunis pour que le sang coule. La réalité est que la victoire d’un camp signifie « casse » du côté du vaincu. Et le vaincu le plus dangereux est Kabila, qui, n’hésitera pas à tout réduire en poussières, surtout qu’il est doté de tous les moyens (armée, police et argent). Devant cette situation extrêmement explosive, les ONG oeuvrant en RDC proposent la formation d’un gouvernement de transition, soit avant la tenue de scrutin, soit avant la proclamation du vainqueur de la prochaine présidentielle. Une sage proposition qui, malheureusement, est rejetée par bon nombre de politiciens respectueux de la constitution.

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