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Moyen-orient. MONDE ARABE-ISRAËL.

Une alliance israëlo-arabe face à l’Iran ?

Samedi 22 août 2009, par Jeffey Goldberg // Le Monde

La peur commune qu’inspire Téhéran à l’ensemble de la région pourrait accélérer le règlement du conflit israélo-palestinien. Malgré les haines tenaces qui subsistent entre Israéliens et Arabes.

Récemment, j’ai participé à Ramallah, la capitale de ce qui reste des Territoires
palestiniens, à un dîner chez l’un des responsables les plus éclairés et les plus laïques du Fatah. Les invités étaient aussi attachés que lui à la laïcité, et la conversation était aimable
et pragmatique jusqu’à ce que quelqu’un se demande quels avaient été les véritables objectifs de George W Bush au Moyen-Orient. Notre hôte s’est alors mis en colère et a accusé Bush
d’avoir eu des sympathies prochiites. Je lui ai rétorqué que c’était peu probable. Un autre invité, membre de l’Autorité palestinienne, était du même avis que notre hôte. Il a affirmé que le gouvernement Bush voulait secrètement établir un Etat chiite au coeur du
monde arabe pour créer un nouvel axe Washington-Bagdad-Téhéran. Celui‑ci était censé servir à la fois les intérêts pétroliers des Etats-Unis et leur désir de se venger des radicaux sunnites qui les ont attaqués le 11 septembre 2001.

Puis la vraie question a fait son apparition. "Les chiites sont des apostats, a affirmé notre hôte. Bush donne le pouvoir aux apostats. Ils veulent se servir de l’Irak comme base pour convertir les sunnites." Cet homme avait été marxiste dans une vie antérieure, à Beyrouth,
mais, ce soir-là, son message était simple c pour qui ils se prennent, ces emmerdeurs de chiites ? Le chiisme, dont les adeptes ne représentent que 15% du 1,4 milliard de musulmans, a longtemps possédé un statut de deuxième classe dans le monde arabe.

Puis, en 1979, l’ayatollah Khomeyni a pris le pouvoir en Iran et cherché à exporter l’idéologie de la révolution islamique de son pays aux musulmans du monde entier, y compris aux sunnites. Après des siècles de conflits sanglants provoqués par de profondes divergences doctrinales, c’était un objectif improbable. Le schisme entre sunnites et chiites est dû à un désaccord quant à l’identité du successeur légitime du Prophète. Le conflit entre sunnisme et chiisme est le plus lourd de conséquences au Moyen-Orient, parce qu’il touche les fondements.

LE VÉRITABLE DANGER, C’EST L’IRAN ET NON ISRAËL.

Or c’est précisément parce que ce conflit est insoluble qu’il pourrait permettre d’en résoudre un autre apparemment éternel, le conflit entre juifs et musulmans. Le cliché absolu au Moyen-Orient, c’est bien entendu ( les ennemis de mes ennemis sont mes amis). Or il se trouve qu’aujourd’hui, plus que jamais au cours des cent ans de conflits désastreux qui ont opposé Juifs et Arabes sur cette bande de terre entre mer Méditerranée et Jourdain, les deux parties ont un ennemi commun : la république islamique d’Iran, d’obédience chiite. La possibilité d’une grande - bien que nécessairement implicite - alliance judéo-sunnite serait un cadeau fait à Barack Obama par son prédécesseur. Mes compagnons de table avaient tort. En envahissant l’Irak, George Bush ne comptait pas renforcer la puissance de l’Iran. Ils avaient toutefois raison quant aux effets de la guerre. Bush est le père involontaire du premier Etat arabe chiite [l’Irak]. En permettant à l’Iran de poser pied dans l’Irak arabe, il a fait de Téhéran une puissance émergente dans le golfe Arabo-Persique.

Vali Nasr, spécialiste américain de l’Iran, évoque une marginalisation du conflit israélo-arabe. Il avance à juste titre l’idée que la plupart des pays arabes ont davantage intérêt à contenir l’Iran qu’à contenir Israël. Nous pensions jadis que le conflit israélo-arabe était la clé qui permettrait de résoudre tous les problèmes de la région, à savoir le Terrorisme, Al-Qaida, l’Iran et l’Irak. Je pense désormais que c’est le golfe Arabo Persique qui permettra de résoudre le conflit israélo-arabe. Toutes les puissances qui comptent - l’Iran, l’Arabie Saoudite et même les bons élèves de la région, comme Dubaï ou Abou Dhabi - se trouvent dans le Golfe. Et tous les conflits importants pour nous - l’Irak, l’Afghanistan et l’Iran - se trouvent dans le Golfe. Et Israël considère l’Iran comme une menace pour son existence.

Ce qu’il y a actuellement de remarquable au Moyen-Orient, c’est que les dirigeants arabes se montrent plus critiques à l’égard de l’Iran que le Premier ministre israélien Nétanyahou. Le Maroc a rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran au motif que des chiites iraniens tentaient de convertir les Marocains sunnites. En Egypte, les services de renseignements ont passé le printemps à démanteler des cellules du Hezbollah. Même si l’on oublie que l’Iran tente de se doter d’une capacité nucléaire, tous les pays du Golfe sont extrêmement mécontents de ses activités dans notre région m’a confié récemment un haut responsable des Emirats arabes unis. Nous voyons ce qu’il fait aujourd’hui en Irak, au Liban, au Yemen. Nous avons vu ce qu’il a fait d’une façon ou d’une autre en Afghanistan, au Pakistan, au Soudan. Yusuf Qaradaoui, un éminent prédicateur sunnite sur la chaîne Al Jazira, déclarait en 2008 que les chiites sont des hérétiques et représentent un danger parce qu’ils tentent d’envahir la société sunnite.

Pour la première fois, la majorité du monde arabe pense que le véritable danger, c’est l’Iran et non Israël, m’a récemment confié le président israélien Shimon Pérès. Il exagère, mais les dirigeants arabes modernes aimeraient manifestement qu’il y ait une alliance judéo-sunnite. Un compromis avec Israël - par exemple un accord sur le gel des colonies en Cisjordanie prouverait à leurs électeurs pro palestiniens que ce sont les Etats arabes et non l’Iran qui sont les garants des intérêts palestiniens. Une telle alliance présenterait des avantages stratégiques encore plus évidents pour Israël. Nétanyahou a déclaré qu’il ferait pression sur l’Europe, la Chine et la Russie afin qu’elles interviennent fermement pour mettre un terme au programme nucléaire iranien. Il aurait bien plus de poids s’il pouvait agir ici de concert avec les dirigeants arabes.

Bien sûr, il est peut-être trop tard pour forger une alliance judéo sunnite, parce qu’en lançant ses raids à Gaza en décembre 2008 Israël a provoqué dans le monde arabe une hostilité telle que les gouvernements arabes ne peuvent donner l’impression de chercher une alliance tacite avec lui. En théorie, le moment est tout indiqué pour une alliance, mais, en pratique, cela n’arrivera pas tant qu’Israël n’aura pas pris certaines décisions stratégiques pour apporter de véritables compromis sur la table, estime Abdel Monem Said Aly, du Centre d’études stratégiques de l’université AlAhram, au Caire.

L’Iran s’est présenté comme de gardien des intérêts islamiques, et en particulier palestiniens, en prenant le maximum de positions, aussi creuses soient-elles. Si Israël et les Palestiniens peuvent donner l’impression de progresser, il y a une chance. Mais il faudra pour cela qu’Israël repense ses priorités stratégiques. Il existe cependant une façon spectaculaire de faire avancer le processus de paix tout en marginalisant l’Iran. Il s’agirait de fixer les futures frontières de l’Etat palestinien. Pour David Makovsky, qui est l’un des meilleurs experts du processus de paix, le gel des colonies ne doit pas devenir pas une fin en soi. Il y a actuellement convergence d’intérêts entre Arabes et Israéliens à propos de l’Iran. Ce moment est donc un cadeau qu’il ne faut pas gaspiller, explique-t-il. Il suggère que l’on surseoit à la question des colonies et que l’on passe à la détermination des frontières. Ce n’est pas comme les questions de Jérusalem, du statut des réfugiés ou de la sécurité. Les deux camps ont déjà des positions très proches sur la question des terres de Cisjordanie.L’ancien Premier ministre israélien Ehoud Olmert a proposé que le futur Etat palestinien s’étende sur 93 % de la Cisjordanie et reçoive un territoire supplémentaire de la part d’Israël dans le cadre d’un échange territorial.

L’histoire du processus de paix au Moyen-Orient est parsemée d’occasions manquées, et le défi commun que représente l’Iran risque de ne pas suffire à pousser Arabes et Israéliens à faire cause commune. D’un autre côté, il y aune différence substantielle entre 1993 [accords d’Oslo] et aujourd’hui. Dans les années 1990, les Arabes ne se sentaient pas autant sous pression qu’Israël, explique le spécialiste de la région Martin Indyk. Aujourd’hui, grâce à notre erreur en Irak, les Arabes se sentent tout autant sous pression.

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