Une France bien peu catholique.

Jeudi 1er février 2007, par Paul Vaurs // La Religion

Les deux phrases lapidaires inscrites sur la couverture de notre confrère
Le Monde des religions résument à elles seules les données d’un sondage qu’il
publie sur les Français et le catholicisme. « Seul un Français sur deux se
déclare encore catholique. Seul un catholique sur deux croit encore en
Dieu ». La seconde position aurait un air ubuesque si l’on ne comprenait
immédiatement que la dénomination catholique se rapporte plus à une culture,
un héritage patrimonial qu’à une foi réfléchie à assumer en rapport avec un
donné dogmatique qui lui confère sa cohérence... Le directeur de la
publication insiste à dessein sur ce point : « Non seulement un catholique
sur deux ne croit pas ou doute de l’existence de Dieu mais, parmi ceux qui
affirment croire, seulement 18% croient en un Dieu personnel (ce qui est
pourtant un des fondements du christianisme), tandis que 79% croient en une
force ou une énergie ».

Impossible de mettre en doute ce diagnostic de Frédéric Lenoir, qui a
quelque chose d’accablant. Nous découvrons en effet, et pourtant nous
devrions le savoir depuis longtemps que la cause essentielle de décrochage
de la population française n’a qu’une seule explication l’ignorance. Une
ignorance crasse, on dirait presque satisfaite d’elle-même, puisqu’elle
croit savoir ce qu’elle ignore, persuadée sans doute qu’elle est portée par
une modernité qui rend obsolètes les croyances anciennes et inutile tout
effort sérieux de se renseigner là où on est susceptible de recevoir une
information fiable. On aurait tort de croire que cette situation est
inédite. C’était approximativement celle que Chateaubriand décrit dans le
préambule de son Génie du christianisme.

Partout on voyait des restes d’églises et de monastères que l’on achevait
de démolir. C’était même une sorte d’amusement d’aller se promener dans ces
ruines.. Sans doute, ces ruines sont-elles aujourd’hui morales, mais le
paysage intérieur qu’elles dessinent, reflète une même désolation...
Chateaubriand devait rappeler, au début du dix-neuvième siècle, ce qu’était
le christianisme et son héritage civilisateur.

L’éradication anti-chrétienne avait produit l’amnésie. Une amnésie que l’on
retrouve aujourd’hui et que l’on s’efforce d’expliquer à grands coups de
sociologie péremptoire. Modernité, individualisme, repli du religieux sur
la vie privée. Tout cela pèse peu au regard du champ de démolition où se
produit le naufrage de la foi. C’est l’abandon de la ferveur première qui
est à l’origine d’un processus hélas inexorable.

On feint de croire que la France (et toute l’Europe anciennement chrétienne)
vivent sereinement dans la postmodernité heureuse de l’après-christianisme.
C’est une sottise. Le suicide démographique de notre continent est
consécutif au ralliement à une philosophie indifférente à la vie et à la
transmission. Heureusement, d’autres continents, pourtant moins favorisés,
ont conservé intact un goût d’avenir. La foi y est moins dédaignée que chez
nous. Et de plus en plus nombreuses sont les populations venues d’ailleurs
pour prendre la place d’une civilisation fourbue et sans espérance.

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