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Une Europe allemande est née.

Jeudi 10 novembre 2011 // L’Europe

Lors des deux derniers sommets de Bruxelles, c’est la vision allemande de la sortie de la crise qui semble l’avoir emporté. En faveur d’une Union européenne à plusieurs niveaux et au détriment des pays périphériques.

Lors du premier sommet de Bruxelles [le 23 octobre], l’approche allemande a prévalu sur les points cruciaux de l’agenda. Aujourd’hui, la seule Europe possible paraît être une Europe dépendante de la politique intérieure de l’Allemagne, le pays au centre du jeu, économiquement plus fort que les autres. Avec la crise de la dette, nous assistons en direct à la naissance d’une Europe allemande, où la France ne conserve qu’en apparence un statut de partenaire égal. En réalité, Berlin pèse trop lourd et Paris pas assez pour former un directoire efficace. Les autres ne jouent qu’un rôle mineur (les pays nordiques), sont englués dans leur dette publique (les pays méditerranéens) ou ont choisi définitivement de rester en dehors (la Grande-Bretagne) ou d’attendre (la Pologne).

L’Europe allemande naît, au sens propre, par défaut : ce n’est pas tant du défaut partiel d’un pays périphérique comme la Grèce qu’il s’agit, mais de l’évaporation politique d’une série d’autres acteurs européens traditionnels, Italie incluse. Le comité de Francfort [Nicolas Sarkozy Angela Merkel, José Barroso et Herman Van Rompuy], comme l’a rebaptisé la pressé italienne, a pris la suite des six anciens pays fondateurs. Et la Commission européenne commence à ressembler plus à un secrétariat technique qu’à un gouvernement potentiel de l’Union.

Cette photographie (un peu crue, admettons-le) des rapports de forces n’efface pas le point essentiel : l’union monétaire ne pourra surmonter la crise actuelle qu’à deux conditions, d’abord que les pays qui aujourd’hui la guident, Allemagne en tête, augmentent leur taux de solidarité, ensuite que les pays endettés augmentent leur taux de crédibilité (réformes) et leur discipline budgétaire. De ce point de vue, le double sommet de cette semaine marque, au moins sur le papier, un progrès potentiel. Car les solutions proposées la recapitalisation des banques, la revalorisation du Fonds européen de stabilité financière, la restructuration de la dette grecque, les engagements des économies vulnérables,dont l’Italie redonnent quelque sens au compromis fondateur de l’union monétaire - un mélange de discipline et de solidarité. Ces décisions suffiront-elles à calmer les marchés ? Seulement en partie, et seulement pour un temps.

D’aucuns prétendent, au vu des hésitations allemandes des derniers mois, que l’Allemagne garde en réalité un plan B en réserve : en gros, la création d’un petit euro du Nord, épuré des dettes méditerranéennes. C’est une thèse répandue mais peu convaincante. Angela Merkel en est consciente. Son projet n’est pas de défaire l’Europe, mais de la refaire aux conditions allemandes. Ce qui veut dire, pour synthétiser à l’extrême : sans trop de charges pour ses contribuables et en imposant aux pays endettés des règles plus rigides, accompagnées de sanctions automatiques et de pouvoirs d’intervention nouveaux dans les affaires intérieures. L’érosion de la souveraineté nationale en matière de budget est en passe de devenir l’une des conséquences de la dette publique, comme l’Italie a pu le constater à Bruxelles : cela signifie que les réformes avortées ont dans l’Europe d’aujourd’hui un coût politique croissant, et plus seulement un coût économique.

Le plan A de l’Allemagne est d’ancrer cette Europe "à la manière allemande", sur une réforme ultérieure des traités. Mais, si le prix à payer pour la résorption de la dette implique une décennie d’austérité, il est peu probable que l’Europe allemande se révèle viable sur le long terme. Si elle survit à cette espèce de guerre moderne travestie en crise financière, l’Union européenne offrira un nouveau visage. En théorie, une Europe à plusieurs niveaux devrait voir le jour autour d’un noyau interne fondé sur l’euro et sur des institutions en partie séparées de celles de l’Europe dés Vingt-Sept.

Les pays membres du marché unique, mais pas de la monnaie unique, seront relégués dans un cercle externe. Pour les partisans du fédéralisme, un noyau dur de l’euro peut également représenter une opportunité. Dans une autre perspective, la création d’une union de ce genre - aussi compartimentée - risque de nuire au marché unique et de porter ainsi atteinte à l’un des points forts de l’économie européenne. C’est une discussion importante pour l’avenir du Vieux Continent : dommage que l’Italie, un des pays qui ont fondé l’Europe au siècle dernier, semble assister en spectateur à l’Europe qui est en train de se dessiner.

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