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Un roi énigmatique : Charles VII.

Quel triste destin que celui du « petit roi de Bourges ». Un père fou, une mère dressée contre lui, un fils qui le haïra. Et pourtant, un règne bénéfique.

Mercredi 29 août 2007, par Paul Vaurs // L’Histoire

A Paris qui a laissé la postérité un tableau certes partisan, mais saisissant de l’état dramatique d’un pays déchiré par les guerres étrangère, civile et privée. Textes officiels et chroniques se rejoignent pour donner une image négative mais exagérée, de la crise subie alors par la monarchie française. Une crise a l’issue d’autant plus incertaine que son Souverain, Charles VII, ne semble pas, à l’aube de son règne, capable d’être le pilote d’un vaisseau en perdition. « Languissant dans une inerte oisiveté », diront les uns, « indifférent aux souffrances de ses sujets », affirmeront les autres, le fils de Charles VI n’a été épargné ni par ses contemporains ni par la mémoire nationale, plus prompte à s’emparer de la figure tutélaire de Jeanne d’Arc. Et pourtant, loin de n’être que le spectateur mélancolique de son règne, écrasé par le fardeau d’une responsabilité démesurée, il incarne bien la survie d’une royauté qui sort finalement renforcée de la véritable ordalie imposée par l’épreuve des armes et de l’occupation étrangère.

Des sursauts d’énergie salutaires, l’ébauche d’une conscience nationale, un entourage compétent assureront la mutation du pathétique roi de Bourges en Charles « le Victorieux », ou encore « le Bien Servi »

Le comte de Ponthieu, né en 1403 Paris, n’était que le onzième enfant de Charles VI et d’Isabeau de Bavière et leur troisième fils. Il ne devait donc pas se voir exposé dès sa plus tendre enfance aux enjeux politiques qui entourent bien souvent l’héritier du royaume. C’était sans compter l’atmosphère délétère qui imprègne ses premières années. La folie de son père, l’infidélité notoire de sa mère, ses oncles se disputant la direction des affaires. Mais ce qui n’était encore que lutte d’influence et querelle de factions, dégénère en 1407 en guerre civile, lorsque le duc de Bourgogne, Jean sans Peur, fait assassiner le frère du roi son rival, le duc d’Orléans. Tandis que se constitue le parti armagnac, ouvertement dirigé contre les prétentions bourguignonnes, la famille royale tombe sous la tutelle de Jean, bien incapable de maîtriser les forces que ses projets réformateurs ont déchaînées. Le petit Charles, déjà très marqué par le milieu trouble duquel il est prisonnier, verra ainsi la capitale ensanglantée en 1413 par les émeutes cabochiennes. Mais il a bientôt la chance de quitter la scène du terrible conflit fratricide qui se joue dans la capitale en intégrant, de par ses fiançailles, un troisième parti. En effet, pour équilibrer la puissance bourguignonne, Isabeau le fiance à Marie d’Anjou. Il va ainsi parfaire son éducation auprès de sa promise et surtout de celle qui deviendra sa « bonne mère », sa belle-mère Yolande d’Aragon.

Sur les bords de la Loire, auxquels il restera toute sa vie, viscéralement attaché, il échappe un temps au fracas des armes et peut parfaire son éducation. Mais,comme un coup de tonnerre,en 1415, la défaite d’Azincourt rappelle que les Anglais et la dynastie usurpatrice des lancastre n’ont pas renoncé à leurs prétentions sur une france qui semble s’offrir à l’appétit de son redoutable voisin. Alors que le royaume vient de perdre le fleuron de son aristocratie dans la bataille, les deux fils aînés de Charles VI meurent prématurément, faisant de Charles, à 14 ans, l’héritier d’un royaume en pleine décomposition. Rentré à Paris désormais sous contrôle armagnac, il ne tarde pas à tomber dans les pièges de sa mère Isabeau, qui l’entraîne à Vincennes où elle mène une vie tapageuse. Dans un moment de lucidité, son père le fait ramener manu militari à Paris... bientôt violemment investie par les Bourguignons. Charles n’a que le temps de fuir une ville livrée au pillage, qu’il ne reverra que dix-huit ans plus tard. Alors que les Anglais conquièrent avec méthode la Normandie, il se réfugie à Bourges. « Combien qu’il fût jeune d’âge, toutefois il avait bien bon sens et entendement », et le jeune homme, si indécis d’habitude, décide avec le soutien de Yolande d’Aragon d’assumer la charge de régent du royaume.

 En dépit de l’opposition de son père, il constitue un contre gouvernement dans la capitale du Berry et un parlement à Poitiers. Il tente même un rapprochement avec Jean sans Peur, dont le dénouement tragique, la mort du duc dans une échauffourée sur le pont de Montereau, pousse les Bourguignons dans les bras des Anglais.

Publiquement condamné à travers tout le royaume, le dauphin est déshérité lors du « honteux traité de Troyes » Charles VI adopte le roi d’Angleterre Henri V et s’engage à lui transmettre la couronne, à lui et à ses descendants. Quant à sa mère, elle n’hésite pas à discréditer le « soi-disant dauphin », le disant bâtard, jetant le doute sur sa légitimité, sur laquelle lui-même ne cessera dès lors de s’interroger. Il obtient bien quelques succès sur les bords de Loire, notamment grâce à l’aide de contingents écossais. En 1421 ,à Baugé, le frère d’Henri V d’Angleterre est même tué dans une embuscade. Mais, trop conscient de ses faiblesses, Charles se réfugie dans l’attentisme, préférable au risque guerrier par trop aléatoire.

L’année 1422, qui voit pourtant disparaître successivement Henri V Lancastre et Charles VI, n’améliore pas la situation du dauphin. Charles, désormais septième du nom, a beau s’intituler roi de France par la grâce de Dieu, il est plus isolé que jamais. À Paris, le frère d’Henri V Bedford devient régent du Royaume au nom du petit Henri VI qui n’a que quelques mois. Le Nord et l’Est de la France refusent de reconnaître le Valois. Aucun sursaut ne vient marquer le ralliement à la dynastie capétienne de peuples par ailleurs plus préoccupés par leur simple survie. La dépopulation du pays est massive, la guerre est endémique et, lorsque les armes se taisent, les soldats démobilisés se transforment en Ecorcheurs dévastateurs. Les loups pénètrent dans les villes encore victimes des résurgences de la peste, tandis que, dans les campagnes, la forêt et la friche reprennent leurs droits.

Dans ce qu’on appelle désormais le royaume de Bourges, par opposition à la France bourguignonne et à la France anglaise, Charles bénéficie, grâce à Yolande d’Aragon, du soutien des Angevins qui constituent le socle et l’armature de son camp. Un véritable gouvernement est même créé, avec ses ressources financières, ses rouages judiciaires et administrative. La situation n’en est pas moins dramatique. Le roi se laisse mener par les parvenus et aventuriers de tout acabit qui investissent Sa cour en quête de prébendes. Alors que les Anglais s’apprêtent assiéger Orléans, on le voit s’allier â La Trémoille contre son propre connétable, Arthur de Richemont, qui s’est emparé de Bourges.

« Seuls Dieu et les saints », dans le contexte prophétique du moment, semblent désormais pouvoir venir en aide au royaume. C’est du moins ce que pensent ceux qui vont s’associer à l’entreprise épique de Jeanne d’Arc qui, forte du soutien de Yolande d’Aragon, s’est présentée au Roi, à Chinon, au mois de mars 1429. Charles semble avoir accueilli avec suspicion cette jeune femme dont les certitudes et l’assurance inébranlable ne pouvaient qu’inquiéter un homme rongé par le doute. Néanmoins, à la tête de l’armée royale, elle lui offre les deux choses qui lui faisaient le plus défaut ; les victoires militaires et la légitimité. Après l’exploit de la délivrance d’Orléans, la victoire de Patay achève de convaincre Charles qui se laisse conduire à Reims où il est sacré le 17 juillet 1429. Mais en dépit du ralliement de quelques villes, cette consécration ne bouleverse pas la situation en Sa faveur. En effet, l’alliance anglo bourguignonne reste solide, Paris est imprenable et bientôt Le roi se remet à contempler de façon désabusée la poussière des petits affrontements incohérents et dévastateurs qui succèdent à la dynamique de reconquête lancée par la Pucelle. Seule la paix avec Philippe le Bon permettrait de concentrer l’action contre l’ennemi séculaire. Aussi, quand Jeanne tombe aux mains des hommes du duc de Bourgogne, Charles et les siens ne font rien pour sauver la jeune femme, livrée aux Anglais, avant d’être, abandonnée au bûcher.

Il faut attendre 1435 pour que la paix tant attendue avec la Bourgogne soit signée à Arras . La réconciliation coûte fort cher à Charles VII, complice, il faut le rappeler, de l’assassinat du père de Philippe le Bon. Mais il est enfin reconnu roi par le premier pair du royaume. Bientôt, les Parisiens, que la persistance des difficultés pousse à accuser « ces hommes anglais dont on ne connaît pas la langue », se livrent au souverain. En Normandie, la révolte ne cesse de couver contre l’occupant et son entreprise de colonisation. Depuis quelques années déjà, un nouvel état d’esprit gagne l’ensemble de la population, avant même que Jeanne d’Arc Incarne la guerre juste, des hommes, comme Robert Blondel dans sa Complainte des Bons Français, ont affirmé ne pas devoir « craindre à mourir en bataillant pour son pays »...

Le sursaut royal est définitivement acquis dans les années 1440, qui commencent pourtant par une contestation nobiliaire, émanant d’une foule de mécontents se jugeant mal rétribués pour les services rendus. Charles VII parvient à museler cette « mini révolte », non sans avoir au passage compris que son fils, Louis (le futur Louis Xl), largement impliqué dans l’affaire, n’allait pas tarder à devenir l’un de ses plus redoutables ennemis.

Contre les Anglais, une série de victoires dégage enfin l’horizon militaire : Pontoise, Nevers, Tartas, la première reconquête de la Guyenne permettent un renversement du rapport -de forces tel que, lors des trêves de Tours, en 1444, c’est Charles VII qui dicte ses conditions de paix. Une paix qui, à défait d’être durable, va lui permettre de réorganiser le royaume et de mettre en œuvre les réformes qui rendront possible la reconquête, définitive cette fois. Le roi a changé, transfiguré par sa charge, il est aussi assurement transformé par la liaison qu’il entretient avec celle qui restera dans l’histoire comme la première maîtresse officielle d’un souverain, Agnès Sorel. Si la fameuse « Dame de Beauté » n’a pas eu le rôle politique qu’on lui a parfois attribué, elle a néanmoins contribué à l’éviction des mauvais conseillers, et participé à la promotion d’hommes comme Pierre de Brézé et Jacques Coeur. Avec l’aide de ces nouveaux talents, bien moins impliqués dans les querelles princières que leurs prédécesseurs, Charles s’attaque au problème de l’armée et aux insuffisances du système du ban, qu’il ne fera pas disparaître pour autant.

Les ordonnances de 1445-1448 dotent le royaume d’une armée permanente que l’impôt régulier doit désormais permettre de rétribuer, réglant ainsi le problème jusqu’alors insoluble des Ecorcheurs. Lorsque Fougères est attaquée par les Anglais, Charles n’hésite pas à profiter de l’occasion pour porter secours à son vassal le duc de Bretagne. En 1449-1450, la reconquête foudroyante de la Normandie, parachevée par la victoire de Formigny, permet de libérer le Nord de la France. Conscient de l’enjeu de ce retournement, le roi fait du 12août 1450, jour de la chute de cherbourg, la dernière place reprise aux Anglais. Une fête patriote et religieuse, première célébration d’une mémoire qui se veut désormais nationale et royale. En Guyenne, où l’ennemi a repris pied, les choses sont plus difficiles en raison des sentiments anglophiles dune bonne partie de la population. Mais la victoire de Castillon, en 1453, vient clore le long, et douloureux chapitre de la guerre de Cent Ans.

Charles peut désormais mesurer et consolider l’oeuvre d’un pouvoir que la réhabilitation de Jeanne d’Arc ne va pas tarder à auréoler d’un nouvel éclat. Les finances royales sont stables et lui assurent des revenus importants. L’efficacité de son administration est renforcée, une administration fort décentralisée, à rebours de la tradition capétienne, ce qui n’est pas étonnant venant d’un roi nomade qui ne se donnera jamais de véritable capitale. Mais lorsque meurt Charles VII, tous déjà se sont tournés vers son fils, l’indocile Louis XI, qui attend son heure, au point qu’il interdira à son entourage de porter le deuil du roi défunt. Celui-ci laisse pourtant à son successeur un royaume libéré, et autrement plus puissant qu’en 1422.

Une bien piètre reconnaissance, à l’image de la place ambiguë que Charles VII va occuper dans l’histoire nationale. Georges Minois le présente comme un roi shakespearien avant l’heure, incompris donc... Il fut surtout « un personnage terne dans un monde « flamboyant » écrasé en effet par une galerie de figures dont les excès laissent plus de place à l’imaginaire.

Charles Vl, Philippe le Bon et sa cour, Jeanne d’Arc, Agnès Sorel, Jacques Coeur, le Bon Roi René, ou encore les capitaines de guerre qu’étaient La Hire, Xaintrailles, Dunois ou Arthur de Richemont... Assurément, Charles VII a manqué de panache. L’extraordinaire n’est pas à chercher dans l’homme, mais dans ce qu’il a fini par incarner. « L’amour naturel de la Nation.

Sa Majesté Charles VII Roi de France

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