« Un pari de Pascal »...

Lundi 4 octobre 2010 // La France

Envers et contre tout !

N’était-ce pas ce pari, bien avant l’heure à Bouvines ?

Ne jamais désespérer. En toutes circonstances. Un pari qui, au cœur de la cité terrestre, conduit à faire du « Politique » la forme supérieure de la charité...

Et tout est vain sans l’espérance. Oui, c’est ce pari qui est au cœur du dernier livre de Paul Marie Coûteaux, qui est présent aussi dans le livre d’entretien de Jacques Julliard...

En tirer la substantifique moelle avec l’abbé de Tanoüarn...

Jacques

J’ai lu avec passion le petit brûlot que Paul Marie Coûteaux vient d’envoyer à son ami Régis Debray, coupable d’avoir rangé le Général au grenier des vieilles lunes. Cela s’intitule : « De Gaulle, espérer contre tout » (éd. Xénia) et c’est un hymne à la France et à l’espérance politique lorsqu’elle s’agrippe à ces réalités profondes de notre chrétienté occidentale que Jean Paul II appelait « les grandes institutrices des peuples ». Je veux parler des nations. Il y a dans le petit livre de Paul-Marie comme un « pari de Pascal » en faveur de la nation France. Il cite une belle phrase de De Gaulle après l’échec du referendum de 1969 : « Quels que soient les dangers, les crises, les drames que nous avons à traverser, par dessus tout et toujours nous savons où nous allons. Nous allons, même quand nous mourons, vers la Vie ».

Ce qui vaut pour la nation France, qui pour De Gaulle fut certainement un amour, une personne aimée (qu’il confondait du reste avec la sienne propre, tellement cet amour était viscéral) vaut pour chacune de nos vie. Cet élan, envers et contre tout, c’est sans doute ce que la France a apporté au christianisme et que l’on connaît dans le langage courant comme étant le pari de Pascal.

C’est un autre pascalien qui vient de m’émouvoir, Jacques Julliard, qui dans un livre d’entretien avec Benoît Chantre naguère ne cacha pas qu’il avait fait « le choix de Pascal ». Il vient de republier ses très intelligentes « 20 thèses pour le renouveau de la gauche », parues dans Libé du 18 janvier dernier et aujourd’hui coéditées par Libé et Flammarion, et lui aussi se place sous le signe de l’espérance : « Telle est la fonction poétique et même politique de l’histoire. La principale catégorie historique dit Hegel n’est pas le souvenir. C’est l’espoir, l’attente, la promesse ». Ce langage ressemble à celui des utopistes socialistes du XIXème siècle français, mais il signifie tout le contraire. Il ne s’agit pas de rêver encore et toujours à un nouveau phalanstère, à je ne sais quel retour du paradis sur la terre, quand on en aura extirpé la vermine capitaliste (souvent juive, notait Marx lui-même dans ses fameuses Réflexions). Non ! La politique du Bouc émissaire, c’est fini. L’espoir politique n’a rien à voir avec l’utopie et le goût de l’utopie mis à la mode par Jean-Jacques Rousseau. Il est raisonnable, parce qu’il est nécessaire.

Et en effet (il me semble d’ailleurs que c’est un des sujets récurrent de la Lettre de Paul-Marie Coûteaux), qui dira l’importance, l’impact des vertus chrétiennes de foi, d’espérance et de charité sur la vie humaine, sur la politique humaine, sur la pensée humaine ? Est-elle morale la vie sans - au minimum - une forme naturelle de foi en l’avenir que l’on peut appeler espérance et une manière élémentaire de respect de soi et de respect de l’autre qui sera la charité ?

Différence entre Paul-Marie Coûteaux et Jacques Julliard, tous deux pascaliens en politique, antiutopistes, personnalistes et chrétiens : Julliard croit dans les évolutions sociétales dont la "2ème gauche" s’est fait la championne au temps de la décolonisation et des luttes pour le droit des femmes. Il imagine que la solution viendra d’intellectuels, réfléchissant à la chose politique à travers ce que peut évoquer dans l’instant présent le destin changeant des personnes et des communautés. Bref, c’est un disciple d’Emmanuel Mounier. Il pense, de manière assez chevaleresque qu’un numéro spécial de la revue Esprit, regroupant dans son sommaire les meilleurs esprits du moment, peut changer la donne politique. Au fond, il refait le scénario rocardien et il imagine l’OPA d’un nouveau PSU à fonder sur une gauche en déshérence.

Paul-Marie Coûteaux, lui, il croit en la politique. Il pense que la rencontre de la France avec un homme peut changer sa vie de femme légère et la reconduire à elle-même. La constitution de la Vème République n’a-t-elle pas été pensée pour que cette idylle puisse avoir lieu ? Seulement voilà, il y a des désamours qui sont dévastateurs... Jusque là, de droite ou de gauche, à l’exception peut-être de Giscard, trop snob pour avoir compris ce jeu d’incarnation et d’identification qu’est la politique en France depuis les 40 rois qui en dix siècles l’édifièrent, on peut dire que le premier Français avait toujours cherché à honorer son rendez-vous avec la France. C’est par exemple ce que signifie la réélection de Mitterrand en 1988. Comme celle, un peu étonnante quand même, de Chirac en 2002, sans compter l’actuelle popularité insolente du grand Jacques, que rien ne semble pouvoir ternir.

Il me semble que le Politique d’abord de Coûteaux vaut mieux que le Mental d’abord de Julliard (je fais observer au passage que les deux formules sont de Maurras, la première célèbre, la seconde dans « Au signe de Flore »). Si le Politique d’abord de Coûteaux est une question de rendez-vous honoré ou manqué, cela semble tout de même plus facile à réaliser que le saint-simonisme intellectuel de Julliard, avec son interminable analyse. Je n’ai jamais pu croire dans les intellectuels.

Mais au Royaume des idées, disons le quand même, que Julliard est brillant. Il faut le lire, il faut accepter de « repartir avec lui du pied gauche » l’espace d’un instant. Surtout quand il déclare tout de go : « J’ai acquis le droit de demander au parti socialiste un autodafé des oripeaux idéologiques de chacun : ou, en termes plus orthodoxes, une autocritique véritable à la lumière de 22 ans d’échec ».

Julliard veut redonner une âme à la gauche, il a raison. Coûteaux veut-il autre chose à droite ? Ce qu’il cherche d’ailleurs, c’est encore plus profond, plus central (je n’ai pas dit centriste) c’est l’âme de la France : « Ce n’est pas De Gaulle que nous cherchons, mais nous-mêmes. - je veux dire une âme française, chose discrète, que voient seulement ceux qui voient dans l’invisible ».

L’âme française ? Je crois que Julliard ne me contredirait pas si je dis qu’il faut la chercher du côté de Pascal et de son pari. « Nous sommes tous embarqués », mais il faut faire des choix et s’y tenir. Ne pas choisir ? C’est mourir.

Voilà la poésie de l’âme française, selon moi : Descartes piquant des deux et sortant de la forêt parce qu’il galope toujours dans la même direction. Péguy chantant l’espérance quelques jours avant de mourir. D’une balle allemande. http://ab2t.blogspot.com/2010/09/jacques-julliard-paul-marie-couteaux-et.html?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+blogspot%2FIfvW+%28MetaBlog%29

Lire ou relire : Vingt thèses pour repartir du pied gauche - http://www.liberation.fr/politiques/0101614214-vingt-theses-pour-repartir-du-pied-gauche

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