Un paquet de valeurs et non de mesures.

Sarkozy face au « politiquement correct », des voies détournées pour arriver à ses fins.

Mercredi 26 septembre 2007, par Yves Boscal // La France

La borne des cent jours du gouvernement de Nicolas Sarkozy étant franchie, la plupart des commentateurs et des chroniqueurs de tout poil articulent leurs premiers bilans autour du fameux paquet fiscal adopté cet été, en pleine session extraordinaire, par le Parlement. Ce paquet, rappelons-le comprenait un certain nombre de mesures, exonérant quelques successions d’impôt, diminuant très légèrement le poids de l’ISF, accordant des crédits d’impôts aux accédants à la propriété, et surtout Exonérant d’impôt sur le revenu et de charges les heures supplémentaires.

Depuis ce vote, le conseil constitutionnel a obligé le gouvernement à réécrire les modalités de l’avantage fiscal accordé aux emprunteurs immobiliers. Il n’en reste pas moins que le coût de cette mesure va porter sur plus d’une dizaine de milliards d’euros en année pleine. Tout dépend du reformatage de la mesure immobilière. Et l’on peut se demander si commencer à distribuer un tiers à un quart du déficit budgétaire, avant même que la croissance économique ait permis de dégager des marges de manoeuvres supplémentaires, correspondait bien au credo pseudo-libéral asséné par Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale. Lui répond : primo, je ne suis pas un libéral dogmatique. On s’en était aperçu. Secundo, j’ai fait des promesses ; je veux les tenir, sinon je ne serais plus crédible pour la suite. Soit. Il n’empêche que comme tous les gouvernements le font depuis un quart de siècle, celui-ci n’a même pas pris le soin de regarder la profondeur du déficit budgétaire et l’épaisseur de la dette publique avant de faire voter par une majorité peu regardante ces cadeaux fiscaux.

Les valeurs familiales.

On peut toujours espérer, et l’auteur de ces lignes ne manque pas d’espoir, que le gouvernement va maintenant avoir à coeur de tenir aussi ses promesses en matière de retour à une certaine orthodoxie budgétaire, en matière de normalisation de la gestion publique, de réforme de l’état, d’allègement du nombre de fonctionnaires et de toute cette dépense publique qui représente désormais plus de la moitié de la richesse créée par les Français.

Valoriser le travail.

Il reste que l’on ne peut pas regarder le fameux « paquet fiscal » par le seul petit bout de la lorgnette budgétaire. Si l’on reprend chaque mesure, on y retrouve par derrière des valeurs qui se trouvent remises à l’honneur de manière subliminale. Si Nicolas Sarkozy a voulu supprimer par exemple cet impôt de succession, le plus inepte qui soit, et qui taxe l’épouse d’une personne décédée qui reçoit les biens de celui avec lequel elle a fondé un foyer, ce n’était pas pour le plaisir de torturer les fonctionnaires du Trésor. Il s’agissait clairement de remettre à l’honneur les valeurs familiales. Et quand le président de la République a battu la campagne pour expliquer sa détermination à exonérer l’ensemble des successions inférieures à 150 000 euros, c’est parce qu’il considérait à juste titre que le patrimoine constitué pendant toute une vie en dépit de l’impôt sur le revenu, en dépit des impôts fonciers, en dépit des prélèvements sociaux, devait être transmis à sa femme ou à ses enfants sans que l’étatne se serve une nouvelle fois au passage. Il ne faut pas croire que pour mieux faire passer la pilule budgétaire de cette mesure on lui donne a posteriori les parures de la valeur « famille ». Non c’est exactement l’inverse qui s’est passé. Et il suffit de reprendre les écrits de Nicolas Sarkozy, y compris son livre Libre, écrit il y a dix ans pour mesurer son attachement aux valeurs familiales.

Il en est exactement de même avec la valeur « travail ». Tout le monde a parlé durant la campagne électorale du besoin de valoriser le travail. Mais personne n’a dit comment le faire. Ségolène Royal a même réussi à la fois à mettre en avant la valeur « travail » et à vouloir étendre les 35 heures. C’est vrai qu’elle n’était pas à une contradiction près. Qu’on le veuille ou non, il faut reconnaître au président de la République le mérite d’avoir mis ses actes en adéquation avec ses convictions. Personne n’avait jusqu’ici trouvé le moyen de « revaloriser » le travail au sens propre et au sens figuré. Notamment Jean-Pierre Raffarin et François Fillon lorsqu’ils se sont attaqués à la réforme des 35 heures. En mettant à la charge de l’État le coût fiscal et social des heures supplémentaires, Nicolas Sarkozy a réussi à abaisser le coût marginal du travail pour les entreprises — ce qui aura des effets en termes de compétitivité tout en permettant à ceux qui profiteront de cette mesure d’enregistrer des gains de pouvoir d’achat de près de 20 % dans certains cas.

Si l’on rajoute à cela les nouvelles démonstrations faites en faveur du patriotisme économique, on aura pas de mal à retrouver derrière les premières mesures de Nicolas Sarkozy un trio de valeurs qui s’appellent Travail, Famille et Patrie. Dans un pays qui se complaît dans le politiquement correct, on comprend qu’il ait pris des voies détournées pour arriver à ses fins. Maintenant, il reste à en assumer le coût. Et pour cela tout faire pour que la croissance du jour finance les promesses de l’aube.

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