Un naufrage en question.

Jeudi 9 février 2012 // L’Europe

La liste des victimes du Costa Concordia ne cesse de s’allonger, tandis que s’accumulent les découvertes macabres. Après un siècle de distance, ce n’est pas vraiment le désastre du Titanic, mais le scénario des deux naufrages n’est pas si éloigné : un obstacle imprévu rencontré de nuit, la coque déchirée et, pour finir, une évacuation chaotique des passagers.

Un point capital, outre le nombre sans commune mesure des victimes, sépare cependant les deux événements : l’attitude, réelle ou supposée du capitaine. Edward Smith est resté jusqu’à la fin à bord du. Titanic, tandis que Francesco Schettino a fui son navire en perdition, au mépris de toute la tradition maritime.

Une enquête est en cours pour déterminer le rôle exact de ce capitaine au comportement si peu glorieux. On peut cependant s’étonner d’une telle légèreté de la part d’un officier pourtant reconnu pour sa compétence, y compris par la compagnie qui l’accable aujourd’hui. Rappelons tout de même que le commandement d’un bateau ne s’improvise pas. Pour arriver à son grade, le capitaine Schettino a dû suivre une formation de très haut niveau complétée par de régulières mises à niveau. Cette formation est en outre réglée par des normes internationales, établies par la Convention STCW (Standards of Training, Certification and Watchkee- ping for Seafarers) qui encadre strictement les différents niveaux de connaissances requis en matière de navigation. Comment un marin compétent a-t-il pu se laisser aller à un tel comportement ?

Là est sans doute la principale question posée par le naufrage du Concordia. Si l’on en croit la justice italienne, l’accident a eu lieu à la suite d’une manoeuvre dite « inchino », c’est-à-dire une sorte de salut du navire aux habitants de l’île du Giglio. En somme, cette manoeuvre qui rapprochait dangereusement le Concordia de la côte n’avait qu’un but strictement publicitaire.

Là est peut-être la raison profonde du drame. La logique et les exigences de la navigation ont cédé à des considérations de pure rentabilité financière. Qu’importe d’ailleurs que la décision soit venue du capitaine Schettino ou de la compagnie Costa Croisière.

Le naufrage du Concordia pourrait être une cruelle parabole pour notre société.

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