Afrique

Un gouvernement de large rassemblement en vue…

Vendredi 28 octobre 2011, par Paul Tedga. // L’Afrique

Ce sont finalement 23 candidats sur les 52 au départ, qui ont été admis, respectivement par Elections Cameroun (Elecam) et la Cour suprême, à se présenter à l’élection présidentielle du 9 octobre 2011. Une présidentielle qui se fera à un seul et unique tour. Compte tenu de l’émiettement prévisible des voix au regard du grand nombre de candidats, il n’est pas exclu que le vainqueur gagne avec 20 ou 25% voire un peu plus de voix, ce qui donnerait des arguments supplémentaires aux partisans d’une élection à deux tours. Certes, les grosses dépenses qu’entraîne l’organisation d’un deuxième tour, explique le choix du gouvernement. Mais, même si les bailleurs des fonds peuvent applaudir des deux mains cette stratégie qui permet au trésor public de réaliser des économies, la démocratie s’en trouve quelque peu malmenée.

Cela dit, ne nous voilons pas les yeux. La réalité est connue de tous. Dans cette élection présidentielle du 9 octobre, il y aura un candidat largement favori et les autres. Comme diraient les supporters des Lions indomptables, il n’y aura pas match. Autrement dit, même si la loi électorale avait prévu un deuxième tour de scrutin, on ne voit pas très bien qui des 22 adversaires de Paul Biya pourrait logiquement le battre ?

L’enjeu de cette élection n’est pas le scrutin en lui-même car Paul Biya devrai être réélu à la régulière, l’opposition n’ayant pas eu la sagesse de se mettre d’accord pour désigner un seul et unique candidat pour la représenter. Dans cette galaxie, chacun si croit meilleur. Chacun est pape dans son parti. Personne ne veut être le second de l’autre. Des egos surdimensionnés ont rendu vain tout espoir véritable d’une alternance par les urnes.

Qui plus est, chef d’Etat sortant et candidat à sa propre succession Paul Biya est le seul candidat à disposer des moyens nécessaires pour battre campagne. Plus important, il réussi à faire de son parti, le RDP( (Rassemblement démocratique du peuple camerounais), un parti véritablement hégémonique, qui ne lésine pas sur les moyens (y compris ceux de l’Etat) pour recruter les militant, jusque dans le fin fond des village reculés du pays. Résultat, le RDP( est le seul parti qui soit implanté sur toute l’étendue du territoire camerounais et qui dispose des représentations dans tous les pays où on compte une diaspora digne de ce nom avec un tel déploiement, comment venir au lendemain du 9 octobre contester la victoire de son candidat ? Sauf à être inélégant vis-à-vis du peuple souverain.

Qu’en est-il du bilan du chef d’État candidat à sa propre succession Chaque Camerounais a sa propre idée sur les 29 années de Paul Biya à la tête du Cameroun. Une bouteille à moitié vide et à moitié pleine ?

Il faut donner à César ce qui lui revient, en n’ayant pas honte de lui reconnaître certains mérites. Certes, il pouvait mieux faire. Et les Camerounais, sans doute, auraient souhaité avoir un candidat du RDPC qui demande un nouveau suffrage à ses compatriotes avec un bien meilleur bilan. Le Cameroun en est largement capable. Mais même s’il y a beaucoup de choses à parfaire (pour atteindre l’émergence qu’on annonce en 2035), les partisans du « candidat naturel » du RDPC n’ont pas à rougir. Grâce à leur « champion », le Cameroun est un pays où règne la paix, cette denrée difficilement appréciable dont on ne connaît l’importance que lorsqu’on a glissé dans une situation de conflit ou de guerre. Les Ivoiriens savent aujourd’hui le prix de la paix. Les ressortissants des deux Congo aussi, tout comme les Tchadiens, les Centrafricains, les Burundais, les Rwandais, et j’en passe. Que les Camerounais commencent par remercier le président sortant de leur avoir évité les affres de l’exil à cause d’une guerre qu’il a su éviter avec le voisin nigérian.

Paul Biya a aussi réussi à préserver un peuple soudé. Mais je m’empresse d’ajouter que son action à la tête de l’Etat ne s’appréciera (véritablement) que lorsqu’il ne sera plus au pouvoir, et qu’on se sera rendu compte qu’il avait œuvré pour que le Cameroun reste en paix comme il l’est aujourd’hui.

Paul Biya est boudé par certaines capitales occidentales qui le presseraient discrètement à prendre sa retraite. On serait tenté de demander : de quoi se mêlent-elles ? Et pour l’intérêt de qui ? Pour ces dernières, se présenter en 2011, est un mandat de trop qui n’apportera pas grand-chose au Cameroun. Cette raison, parmi quelques autres, aurait beaucoup fait traîner la tenue du congrès ordinaire du RDPC. Annoncé en juillet, puis en août, il n’a pu se tenir que les 15 et 16 septembre 2011. Considéré comme un congrès de tous les dangers, il n’a finalement connu aucune surprise et tout s’est passé comme prévu. Candidat à sa propre succession à la présidence du RDPC, il a été élu par l’ensemble des votants moins une voix, celle de l’ancien ministre René Zé Nguélé, qui l’a défié en osant se présenter contre lui. Cette élection fut la seule surprise du congrès et nul`ne connaît le sort qui aurait pu être réservé au chef de l’Etat si le maître des cérémonies, l’actuel président de l’Assemblée nationale, Cavayé Djibril, n’avait pas imposé un vote à mains levées. Comme à l’époque du parti communiste de l’Union soviétique.

Par la suite, les Etats-Unis et la France, ont félicité le président du RDPC réélu à son poste, alors que quelques semaines, auparavant, ils œuvraient pour qu’il abandonne d’une manière ou d’une autre le pouvoir. Comprendra qui pourra. Dans son discours d’ouverture, Paul Biya a condamné toutes les formes d’ingérence qui s’exercent actuellement en Afrique, et averti que les Camerounais n’entendaient pas se faire déposséder de leur souveraineté. Tout le monde avait alors en mémoire le sort que les pays de l’OTAN ont réservé à l’ancien dirigeant libyen, Mu’ammar al Kadhafi, chassé de son pouvoir comme un malpropre alors qu’il n’avait des comptes à rendre qu’aux Libyens. Les choses se sont passées comme si la crise financière que traversent les pays occidentaux, trouverait quelques solutions avec l’éviction de Kadhafi du pouvoir, laissant la mainmise sur les richesses de ce pays aux va-t-en guerre de l’OTAN. Si une telle malédiction a pu s’abattre sur Kadhafi, le Cameroun serait-il hors d’atteinte ? Que non ! Il faut donc cultiver la vigilance et prêcher plus que par le passé, l’intérêt de tous les Camerounais à soutenir leurs institutions et ceux qui les incarnent même s’ils n’adhèrent pas forcément à la même vision politique. L’heure est à la défense de la souveraineté du Cameroun et non à celle des intérêts d’une personne. Il ne faut pas confondre la nature du combat qui se mène actuellement en Afrique, où les pays frisent une recolonisation qui ne dit pas son nom.

L’Américain Barack Obama, le Français Nicolas Sarkozy et le Britannique David Cameron, pour ne citer que ce trio dit infernal, souhaiteraient désormais entretenir des bonnes relations uniquement avec les chefs d’Etat africains dits fréquentables selon leurs propres critères, et qui n’ont pas mis plus de 10 ans au pouvoir. Quand un dirigeant africain sort de ce schéma, il y a de fortes chances qu’il aille au devant des difficultés. C’est ainsi qu’une petite manifestation de rien du tout organisée par quelques va nu-pied peut dégénérer en de graves troubles susceptibles d’emporter un régime politique. Aucun chef d’État africain ne prend plus à la légère ce nouveau diktat des trois capitales sœurs Washington-Paris-Londres.

On a tendance plutôt à faire des prières pour que Barack Obama et Nicolas Sarkozy qui doivent affronter de périlleuses élections présidentielles en 2012, soient tout simplement recalés, sans aucune autre forme de procès. Et ce parce qu’aux Etats-Unis, les Républicains, trationnellement, s’accommodent bien des régimes plus ou moins autocratiques tandis qu’en France, l’arrive de la gauche, ne serait pas synonyme d’un tremblement de terre dans la relation franco-africaine. Alors qu’il était supposé être l’héritier du très conservateur Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy passe, aujourd’hui, en Afrique pour une véritable terreur à cause de ses incessantes volte-face Garga Hauran Adji, et son tempérament d’homme difficilement saisissable. Avec lui, on ne sait jamais sur quel pied danser. On ne peut pas prévoir exactement ce qu’il va faire. Une telle inconstance fait perdre le sommeil à plus d’un dirigeant africain.

Paul Biya a (momentanément) réussi à calmer les injonctions de ces capitales qui aiment s’occuper de ce qui ne les regarde pas directement. Il a pu résister aux pressions du « trio infernal ». On espère pour longtemps. Si au congrès du RDPC, certains hiérarques invitaient les Camerounais à la vigilance de tous les instants, le pays va devoir vivre sous surveillance.

Le président nouvellement réélu à l’issue du scrutin du 9 octobre, devrait opter pour la constitution d’un gouvernement de large rassemblement pour faire siéger des candidats à la présidentielle disposant d’une certaine envergure. Il y en a quelques-uns.

Objectif : crédibiliser encore plus l’action politique, dynamiser les réformes en cours et à venir, et donner un avertissement aux caciques du RDPC, partisans de l’immobilisme et experts dans le contournement des instructions de leur président.

Les électeurs du SDF devraient se mettre à rêver de voir leur leader John Fru Ndi nommé à un poste réellement important (vice-président de la République après une modification de la constitution ?) afin qu’il ait l’occasion après un quart de siècle de combat politique acharné, de donner au pays, la mesure de ses réelles capacités, ce d’autant qu’il a annoncé cette élection comme la dernière à laquelle il participera. Il en est de même d’un Jean Jacques Ekindi qui n’arrête pas de se chercher depuis qu’il a eu (disons le franchement) la mauvaise idée de claquer la porte du RDPC : la contestation au sein de cette grande famille lui allait à merveille et il aurait rendu, certes dans la difficulté, beaucoup de services au Cameroun en souffrant le martyr au sein du RDPC qu’en dehors. Son entrée au gouvernement donnerait du souffle car il est une sorte de boîte à idées. Tout comme Adamou Ndam Njoya qui appliqua la rigueur et la moralisation avant l’heure. Au temps d’Ahmadou Ahidjo, au ministère de l’Education où il imposa la « nouvelle éthique ». Ndam Njoya a pris de l’âge mais son passage dans l’opposition l’a rendu mûr et expérimenté. te Cameroun en aurait besoin.

Le pays a aussi besoin de la fougue d’Anicet Ekane. Très à gauche, il est un empêcheur de tourner en rond, un ennemi de l’immobilisme. Il en faut dans le gouvernement si le Cameroun veut tenir le cap de l’émergence en 2035. Il y en a d’autres comme Garga Hauran Adji, qui ont déjà acquis une expérience gouvernementale et qui peuvent rendre des services au pays, dans le cadre d’un gouvernement de rassemblement. Je termine avec Kah Walla dont on dit beaucoup du bien et qui fait parler d’elle dans la presse locale.

Le Cameroun a beaucoup d’atouts. Paul Biya a réussi à préserver la paix et l’unité nationale. On doit lui dire bravo pour cela, et l’aider maintenant à parfaire son travail de moralisation et d’éradication de la corruption à tous les échelons de la société, afin qu’on se souvienne de lui comme d’un chef d’État qui aura non seulement réinstauré la démocratie au Cameroun (comme il le revendique fièrement), mais qui aura aussi et surtout, apporté le bien-être et une joie de vivre qui feraient à nouveau du Cameroun un pays complètement à part en Afrique.

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