Un forum de l’ibération intellectuellement remuant.

Jeudi 15 décembre 2011 // La France

Comme dans d’autres cités en début d’année à Rennes, Libération a organisé les 25, 26 et 27 novembre un forum à Lyon, avec environ 20.000 personnes, auxquelles s’en sont ajouté 30.000 sur Internet. Bien que les réservations aient été arrêtées « trois jours avant » avec juste « quelques places pour les débats de dimanche matin », on a noté un essoufflement à la dernière journée. Mais cela n’enlève rien à l’intérêt d’une manifestation pour laquelle la ville de Lyon s’est dépensée sans compter dans tous les sens du terme. Son maire, Gérard Collomb, a pu justement se dire « heureux que nos concitoyens, souvent désenchantés du débat politicien, répondent présent quand il y a un vrai débat ». Cela ne l’a pas empêché de participer au jeu habituel en médiatisant sa rencontre avec François Hollande, lequel a ostensiblement conversé avec le vice-président du parti radical de gauche Thierry Braillard dont il a pourtant contrecarré les ambitions électorales en attribuant sa circonscription à un écologiste type « Khmer vert », le pédagogue Philippe Meirieu...

Avec surtout des discussions sur la société, voire sur le sens de la vie, la politique n’a donc pas été absente. Vincent Carry, fondateur des Nuits sonores à Lyon et conseiller artistique à la Gaîté lyrique à Paris, a choqué : « Cela n’a aucun sens d’augmenter le budget de la Culture. Nous avons des moyens exceptionnels. Il faut révolutionner la manière de les utiliser ». De leur côté, le maire de Lyon et le président de la région Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne, ont l’un et l’autre insisté sur le caractère obsolète du « modèle jacobin français », soutenus par les expériences présentées par des personnalités européennes tel l’ancien ministre britannique Denis Mac Shane.

D’autres se sont montrés plus incisifs : l’Italien Paolo Flores d’Arcais a cru pouvoir constater que, avec le passage de Silvio Berlusconi à Mario Monti, « nous sommes passés d’une droite criminelle à une droite civilisée ». En revanche, l’absence prévisible du fait de la situation en Egypte d’Amr Moussa, ancien secrétaire général de la Ligue Arabe, prévu pour un débat avec Dominique de Villepin, a engendré des déçus. Cela a laissé tout loisir à l’ancien Premier ministre de développer des analyses assez pertinentes, même s’il a rangé la Turquie parmi les puissances arabes... Ce faisant, il s’est comporté comme la plupart des intervenants, peu au fait des questions religieuses et, en l’occurrence, de la place de l’islam dans un grand nombre de sociétés.

Les débats, il est vrai, étaient censés porter sur les nouvelles frontières. On en a ainsi abordé une de manière imprévue, lorsque Alain Finkielkraut, après avoir noté que Dominique Strauss-Kahn « aime les parties fines, la débauche », a rappelé avec Montesquieu que, dans cette dernière, « l’âme, séparée du corps se dégoûte d’elle-même » ; et Pascal Bruckner d’affirmer que l’amour sans loi « n’est plus contrôlable » et qu’il s’agit donc là d’« une désacralisation absolue ».

Répondre à cet article