Un discours de guerre.

Lundi 2 janvier 2012 // Le Monde

C’est l’évidence ! Nicolas Sarkozy est un candidat en campagne qui a le pouvoir exorbitant de mobiliser les services de l’État pour ses déplacements et réunions. Mais à Toulon, devant ses militants, le discours du président de l’UMP n’était pas seulement un discours de candidat. C’était un discours de guerre. Le président des riches mène sa guerre de classe pour lui et les siens banquiers, exilés fiscaux, associés et débiteurs de trafiquants de haut vol.

Si Nicolas Sarkozy était un président tout entier absorbé par sa tâche, il n’attaquerait pas les socialistes dans un discours officiel mais se montrerait soucieux de rassembler les Français par delà les polémiques partisanes. Si Nicolas Sarkozy était un homme en relation avec le peuple français, il s’adresserait à nous sur les places publiques comme naguère le général de Gaulle au lieu de se déplacer comme un despote oriental. Ce serait risible, si l’homme ne concevait pas son action comme une série d’actes guerriers où la ruse a sa part.

Tromper l’ennemi est la marque des bons généraux. Nous n’avons affaire qu’à des spadassins qui dévoilent leurs manoeuvres pour se donner de l’importance. Bien avant le discours de Toulon, nous avons su par la presse que le texte serait écrit par le souverainiste Henri Guaino pour la forme et par l’européiste Xavier Musca pour le fond avec une intention très claire : « L’idée est de faire accepter des abandons de souveraineté au profit de l ’Europe, en mettant un peu de talc national »expliquait au Monde un proche du président.

Ce « tale national » n’était pas destiné à Marine Le Pen, contrairement à ce qu’elle a déclaré. La cible lepéniste est traitée par Claude Guéant, qui multiplie les annonces xénophobes en supposant que les électeurs du Front national sont racistes selon le préjugé méprisant de la droite (1). A Toulon, l’opération d’enfumage et de neutralisation visait le vaste parti patriote qui adhère aux thèses de Jacques Sapir et d’Emmanuel Todd, qui milite pour Nicolas Dupont-Aignan ou Arnaud Montebourg, ou qui cherche encore celui qui incarnera le salut public. A cet électorat dispersé mais cohérent dans ses refus et ses projets, Nicolas Sarkozy a tenu des propos directement recopiés chez les économistes hétérodoxes : dénonciation de « l ’idéologie du laisser-faire », de la « globalisation financière », de la « machine à fabriquer de la dette », des « ravages de la mondialisation sans règles », de la déflation, de « l ’Europe ouverte à tous les vents ».

Vieux militants du parti patriote, nous tenons à dire à Henri Guaino que son nuage de talc n’a pas eu d’effets apaisants. Au contraire. Nous avons la conviction que nous avons été, une fois de plus, pris pour des imbéciles. Comme tous les communicants, ceux de l’Élysée croient que le consommateur ciblé achète les mots et images qui lui font plaisir puis absorbe sans plus réfléchir la marchandise frelatée. Erreur ! Nous avons lu toute la notice et constaté que les prescriptions étaient en totale contradiction avec l’analyse. Défense de la réforme des retraites, conçue pour impressionner les agences de notation. Annonce de la TVA sociale demandée par le patronat. Reprise des idioties ultra-libérales sur le déficit budgétaire et l’endettement. Condamnation du protectionnisme abusivement présenté comme un isolement.

Puis cette misérable entour-loupe verbale : « L’Europe, ce n’est pas moins de souveraineté, mais davantage de souveraineté parce que c’est davantage de capacité d’agir ». Autrement dit, on aliène sa liberté pour retrouver la liberté, à la manière dont les pays communistes soumis à Moscou bénéficiaient de la puissance soviétique... En Europe de l’Ouest, nous ne vivrons pas sous la menace des chars mais selon la logique de la zone euro, génératrice de délocalisations, de bas salaires, de récession et de chômage - puisque Nicolas Sarkozy veut à tout prix défendre la prétendue monnaie unique. Et nous vivrons sous l’imbécile « règle d’or » que la chancelière nous commande d’adopter et selon la discipline allemande qui doit être gravée dans le marbre d’un traité.

Que le parti patriote, toutes tendances confondues, exige l’organisation d’un référendum !

(1) « Les Français ne sont pas racistes, ils sont malheureux » (Emmanuel Todd).

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