Un décollage chaotique.

Dimanche 10 juillet 2011 // L’Afrique

Depuis fin mars 2011, le Cameroun a de nouveau une compagnie aérienne : Camair Co (Cameroon Airlines ; Corporation) compte, pour l’heure, un Boeing 767-300 qui, cinq fois par semaine, fait Yaoundé ou Douala-Paris, et deux Boeing 737-700 qui desservent huit destinations interafricaines. La gestion n’étant pas le point fort des dirigeants camerounais (deux anciens directeurs généraux de la défunte Cameroon Airlines croupissent actuellement en prison pour détournements de fonds), le gouvernement a dû faire appel à une direction totalement expatriée : le directeur général Alex Van Elk de nationalité néerlandaise est secondé par cinq directeurs dont quatre Européens : Matthijs Boertien aux Opérations, Ray Harrypersad aux Finances, Torben Joergensen à la Qualité et à la Sécurité, Christian Perchat à la Vente. La seule Africaine, Stella Kiwanuka, de nationalité ougandaise, officie comme directrice des Ressources humaines. Le directeur général-adjoint, Emmanuel Mbozo’o, de nationalité camerounaise, est l’oeil du gouvernement dans cette équipe qui se veut compétitive.

Après un tel investissement, on aurait pu s’attendre à un meilleur décollage, le directeur général s’étant même donné une année entière, après sa nomination, pour lancer une compagnie professionnelle et compétitive. Ce n’est malheureusement pas le cas. Même les amateurs n’auraient pas fait pire au point qu’on se demande (réellement) ce qui se passe.

Alors que Camair Co est la compagnie nationale, elle ne dispose de salon ni à Yaoundé-Nsimalen, ni à Douala. Si à Yaoundé, ADC (Aéroports du Cameroun) met de temps en temps son salon à sa disposition, à l’aéroport de Douala, par contre, ses passagers de la classe Business, se retrouvent parfois mêlés avec ceux de la classe éco alors que dans le même aéroport, tous les concurrents de Camair Co disposent d’un salon. Qu’a-t-on fait des salons de la défunte Cameroon Airlines ? On croyait que la direction générale avait pris douze mois pour lancer une compagnie professionnelle. Sans salon ? A force de balader ses passagers Business d’un salon à un autre, certains finissent parfois par rater l’avion, abandonnés à eux-mêmes par des hôtesses qui demandent encore à être (sérieusement) formatée&. En mai, soit deux mois après le lancement de la compagnie, les passagers de la classe Business n’avaient toujours pas, au départ de Yaoundé, un comptoir d’enregistrement spécialement dédié : aucune distinction entre eux et les passagers éco.

Jusqu’à aujourd’hui, Camair Co ne dispose pas d’étiquettes bagages « Business Affaires » ou « Prioritaire ». Conséquence : les bagages des passagers Business et ceux de la classe éco, sont livrés au même moment. Plus grave, avec un billet Camair Co, on ne peut pas voyager sur une autre compagnie, Camair Co n’étant pas encore affiliée au « Clearing House », sauf si on bénéficie d’une intervention spéciale d’un hiérarque de la compagnie. On pensait que la direction avait pris une année pleine
pour arranger en amont tous ces problèmes.

La contreperformance de Camair Co est telle qu’il faut vraiment aimer le Cameroun pour y voyager. Car même en consentant un tel sacrifice, on n’est pas payé en retour.

Le 14 juin dernier, alors que j’étais passager en classe business, j’ai dû faire face à une situation pas croyable, alors que le Dja (Boeing 767) avait été rappelé à son lieu de stationnement au moment où il gagnait la piste, à cause d’une petite panne. Comme les techniciens de la Lufthansa, le partenaire technique de Camair Co, mettaient du temps à la réparer, le chef de cabine a décidé de servir à boire à ses passagers de la Business Class. Assis au deuxième rang (il n’y avait aucun passager devant moi), je l’ai entendu donner des instructions à l’hôtesse chargée de servir cette follation de me dépasser et de servir en priorité les deux ministres qui étaient assis derrière moi, au 3e rang.

Ce genre de choses est inacceptable sur les vols commerciaux. La jeune hôtesse a obtempéré. Après avoir servi les deux dignitaires du gouvernement, elle a tout naturellement poussé son chariot vers la cabine B de la Business Class, m’aban-donnant, moi, passager de la Cabine A de la Business Class à mon propre sort. Sans attendre, j’ai convoqué ce chef de cabine pour lui dire ce que je pensais de ces pratiques qui ont tué Cameroon Airlines et qu’il ressuscitait sur Camair Co. « Si Camair Co continue ainsi, je vous donne un an pour faire faillite , lui ai-je dit avant de le libérer à ses occupations. Voilà un vécu que je vous relate non par manque de respect aux deux ministres, mais à cause d’une façon de faire très camerounaise qui fait que Camair Co ne répond pas encore aux standards des autres compagnies.

Et que dire de ce Boeing 767 qui ressemble à un véritable bunker où à l’intérieur, les passagers sont simplement navigués à vue, sans musique, sans lecture à part les « Paris Match » qui sont distribués quasi-gratuitement par son éditeur, sans vidéo (il faut regarder à travers le hublot pour imaginer qu’on survole l’Algérie ou le Niger), bref, il faut aimer le Cameroun pour voyager à bord d’un avion Camair Co. Je m’arrête là parce que l’espace me manque mais je n’ai pas dit le dixième de ce dont je voulais vous faire part.

« Le Cameroun est un pays où on marche sur la tête. Si tu te mets à t’énerver pour un oui ou pour un non, tu risques de te retrouver à l’hôpital, le coeur ayant lâché. Tu peux même bêtement perdre ta vie, en fait, pour rien. Car on t’enterrera et rien ne changera après. Alors, un conseil : quand tu viens nous rendre visite, ici au pays, fais comme si tu n’étais pas au Cameroun. Tu préserveras mieux ta santé ainsi ». Voilà les conseils d’un parent camerounais. Depuis, je les suis à la lettre.

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