Un casse-tête pour les USA.

Jeudi 8 décembre 2011 // Le Monde

L’administration Obama semble partagée entre le souhait d’encourager une transition démocratique en Egypte et celui de soutenir la stabilité que promet l’armée.

Tandis que les manifestations violentes se poursuivent contre la mainmise de l’armée égyptienne sur le pouvoir, les Etats-Unis se retrouvent dans une position délicate, puisqu’il leur faut concilier deux exigences contradictoires, d’une part la sauvegarde de la démocratie, et de l’autre la stabilité en Egypte, capitale à leurs yeux.

Pour l’essentiel, les responsables américains se font discrets, du moins publiquement, au sujet du rythme de la transition en Egypte et surtout des toutes dernières manifestations. Mais, maintenant que des Egyptiens meurent à nouveau sur la place Tahrir, le gouvernement Obama ne va peut-être plus pouvoir se tenir à l’écart.

L’attitude adoptée par la secrétaire d’Etat Hillary Clinton dans son discours du 7 novembre a été présentée par son entourage comme un avertissement destiné aux dirigeants militaires égyptiens choisis pour assurer la transition après la chute de Moubarak. Elle leur aurait ainsi indirectement rappelé qu’il valait mieux que des gouvernants non élus ne s’accrochent pas au pouvoir. On ne peut suivre à la fois une politique qui favorise la sécurité dans l’immédiat et une autre qui défend une démocratie à long terme et qui ne se concrétise jamais tout à fait a-t-elle dit.

Washington entretient des relations régulières avec la hiérarchie militaire égyptienne et nombre de généraux ont été formés aux Etats-Unis. La Maison-Blanche travaille également avec certains responsables des forces démocratiques du pays et aurait gardé des contacts avec les Frères musulmans. Les Etats-Unis espèrent parvenir à encourager les tendances modérées, alors que les forces politiques religieuses ont le vent en poupe. Tout en s’efforçant de soutenir une transition politique rapide, Washington est conscient que, si l’opinion publique égyptienne estimait que le gouvernement américain pèse lourdement sur l’évolution de la situation, cela pourrait se retourner contre lui.

Aux Etats-Unis, certains spécialistes de l’Egypte commencent à critiquer le gouvernement Obama, qu’ils soupçonnent de s’accommoder du maintien des militaires au pouvoir au nom de la stabilité du pays et de ses bonnes relations avec Washington. Ils demandent à présent au Congrès - qui tient les cordons de la bourse en termes de politique extérieure - d’user de toute son influence afin d’envoyer un message clair aux dirigeants égyptiens. Le 17 novembre, le groupe de travail sur l’Egypte a appelé le Congrès à soumettre l’aide militaire américaine à l’Egypte (près de 1,3 milliard de dollars) à de nouvelles conditions, affirmant qu’à bien des égards les militaires avaient poursuivi la politique répressive du régime de Moubarak.

Pour le groupe de travail, qui rassemble des spécialistes du Moyen-Orient, le Congrès devrait demander à la secrétaire d’Etat de certifier que le gouvernement égyptien organise des "élections libres et impartiales" et met en oeuvre des politiques protégeant les droits de l’homme ainsi que les libertés politiques des citoyens.

Lors de sa première visite en Egypte, au début du mois d’octobre, l’ancien directeur de la CIA et actuel secrétaire à la Défense Leon Panetta indiquait avoir encouragé les militaires au pouvoir à avancer sur la voie d’une véritable transition politique et à lever l’état d’urgence.

Le secrétaire à la Défense s’est dit satisfait de ce qu’il avait vu et entendu du côté des dirigeants égyptiens. Le discours d’Hillary Clinton faisait toutefois apparaître une légère divergence. "Si, à terme, la principale force politique en Egypte reste une poignée de représentants non élus, ces hommes sèmeront les graines de futures révoltes, et les Egyptiens auront raté une occasion", a-t-elle déclaré. La résurgence des troubles en Egypte semble aujourd’hui lui donner raison.

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