Un « Rapport » annuel comme bien d’autres…

Jeudi 28 avril 2011 // L’Afrique

Nous croyions être friands de rapports tant il est vrai que nous passons pour être « expert » dans le genre. D’autres pays affectionnent aussi ce genre d’exercice. Le 7 décembre 2010, le président de la Commission nationale consultative de promotion et des protections des droits de l’homme, Maître Farouk Ksentini, rendait public son rapport sur l’état des droits de l’homme en Algérie…

Soucieux d’occuper l’espace médiatique, le président du CNCPPDH (rattaché à la présidence de la république) prenait de cours les organisations diverses qui entendaient faire de la Journée mondiale des droits de l’homme du 10 décembre 2010 leur journée…

Un rapport donc, de 150 pages, qui serait le fruit d’un travail de terrain méticuleux dans les commissariats et brigades de gendarmerie, les hôpitaux, les maisons d’arrêt, les universités…

Un rapport d’où ressort une « photographie » des « sept plaies de l’Algérie » pour reprendre le titre de « Jeune Afrique » (numéro 2606)…

Nous y apprenons que 65% des clandestins arrêtés par les autorités espagnoles sont des jeunes algériens candidats à la fameuse « harga »…S’appuyant sur un rapport du Centre national d’études et d’analyses pour la population et le développement (Ceneap), organisme scientifique spécialisé dans la recherche démographique, plus de 60% des jeunes algériens scolarisés « dénoncent le flou qui caractérise leur avenir, 73% critiquent leur cadre de vie et 33% soit un jeune sur trois rêve de s’installer à l’étranger.

 ;tournent le dos aux activités sportives et que « 90% ne s’intéressent pas à la vie associative ni à aucun parti politique ». Somme toute une belle jeunesse… Non pas que nous la montrions du doigt alors qu’elle est le « produit » du régime issu du FLN…

Face à cette détresse sociale de la jeunesse algérienne, Bien à l’aise dans son rôle, Maître Farouk Ksentini s’insurge contre « la pénalisation du désespoir » et son rapport appelle les autorités algériennes à « décriminaliser l’acte de la harga » (émigration irrégulière) et à « se focaliser sur la consolidation des droits sociaux des citoyens »…

Si donc ce rapport est entendu, tout permet de dire que les candidats à la « harga » se bousculeront…

Pour le reste, un rapport qui n’apporte guère d’éléments nouveaux :

Violence aux femmes ?

Tout va bien. Tenons-nous en aux chiffres « officiels » : la DGSN algérienne a enregistré 7500 plaintes de femmes ayant subi des violences, dont 5486 pour coups et blessures. Et le rapport de ne pas occulter les pesanteurs des pouvoirs publics et celles de la société qui empêchent les victimes – éternelles mineures ou sous-citoyennes en référence au code de la famille – de signaler la violence du père, du frère, du conjoint ou du collègue de travail…

Lire… http://hogra.centerblog.net/6582785-enquete-de-l-onu-sur-les-femmes-algeriennes

Appréhender un chiffre réel ? Impossible…

Se souvenir des femmes d’ « HASSI MESSAOUD »…


Lire… http://www.amnesty.ch/fr/pays/moyen-orient-afrique-du-nord/algerie/docs/2010/violence-femmes

La corruption ?

Tout va bien. Un rapport qui ne ménage pas les cadres et agents de l’Etat. La corruption « mine les fondements de l’Etat et de la société et a pour corollaire la désagrégation du tissu social. »

La santé publique ?

Tout va bien. Etat pitoyable des hôpitaux, services d’urgences dépourvus de moyens humains et de matériels adéquats, personnel paramédical peu ou mal formé, malades livrés à eux-mêmes, conditions d’hygiène déplorables, graves disfonctionnements dans la gestion des établissements de santé. Et le rapport de rappeler pour appuyer ses constats que l’élite politique « préfère aller se faire soigner à l’étranger. Ce n’est pas le sieur Bouteflika qui contredira…


Janvier 2001… Val de Grâce…


Novembre 2005… Val de Grâce…

En avril 2006 aussi…

Et ainsi de suite, que ce soit pour les « disparus » - disparitions forcées-, le « handicap » ou les « détentions préventives » : tout va bien !…

Jouant au modeste, Maître Farouk Ksentini qui en est à son neuvième rapport annuel, certifie que d’énormes progrès ont été réalisés… Et d’attribuer la note de 4 sur 10 à l’état du respect des droits de l’homme en Algérie…

P.S.
Paradoxe ?

Détresse sociale de la jeunesse algérienne, détresse réelle. Mais une fois la « mare nostrum » traversée…

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