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Trop imprudent pour être Chef de d’Etat.

Lundi 15 août 2011 // La France

Son parcours politique, fait de hauts et de bas, est là pour le prouver : DSK a trop le goût du risque pour être présidentiable.

Alors que Dominique Strauss-Kahn a été libéré sur parole et que le dossier monté contre lui pour tentative de viol a du plomb dans l’aile, une seule question occupe l’esprit abasourdi de tous les observateurs français : peut-il encore devenir président ? Jusqu’au 14 mai, chacun, des commentateurs de la télévision jusqu’aux membres des clubs de réflexion les plus sérieux, en passant par les habitués des bistrots de village, se demandait si DSK se présenterait ou non à l’élection présidentielle de 2012. Après son arrestation, ce rêve a été enterré - jusqu’au vendredi 30 juin. Mais que l’Etat de New York abandonne ou non les poursuites contre DSK, une seconde question aide à répondre à la première : cet homme n’est-il pas trop imprudent pour être président ?

Le 19 mai, cédant à la pression internationale, Strauss-Kahn a démissionné de son poste de directeur général du Fonds monétaire international (FMI) par une lettre expédiée depuis la prison de Rikers Island [où il avait été temporairement incarcéré après son interpellation]. Aussi incroyable que cela paraisse ce n’est pas la première fois que DSK se voit contraint d’abandonner un travail dans lequel il excelle en raison d’accusations qui finissent par s’effondrer. Ce n’est pas la première fois que Strauss-Kahn prend une décision contestable - les tests ADN prouvent que DSK, qu’il ait ou non tenté de violer la femme de chambre du Sofitel, a effectivement eu un rapport sexuel avec -elle - et dont les conséquences l’amènent sous les projecteurs de la justice. Et ce n’est pas la première fois qu’il met, par un acte manqué, son brillant avenir en péril.

Le précédent de 1999

En 1999, Strauss-Kahn était ministre de l’Economie et des Finances, un poids lourd du gouvernement Jospin, un homme destiné à de grandes choses. On le considérait comme un possible candidat à la mairie de Paris lors des municipales de 2001, poste qui passe pour un bon tremplin vers la présidence ; il était aussi pressenti pour devenir Premier ministre pour le cas où Jospin aurait remporté les élections de 2002. Mais voilà qu’en novembre 1999 il dut démissionner précipitamment pour éviter d’embarrasser le gouvernement (cela vous rappelle peut-être quelque chose). Il était soupçonné d’avoir produit de faux documents concernant un travail de conseil juridique qu’il avait mené auprès d’une mutuelle étudiante. On se demandait s’il avait réellement accompli ce travail pour lequel il avait reçu près de 100 000 euros.

Strauss-Kahn finit par reconnaître devant les magistrats enquêteurs qu’il avait bien antidaté certains documents, mais sans intention délictuelle. Le dossier d’accusation se vida peu à peu de sa substance et, en novembre 2001 DSK bénéficia d’un non-lieu. Mais cela avait pris deux ans. En novembre 2001, Paris s’était donné un nouveau maire et, six mois plus tard, la multiplitation des candidatures de gauche morcelait tellement les voix socialistes que Jospin fut écarté de la course à la présidence et Strauss-Kahn privé de toute chance de devenir Premier ministre. Il ne lui restait plus qu’à se reconstruire. Il perdit à la primaire socialiste en zoo6, mais le travail accompli [à partir de novembre zoos] à la tête du FMI, alors en proie à la pire crise de son existence, fut pour lui une véritable renaissance. Jusqu’à ce que son monde vacille, il y a huit semaines, le rôle du FMI et l’impopularité chronique de Sarkozy paraissaient faire de lui le vainqueur quasi assuré de la présidentielle.

En l’état actuel des choses, un retour en France lui conférerait, en tant que victime d’accusations fallacieuses, l’aura, la dynamique d’un ressuscité. Mais pas pour longtemps : bien avant l’affaire du Sofitel, la grande question que l’on se posait au sujet de Strauss-Kahn, bon dirigeant et même homme d’Etat crédible, était de savoir s’il était au fond un bon politicien et s’il avait le talent nécessaire pour mener campagne. Un de ses anciens collègues déclarait en octobre dernier, de façon étonnamment prémonitoire, eu égard aux événements récents : Strauss-Kahn a un vrai talent pour se détruire lui-même.

Pour l’instant, nous ignorons comment il se comporterait à l’occasion d’une campagne décisive - encore que l’embardée d’une relation sexuelle, consentie ou non, avec une femme de chambre inconnue au moment où tout le monde attendait qu’il annonce sa candidature, serait sans doute fortement désapprouvée par n’importe quel directeur de campagne. C’est là un acte que l’on pourrait qualifier au mieux d’imprudent. Et Nicolas Sarkozy, son probable rival, est tout sauf un homme imprudent.

Les électeurs français, d’une manière générale, sont prêts à pardonner beaucoup aux hommes politiques qui s’accordent des aventures extraconjugales. C’est une chose que beaucoup de Français revendiquent même avec fierté, face à des Américains censément "puritains" et capables de vouloir destituer un président simplement pour avoir batifolé dans le Bureau ovale. C’est la raison pour laquelle les incartades de Straûss-Kahrf, loin de passer pour criminelles, ont toujours été considérées comme un sujet mineur. Un viol ou une tentative de viol va naturellement bien au-delà du simple fait de courir le jupon, et se situe clairement au-delà de la limite que les électeurs sont prêts à tolérer. Mais si l’affaire Strauss-Kahn se termine par un non-lieu, ou se réduit à de simples poursuites pour conduite délictueuse, la question sera de savoir où se situe exactement cette limite. Depuis l’arrestation de DSK, le profond malaise exprimé par quelques femmes qui ont eu affaire à lui sur le plan personnel ou professionnel s’est propagé bien au- delà des dîners parisiens. Qui d’autre se sent gêné par ce malaise ?

Gauche caviar et "vraies gens"

D’un point de vue historique, le plus problématique reste toutefois la relation de Strauss-Kahn avec ses amis au sein du Parti socialiste et ses rivaux de la gauche plus radicale. Or s’assurer le soutien de ces derniers est capital pour figurer au second tour de la présidentielle. Même s’il avait comme prévu effectué un retour triomphal en juin, cela aurait de toute façon constitué une difficulté pour Strauss-Kahn, qui, de retour du FMI, aurait sans doute été accusé de ne pas être en phase avec les "vraies gens". N’oublions pas l’embarras suscité par l’argent de Strauss-Kahn, ou plutôt par la fortune de sa femme, Anne Sinclair. DSK a été épinglé début mai à Paris, quelques jours avant son arrestation, pour avoir été photographié à côté de la rutilante Porsche Panamera de l’un de ses associés sur la très chic place des Vosges, où Strauss-Kahn et Anne Sinclair possèdent depuis longtemps, en toute discrétion, un appartement. Et cela s’est passé avant que le couple, de façon très publique et apparemment sans difficulté particulière, verse une caution de 6 millions de dollars et règle un loyer mensuel de 5o 000 dollars pour la maison de TriBeCa dans laquelle DSK était assigné à résidence. Tout cela fait plutôt mauvais effet quand votre parti tente de séduire les électeurs de formations de gauche rivales.

La chute brutale, stupéfiante et apparemment définitive de Strauss-Kahn pourrait transformer son retour prometteur en une illusion d’optique sans lendemain. Menacé de passer plusieurs décennies derrière les barreaux, Strauss-Kahn paraissait à ce point hors course il y a encore quelques jours, ses chances semblaient si définitivement détruites, que l’on pouvait en oublier les obstacles bien réels qui le séparent encore de l’Elysée. Mais reste que, entre les quatre années où il a été patron du FMI, et durant lesquelles il s’était engagé à ne faire aucune déclaration publique sur la politique française, et les sept semaines qu’il vient de passer en prison ou en résidence surveillée, les électeurs français n’ont toujours pas entendu le socialiste exprimer un seul avis sur les problèmes intérieurs auxquels ils sont confrontés. Son avenir est sans aucun doute plus lumineux depuis quelques jours. En réalité, une grande partie de cet avenir ne dépend plus que de lui. Mais comme nous l’avons vu, cela ne veut pas nécessairement dire grand-chose.

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