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Triple A - Fausses notes

Dimanche 5 février 2012 // La France

Puisqu’on ne parle que de cela, parlons-en ! Les agences de notations sont devenues aussi familières aux Européens que n’importe quel autre service. Quelques remarques s’imposent.

Le principe est limpide. Une agence de notation a pour but d’examiner les comptes d’une structure, entreprise ou État, et de renseigner les prêteurs sur ses capacités à rembourser l’argent avancé. C’est de l’assurance crédit classique, rien à objecter a priori. Les agences principales sont au nombre de trois, toutes américaines : Standard & Poors, Moody’s et Fitch Ratings. Elles examinent des comptes, des projets et des produits et leur attribuent une note de AAA à D. Voilà.

Dans un monde économique parfait, donc honnête et diligent, ce serait un service utile, transparent, prévoyant. Seulement, la perfection est un leurre dans ce domaine comme partout. Dès qu’il y a commerce de services ou de produits, des questions se posent. Surtout dans un système qui privilégie la rentabilité immédiate et possède peu de goût pour le long terme et la construction.

Les agences sont-elles utiles ? Bien sûr s’il ne leur faisait défaut un certain nombre d’éléments essentiels, donc... non.

Les agences sont-elles transparentes ? C’est le premier problème. Si l’on connaît leurs principaux actionnaires : Marc Ladreit de Lacharrière et Hearst pour Fitch, Warren Buffet pour Moody’s et McGraw-Hill, groupe de médias financiers, pour Standard & Poors, une grosse part de leur capital traîne sur le marché et n’importe qui peut s’en rendre acquéreur. Là se pose l’immédiate question du conflit d’intérêts. A compter du moment où vous êtes amenés à noter des partenaires en affaires, la plus élémentaire déontologie devrait pousser les agences à refuser un tel risque. Que non, dans une économie ouverte mais dans un univers fermé, il y a toujours quelques services grassement payés à rendre.

Est-ce à cause de cela que les agences sont passées à côté de tout ce qui a été important depuis vingt ans : Enron, les subprimes, la crise financière depuis 2008. Les noteurs sont-ils simplement stupides, mauvais, distraits, programmés ? Comment en effet faire de la peine à quelqu’un qui vous paie grassement pour faire du debt-washing ? Les notations sont devenues des éléments de communication, pas plus ; au fond, quel que soit l’état réel de votre entreprise il est tentant de flouter les faits pour les rendre acceptables par les autres gogos qui procèdent également de la même façon. La tromperie est acceptée par tous les intervenants. C’est un jeu d’ombres, de trucages et de copinage.

Le pire est à venir. À compter du moment où les agences en viennent à se prononcer sur la solvabilité d’un État, de sérieux doutes apparaissent. On leur reproche à juste titre leur tendance à la sur-réaction et à l’aggravation des situations dont elles ont à juger. La farce du AAA ne fait plus rire personne, à part évidemment le monde de la spéculation qui, grâce à cela, fait d’énormes bénéfices. Ne pourrait-on pas penser que lorsque les notations d’États permettent à d’autres clients des agences de s’enrichir cela pose un évident problème d’élémentaire honnêteté ? Cela ne choque guère les milieux de la finance.

Au reste, cela ne serait pas si grave si l’industrie de ces malfaisants n’avait pas de conséquences désastreuses pour les peuples. Les agences font dans la prophétie auto-réalisatrice. Ce qu’elles annoncent va se produire immanquablement. Voyez la Grèce ou le Portugal. Au profit de quoi ou de qui ? Il y a dans les agences un esprit purement ultra-libéral mortifère qui fait que tout ce qui peut paraître devoir entraver le libre cours des affaires est à détruire. Après avoir poussé tous les États développés à faire de la déflation salariale et sociale en compensant avec un endettement public et privé extravagant, elles participent avec les banques à la tentative de liquidation de ces mêmes États et des structures d’amortissement social.

Au nom de quoi ? Le savent-ils encore vraiment ? Et que dire des gouvernements qui se couchent, trop heureux de faire peser sur quelqu’un d’autre la vérité de leur choix. On comprend pourquoi Sarkozy aime tant Louis de Funès, impitoyable envers les humbles et rampant devant les puissants. Il n’a pas compris la différence entre la fiction et la réalité. Il avait promis de faire rentrer la France dans la mondialisation, y compris de force. Seulement c’est un lâche, il s’aplatira devant quiconque lui permettra de conserver son pouvoir, même en menant le pays au bord du gouffre. Standard & Poor’s devient l’oracle, le nouveau dieu qui sait tout et peut tout et contre lequel on serait désarmé, juste assez alerte pour en faire toujours plus dans le moins pour les peuples.

Les agences de notations sont la providence des salauds et des lâches, les auxiliaires zélés des politiques de rigueur imbéciles et désastreuses. L’exemple de ce qu’elles ont raté depuis 2000 et de ce qu’elles ont causé depuis cinq ans devrait en démontrer la nocivité. Nul ne réagit, il se trouve même des politiques pour les défendre. Soi-disant qu’on voudrait casser le thermomètre pour cacher la fièvre. Mais comment donc ? Le travail est tellement sérieusement fait qu’il y a belle lurette que la vraie fièvre n’est plus évaluée. Que dire des palinodies des dirigeants tremblant puis se rassérénant devant la dégradation ! Elle est déjà là la dégradation, dans les faits, dans les chiffres, dans les taux. Alors pourquoi attendre pour nous le faire savoir ?

Une dernière question.

Quand, grâce à leurs bons soins, les agences auront poussé à l’extinction des déficits et des dettes, où leurs chers autres clients iront-ils mettre leur argent et que noteront-elles ? Après demain n’existant pas pour elles, la question leur semblera parfaitement incongrue.

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