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Tradition et Modernité - Quand "les Dieux (nous) sont tombés sur la tête".

Mercredi 5 octobre 2011 // L’Histoire

De son étymologie tradere, la Tradition apparaît indissociable de son vecteur, la transmission, sans lequel elle serait fossilisée, une langue morte. Lieu où se pratique la vertu, en Maçonnerie elle invite à remonter vers la source de ce qui régit l’univers, dans son aspect multiple. C’est dans l’unification dynamique de la polysémie de la nature, que l’on accède intuitivement (par révélation) à l’inexplicable, le rendant intérieur et secret ; le secret n’est pas une question temporelle d’appartenance mais de compréhension de l’inexplicable. Dès lors, la transmission ne peut se faire qu’à travers l’initiation par "la pratique rituelle" qui définit l’Ordre, seul fondement Historique de la Morale. Et pourtant la Morale a bien évolué vers les quatre axes contemporains (bien, mal, vertu et devoir). Autre exemple : la devise Liberté, Égalité, Fraternité a mué en substance depuis 1789, et même pour une part, en essence. C’est l’amalgame et les pratiques qui font évoluer les concepts, valeurs, et traditions. Emprunts et appropriations, créations et progrès, cultivent et embrasent la Tradition, empreinte de sécularisation et de rationalisation. Ainsi, faut-il privilégier les rapports que l’on a aux choses, plutôt que leur origine1, le sens à la substance.

Les fêtes (noël, halloween), l’art, l’architecture (Pyramide du Louvre), la littérature et la culture en général, sont des illustrations. La compréhension de la Tradition, à travers nos projections mentales enchevêtrées de contemporanéité, est irréfragable. Bien qu’ontologique, considérer la Tradition immuable en tant qu’antérieure à l’Homme, c’est s’exclure soi-même de tout rôle actif, et subir la transmission de manière docile et dogmatique que, même l’église romaine condamne.

La très complexe question non aporétique ni antithétique de, Tradition (ontologique) / modernité (phylogénétique), universellement débattue, sous-tend l’hypothèse erronée d’un risque de glissement décadent par perte du sens et de la substance. Mais existe t-il un patrimoine "vierge de tout contact"

Les concepts, tradition et modernité, ne sont ni opposés ni exclusifs ; le contraire, relève d’un regard prétendument traditionnel jeté sur une réalité moderne. Prétendument, car la lecture des textes anciens nous rend parfaitement compte que la tradition écrite, dont nous avons la trace, est toujours un discours sur une réalité. Dès lors, nous comprenons l’importance de "l’intégration" de la Tradition et de la nécessité de la confronter aux impératifs contemporains, ainsi que notre responsabilité dans sa modernisation pour une transmission active ; toutefois, il reste fondamental de tenir compte de deux principaux écueils d’instabilité mythologique :

  1. L’intégrisme par refus du "faire sien" (phénomène d’appropriation qui doit respecter l’esprit mais accepter le changement, s’intéresser à l’objet plus qu’à ses origines).
  2. Le pseudo traditionnalisme d’une minorité dominante ou le populisme qui, selon Rosanvallon exalte le principe de souveraineté du peuple.

Le populisme serait fondé sur un abc de simplifications :

  1. Sociopolitique : le peuple est défini par sa différence avec les élites. Il serait une partie saine unifiée, faisant bloc face à l’oligarchie.
  2. Le système représentatif est relativement corrompu, et la prise en main par le peuple de son destin serait la seule issue.
  3. Ce qui définit la cohésion est l’identité du peuple et non pas ses rapports sociaux. L’identité étant négativement en stigmatisant ce qu’il faut rejeter, plus que ce qui la caratérise.

La Tradition n’a pas vocation permanent un état premier, elle n’existe qu’en résonance avec la contemporanéité ; elle nécessite des mécanisme, d’adaptation et d’assimilation faisait aptitude face à une au changement. Tradition / Modernité est un processus vivant qui permet d’accéder à une vérté toujours renouvelée et purifiée. Le refus de la modernisation est une forclusion de la dynamique, la mort de l’humanité.

"On peut construire, au sein du monde tel qu’il est, un modèle comme il devrait être. C’est la voie de l’humanisme,de la philosophie de la vie et des arts".

Sir Geoffrey Scott.
Antoine Dunac.
1 - André Leroi-Gourhan, Milieux et techniques, op, cit., p.378
2 - Claude Lévi-Strauss, Le père Noël supplicié, les temps 1 n° 77 mars 1952, p. 1572-1590.
3 - Le Traditionalisme a été conc l’église romaine en 1855, puis par de Vatican 1870 : Joseph de Maistre- L’autorité contre la lumière, Dros 311
4 - Laurier Turgeon,
Métissages et transferts de sens p 14’
5 - Martyne Perrot,
Quand faire sien, c’est faire Communication, 77, 2005, p. 55-16
6 - Georges Balandier, Anthropologie politique, op. cit., page 203
7 - Pierre Rosanvallon (Collège de France) Penser le populisme, Le Monde, 22 juillet 2011, p. 16.
8 - Claude Lévi-Strauss,
La pensée sauvage, Plon, 1962, p.310-311

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