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Tout savoir sur la Palestine.

Mercredi 26 juillet 2006, par Ernest-Marie LAPERROUSAZ et Robert MANTRAN // Le Monde

La Bible est la seule source d’informations détaillées que l’on possède sur ce qu’auraient été l’installation et l’organisation des Israélites en Canaan : après que, dans ses cinq premiers livres (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome : ensemble appelé « Pentateuque » par les Chrétiens, et « Loi », par les Juifs - car, selon ceux-ci, ces écrits renfermeraient les commandements que les Hébreux, par l’intermédiaire de Moïse, auraient reçus de Yahweh leur dieu, au mont Sinaï, après leur sortie d’Égypte [l’« Exode »], comme conditions de son « Alliance » avec eux), ont été racontées les origines du monde et des Hébreux, ainsi que les pérégrinations de ceux-ci jusqu’à leur arrivée au bord du Jourdain - en somme, la préhistoire du « Peuple élu » -, les livres suivants (Josué, Juges, Samuel, Rois, Chroniques, Esdras et Néhémie) narrent l’histoire de ce peuple depuis son entrée en Canaan jusqu’à son retour d’Exil au temps des Perses ; La Bible comprend encore d’autres livres, tels ceux portant les noms de prophètes, ou ceux qui, comme Psaumes, Proverbes, Cantique des Cantiques, Ecclésiaste, sont des ouvrages ayant un caractère plus philosophique ou littéraire. Malheureusement, ces livres, qui témoignent de l’utilisation plus ou moins habile de plusieurs traditions d’époques ou de provenances différentes, n’ont pas été rédigés d’une manière conforme aux normes reconnues par les historiens modernes. Chaque fois que cela est possible, il est indispensable de confronter les informations qu’ils fournissent aux données de l’archéologie, par exemple.

Résumons l’hypothèse actuellement dominante. Lorsqu’ils pénétrèrent en Canaan, après avoir franchi le Jourdain, les Israélites y trouvèrent, déjà établies, des tribus sœurs dont certaines n’étaient pas allées en Égypte, et dont d’autres, qui en venaient, étaient entrées en Canaan par le Sud. La pénétration et l’installation à l’ouest du Jourdain des tribus sorties d’Égypte se firent vraisemblablement en ordre dispersé et dans des conditions qui durent varier de l’une à l’autre selon les circonstances, l’attitude des populations que chacune trouva en face d’elle, et les forces en présence. S’ils parvinrent bien à enlever quelques villes, ou à conclure quelques accords avec tel ou tel prince local, les Israélites, dans la plupart des cas, durent, d’abord, se contenter des plus mauvaises terres, et s’installer dans les régions accidentées de l’est du pays ; C’est ainsi que les tribus d’Ephraïm et de Manassé, grâce à l’utilisation de citernes étanches (progrès technique évoqué, ci-dessus, à propos de l’époque précédente), purent s’installer dans les parties de la future Samarie qui, démunies de sources, recevaient des pluies assez abondantes.

Le clan, qui s’identifia en fait au village, prit le pas sur la tribu au cours de ce processus de sédentarisation. Les cités israélites s’entourèrent d’épais remparts aux murs casematés, dont la construction révèle de nombreux emprunts faits à la technique indigène. Rassemblées, selon la Bible, à Sichem par Josué peu avant sa mort, les tribus y auraient, d’une part, confirmé leur Alliance avec Yahweh, et, d’autre part, institué entre elles une sorte d’amphictyonie ayant à sa tête un « Juge » dont le rôle se serait limité, normalement, à apaiser les différends entre les tribus ; à l’occasion de conflits importants avec les indigènes, des personnages, sans doute chefs locaux, que la Bible appelle, pour la circonstance, « Grands Juges », auraient pris la tête de coalitions occasionnelles de tribus. Sous la pression des événements, et après quelques tentatives, localisées et sans suite, d’instauration d’une monarchie, Saül, qui avait conduit Israël à la victoire, aurait été proclamé roi par les tribus dans les dernières décennies du XI° siècle. Sur le plan religieux, un sanctuaire portatif, appelé « Tabernacle » ou « Tente de Réunion », qui n’était sans doute encore qu’une tente abritant une arche « l’ Arche d’Alliance » construite par Moïse sur l’ordre de Yahweh, était considéré comme constituant la demeure de Yahweh au milieu de son peuple, en même temps que le signe visible de l’Alliance conclue entre l’un et l’autre ; ce sanctuaire aurait été établi à Silo (ville située à 30 km au nord de Jérusalem) qui devenait ainsi le centre religieux des tribus, et il y serait resté jusqu’à ce que, transporté parmi les combattants israélites, au cours d’une bataille, il ait été capturé par les Philistins, au milieu du XI° siècle ; quand ceux-ci l’eurent rendu, il ne fut pas reconduit à Silo, qui avait peut-être, d’ailleurs, été détruite par les Philistins. D’autres lieux, comme Sichem, Béthel et Mambré (ce dernier près d’Hébron), étaient considérés comme saints par les Israélites qui y rattachaient tel ou tel épisode de la vie de leurs grands ancêtres, les patriarches ; autels, pierres levées ou chênes, notamment, y étaient l’objet d’une grande vénération.

Au début du XII° siècle, sous le règne de Ramsès III, qui fut pour la XX° dynastie le seul, et pour le Nouvel Empire le dernier grand pharaon, la menace des Peuples de la Mer - lesquels venaient sans doute de la région constituée par les îles de la mer Égée et les côtes de Grèce et d’Asie Mineure, et peut-être surtout de l’île de Crète - s’était gravement précisée. Les Hittites ayant, finalement, été submergés par ces peuples, la Syrie et la Palestine paraissaient à la merci des envahisseurs ; par une victoire décisive, Ramsès III écarta à peu près définitivement ceux-ci de la région. Quant à la tentative que certains d’entre eux firent sur le Delta oriental, par voie de mer, elle se solda, également, par un cuisant échec ; pourtant, une partie des envahisseurs, en particulier le peuple dont le nom déformé a donné celui de « Philistins », réussit à s’établir dans la région côtière qui s’étend entre Gaza et le mont Carmel : c’est à ce peuple que la Palestine doit l’appellation qui est toujours la sienne. Après sa double victoire sur les Peuples de la Mer, Ramsès III reprit possession de la Palestine par une seconde campagne ; mais, déjà, toute la région côtière échappait à son contrôle, et, peu d’années plus tard, ce fut vraisemblablement tout Canaan qui fut perdu pour l’Égypte.

Aucun texte provenant des Philistins eux-mêmes n’a encore été retrouvé ; ce que l’on sait de leur histoire en Palestine, on le doit à des documents égyptiens, davantage à la Bible, et aussi aux nombreux vestiges archéologiques découverts en ce pays. Les Philistins, à partir des dunes bordant le littoral de la Palestine méridionale, étendirent bientôt leurs conquêtes vers l’intérieur en s’emparant de la plaine de la Séphéla. Ils divisèrent leur territoire en cinq districts, ou toparchies, ayant respectivement comme ville principale : Gaza, Ashqelon (= Ascalon), Ashdod, Eqron et Gath. C’est à Gaza qu’était célébrée la grande fête philistine des Panégyries de Dagon, mais c’est à Ashdod que s’élevait le temple de ce dieu.

Chacune de ces circonscriptions était dirigée par un prince ou tyran. Alliés à un autre de ces Peuples de la Mer, qui, établi à Dor, au sud du mont Carmel, avait également entrepris d’agrandir vers l’intérieur ses possessions en conquérant la plaine de Saron, et sachant profiter des combats qui opposaient Cananéens et Israélites, les Philistins, dont l’armée était dotée de chars de guerre et d’armes en fer, furent les principaux adversaires des Israélites en Canaan. Après s’être rendus maîtres de la plaine, les Philistins attaquèrent la « montagne » vers le milieu du XI° siècle ; Ils s’emparèrent, comme on l’a vu ci-dessus, de l’Arche d’Alliance, et, s’étant établis en plusieurs points stratégiques situés au sud et au nord de Jérusalem, interdirent aux Israélites la fabrication de tout instrument en fer afin de les maintenir, vis-à-vis d’eux, dans une situation d’infériorité sur le plan de l’armement. Pendant la seconde moitié du XI° siècle, le sort des armes fut alternativement favorable aux uns et aux autres. Ce sera seulement sous le règne de David que les Philistins, repoussés vers la côte, cesseront d’inquiéter Israël ; après le VIII° siècle, on perd leur trace en tant que peuple : ainsi, c’est à propos de la campagne victorieuse conduite contre eux par le roi de Juda Ozias que la Bible fait mention des Philistins pour la dernière fois. Parmi les témoins archéologiques de la présence des Philistins en Palestine, mentionnons la céramique et les sarcophages. La première constitue, en fait, une variante locale de la céramique mycénienne, caractérisée, notamment, par ses formes (cratères, vases « à étrier ») et ses motifs décoratifs (damiers, spirales, oiseau ressemblant à un cygne) ; elle a été retrouvée sur la plupart des sites correspondant aux villes que la Bible dit avoir été occupées par les Philistins, ainsi qu’en de nombreux autres lieux : citons Megiddo, Beth-Shéan, Béthel, Jaffa, Gézer, Beth-Shémesh (à mi-chemin entre Jérusalem et Ashdod) et Lakish. Quant aux sarcophages en argile cuite, découverts en particulier dans les cimetières de Beth-Shéan, Lakish et aussi Tell el-Fariah (à 25 km au sud de Gaza), ils imitent grossièrement les sarcophages anthropomorphes égyptiens : tête énorme, parfois munie d’une coiffure à plumes semblable à celle que portent les guerriers philistins sur les bas-reliefs égyptiens, et bras minuscules ; poteries, bijoux et armes avaient généralement été déposés dans la tombe autour du sarcophage.

L’époque monarchique (de la fin du XIe siècle à 587 av. J.-C.)

Saül, devenu roi, s’établit à Gibéah (Tell el-Foul), située à 6 km au nord de Jérusalem, qu’il fortifia. Battu par les Philistins, il réussit à redresser la situation et décida, alors, de constituer un corps permanent de mercenaires grâce auquel il put éloigner la menace que les peuples voisins (Araméens au nord, Ammonites, Moabites et Édomites à l’est, Amalécites au sud) faisaient peser, de tous côtés, sur Israël. Attaqué de nouveau par les Philistins, il fut tué et son armée écrasée. David, qui, sous le règne de Saül, s’était distingué à un point tel que, devenu l’objet de la jalousie du roi, il avait dû s’enfuir chez les Philistins, fut proclamé roi à Hébron, d’abord par les hommes de Juda - la tribu dont il était originaire, puis également, après une courte guerre civile, par les Israélites du Nord. Vers l’an 1010 avant J.-C., David était donc roi de tout Israël.

Si les Philistins avaient pu, tout d’abord, se réjouir de l’accession de leur protégé à une royauté sur Juda qui paraissait mettre fin à la monarchie unitaire inaugurée par Saül, ils réagirent vivement lorsque David rassembla, à son tour, tout Israël sous son sceptre. Mais, repoussés vers la côte, ils furent bientôt réduits à la défensive ; ils finirent même par reconnaître la suzeraineté de David, qui serait allé jusqu’à enrôler quelques-uns d’entre eux dans sa garde personnelle. Se tournant, alors, contre les Cananéens, David leur enleva les villes qu’ils tenaient encore. Puis, il s’empara de Jérusalem, ville forte de la peuplade amorrite des Jébuséens, avec l’aide de sa seule garde personnelle - ce qui faisait de cette cité un domaine royal indépendant du territoire de toute tribu, situation bien marquée par le nom de « Cité de David » qu’il lui donna. Résidence royale, Jérusalem devint également, quand l’Arche d’Alliance y eut été transportée, la capitale religieuse d’Israël. Inquiets de la puissance du royaume de David, dont le territoire enjambait, déjà, le Jourdain, les Ammonites s’allièrent aux petits États araméens du Nord pour s’opposer à lui.

Après plusieurs campagnes victorieuses, David se trouva à la tête d’un empire qui, en dehors de la Palestine - où les Philistins, dans l’étroit territoire qu’ils conservaient le long de la côte, se trouvaient réduits à la vassalité -, s’étendait au sud de la mer Morte sur Édom, à l’est, au-delà de la zone précédemment occupée de l’autre côté du Jourdain, sur Moab et Ammon, et, au nord, sur les États araméens sis en deçà de Qadesh (sur l’Oronte) à la frontière du royaume ami de Hamat. Ainsi, David avait accès au golfe d’Aqaba et contrôlait les principales pistes caravanières de la région ; ajoutons qu’il établit des relations commerciales avec Hiram 1 er , roi de Tyr. Profitant de l’éclipse simultanée de l’Égypte, alors dans sa Troisième Période intermédiaire, et des principaux États du Proche-Orient asiatique, David avait donc étendu la sphère d’influence d’Israël de la frontière égyptienne aux abords de l’Euphrate, mises à part les cités de la côte phénicienne. Parallèlement, David s’attacha à organiser l’administration du pays. Mais il eut à réprimer une révolte qui avait éclaté parmi les tribus du Nord, jalouses de l’influence prépondérante qu’avaient sur lui celles du Sud, en particulier celle de Juda. Les querelles intestines concernant sa succession risquant de mettre son œuvre en péril, David, de son vivant, fit proclamer et sacrer roi Salomon, l’un de ses fils. La Bible attribue quarante ans de règne aussi bien à David qu’à Salomon ; Celui de ce dernier se serait déroulé, approximativement, de 970 à 931 avant J.-C. À la mort de David, le prince édomite Hadad, qui s’était réfugié en Égypte, rentra dans son pays et rendit Édom indépendant ; pourtant, Salomon conserva le contrôle des mines et des pistes caravanières de la région. Par ailleurs, l’Araméen Rezon enleva Damas ; Sa dynastie allait devenir le principal adversaire d’Israël. Le reste de l’empire ne bougea pas. Salomon dota la Palestine de puissantes forteresses, relevant notamment, en en améliorant encore l’efficacité, les murailles des villes qu’avaient autrefois fortifiées les Hyksôs (excepté Jéricho et Sichem) ; il réorganisa et modernisa l’armée, créant un corps de chars de combat (les écuries [ ?] découvertes à Megiddo datant plutôt du règne du roi d’Israël Achab, 874-853). Cependant, plutôt que de guerroyer, Salomon, profitant, comme son père, de l’effacement des principaux États voisins, se contenta d’utiliser sa puissance militaire comme arme diplomatique. Pour conjurer le danger que lui faisaient courir les bonnes relations existant entre Édom et l’Égypte, il rechercha l’alliance du pharaon, épousant même l’une de ses filles. Salomon accrut les ressources de son royaume en développant, en particulier, ses activités commerciales : Amplifiant les relations que David avait établies avec Hiram de Tyr, il construisit avec l’aide de celui-ci, à Eçyon-Géber (sur le golfe d’Aqaba, entre les villes actuelles d’Aqaba et d’Élat), une flotte marchande destinée à commercer avec Ophir ; d’autre part, revendant aux Égyptiens des chevaux acquis en Cilicie, il exportait en Syrie les chars de combat que les Égyptiens lui avaient remis en échange. Afin d’améliorer l’administration de son royaume, il divisa celui-ci, Juda étant mis à part en douze préfectures qui ne correspondaient pas aux territoires respectifs des tribus, brisant ainsi le cadre de celles-ci ; chaque mois, l’une de ces préfectures devait subvenir aux besoins de la maison royale ; c’est entre elles, aussi, qu’étaient réparties les corvées. À Jérusalem, Salomon réalisa de somptueuses constructions, utilisant les services de Hiram qui lui fournit les architectes et le bois provenant des forêts du Liban.

Au nord de la Cité de David, sur le mont Moriyah, il bâtit un palais pour lui-même et un Temple pour Yahweh, le tout devant être entouré d’une puissante muraille. Mais les grandes réalisations de ce règne ne furent possibles qu’au prix de taxes et de corvées qui indisposèrent le peuple ; il semble qu’il fut reproché à Salomon, d’une part de trop imiter, lui, le roi du « Peuple élu », les autres souverains de son temps - par exemple en se constituant un harem de femmes d’origines et de religions diverses -, et, d’autre part, de favoriser la tribu de Juda. À la suite d’une rébellion des tribus du Nord, à laquelle il avait été mêlé, l’Éphraïmite Jéroboam, que Salomon avait chargé de veiller à l’exécution des corvées dans cette région, s’enfuit en Égypte auprès de Shéshonq, le fondateur de la XXII° dynastie ; ce fait était de mauvais augure pour l’avenir de la monarchie unitaire. Avant d’en finir avec le règne de Salomon, notons que c’est de cette époque que date la plus ancienne inscription hébraïque actuellement connue - le « calendrier de Gézer » - texte de sept lignes sur les saisons, écrit sur une plaque de calcaire ; sans doute est-ce le même souverain qui, là encore à l’exemple des principaux chefs d’État voisins, chargea ses scribes de mettre par écrit, notamment, les grands faits du règne ainsi que les traditions qu’Israël avait conservées, mais aussi, après les avoir adaptées en particulier à la théologie d’Israël, diverses traditions sur les « origines » transmises dans les écoles de scribes d’Égypte, des cités-États de Canaan ou de Phénicie : la rédaction de la Bible était ainsi commencée, mais précisons, aussitôt, qu’aucun vestige d’une version d’écrits bibliques remontant à l’époque monarchique n’a encore été découvert.

Salomon mort, son fils Roboam fut accepté d’emblée comme roi par les Judéens ; quant aux tribus du Nord, elles mirent comme condition à leur accord l’allégement des taxes et des corvées qui leur étaient imposées. Le refus de Roboam provoqua la rupture de l’unité du royaume. Au Sud, Roboam régna sur le « Royaume de Juda », comprenant Jérusalem, le territoire de la tribu de Juda et d’une partie de celle de Benjamin ; au Nord, Jéroboam régna sur le « Royaume d’Israël » qui était constitué par tout le reste du pays. Mais, tandis que dans le royaume du Nord, aucune famille ne resta longtemps sur le trône, en Juda la succession davidique ne fut jamais contestée. Jéroboam choisit comme capitale Tirsa (Tell el-Farah, au nord-est de Sichem). Alors le pharaon Shéshonq 1 er exécute un raid en Palestine, rançonnant Jérusalem ; mais la situation de l’Égypte ne lui permet pas de rétablir son protectorat sur la région syro-palestinienne qui va connaître une période d’agitation confuse : le conflit permanent entre les deux royaumes de Palestine et les révolutions de palais qui se succèdent dans le royaume d’Israël jusqu’à l’avènement d’Omri, en 885, favorisent les tentatives que font Édomites, Ammonites, Philistins et, un peu plus tard il est vrai, Moabites, pour recouvrer leur indépendance ; on voit, tour à tour, Juda s’allier contre Israël aux Araméens de Damas, et Israël s’allier contre ceux-ci aux Judéens. Signalons qu’entre-temps Omri a fondé Samarie pour en faire la capitale du royaume d’Israël. Le retour en force de l’Assyrie, sur la scène du Proche-Orient, va modifier la situation.

Attaquant le roi de Damas, l’Assyrie voit s’opposer à elle une coalition groupant les forces des royaumes araméens, et aussi des contingents envoyés par le roi d’Israël Achab et le pharaon Osorkon II ; la bataille, en 853, fut indécise. La guerre reprenant entre Araméens et Israélites, Jéhu, le chef des armées israélites, renverse la dynastie d’Omri (841), et paie tribut aux Assyriens ; les Araméens feront alors subir un long siège à Samarie, mais, au début du VIIIe siècle, ils cesseront de représenter un danger pour Israël. C’est alors que le petit-fils de Jéhu, Joas, victorieux du roi de Juda Amasias, fit abattre, sur une longueur d’environ 200 m, le mur de Jérusalem protégeant, du côté du nord, le quartier de la ville qui, au-delà de la vallée du Tyropéon, s’était développé sur la colline occidentale.

Sous le long règne de Jéroboam II (783-743), Israël étend de nouveau son influence de Hamat au golfe d’Aqaba, pendant qu’en Juda, Ozias (781-740), connu également sous le nom d’Azarias, ayant reconstruit et rendu plus forte la partie de la muraille de Jérusalem qui avait été démolie au temps de son père, s’efforce de rétablir des relations commerciales, par la mer Rouge, avec Ophir. En ce temps de prospérité économique, les différences sociales s’accusent ; le prophète Amos se lève pour condamner le relâchement moral et religieux des Israélites. Quand Téglat-Phalasar III devient roi d’Assyrie, en 745, celle-ci se trouve en état de reprendre son action en Syrie ; Israël lui paie tribut. Mais, bientôt, Damas et Samarie s’associent à Tyr et à Gaza contre l’Assyrie, menaçant de détrôner et assiégeant dans Jérusalem (734) Achaz de Juda qui refuse de prendre part à cette coalition. Malgré le prophète Isaïe, Achaz se reconnaît le vassal de l’Assyrie et demande son aide. L’Assyrie l’emporte sur ses adversaires, annexe la Syrie, la Transjordanie, la Galilée et la région côtière autour de Dor, et en déporte une partie des habitants ; le roi d’Israël est assassiné par un partisan des Assyriens qui s’empare du trône. Sous le règne de Salmanasar V (727-722), les Syriens sollicitent l’aide de l’Égypte contre l’Assyrie, et le roi d’Israël, trahissant cette dernière, s’associe à eux. Samarie est assiégée et, au bout de trois ans, doit capituler (décembre 722 ou janvier 721) ; Salmanasar venait de mourir ; Sargon II, qui lui avait succédé, annexe Israël qui sera administré par un gouverneur assyrien, et déporte en haute Mésopotamie l’élite de la population qu’il remplacera par des colons originaires, notamment, de Mésopotamie et de Médie. Juda, où régnait soit Achaz, soit Ézéchias (selon la chronologie retenue), était resté prudemment en dehors du conflit ; cette attitude lui procurera un sursis d’environ 130 ans. Peu après, Sargon triomphe des Égyptiens à Gaza dont il déporte le roi qui était leur allié, et, dix ans plus tard, le commandant des troupes assyriennes enlève Ashdod pour couper court aux intrigues de l’Égypte. À la fin du siècle, Ézéchias, malgré Isaïe, prend part à une coalition soutenue par l’Égypte, et dirigée contre l’Assyrien Sennachérib. Vainqueur des Phéniciens, celui-ci, en 701, envahit le royaume de Juda. Devant cette menace, Ézéchias rebâtit toute la muraille délabrée de Jérusalem en la dotant de tours, et construit un deuxième mur, au nord du précédent, pour protéger l’extension du quartier occidental de la ville dans cette direction ; il fortifie, également, les points faibles de la Cité de David, et améliore le ravitaillement en eau de celle-ci au moyen d’un canal souterrain. Les Égyptiens venus à son secours sont battus, les villes de Juda tombent les unes après les autres, et Jérusalem est assiégée. Mais, finalement, Ézéchias parvient à acheter le départ de Sennachérib, inquiet des événements qui se produisaient du côté de Babylone.

Le pharaon Taharqa ayant poussé les cités phéniciennes à la rébellion contre l’Assyrie, aux prises avec de nombreux adversaires depuis la Médie jusqu’à l’extrémité de l’Asie Mineure, Assarhaddon dévaste Sidon et soumet Tyr, puis, en 671, envahit l’Égypte, brûlant Memphis et transformant les princes locaux en rois vassaux ; son fils et successeur, Assurbanipal, écrase, en Haute-Égypte, un dernier sursaut de Taharqa et de son fils, et saccage Thèbes ; pourtant, vers le milieu du siècle, le roi de Saïs, Psammétique, reconstitue sous son sceptre l’unité de l’Égypte, en prenant soin de ne pas s’immiscer dans les affaires d’Asie pour ne pas provoquer l’intervention de l’Assyrie. Pendant ce temps, à Jérusalem sous le long règne de Manassé (687-642), l’influence de l’Assyrie est si forte qu’on en vient à installer les cultes du vainqueur jusque dans le Temple de Yahweh. Quand Josias (640-609) monte sur le trône de Juda, l’étreinte de l’Assyrie, dont l’autorité sera partout en recul dans les dernières années du règne d’Assurbanipal, commence à se desserrer ; non seulement il élimine de son royaume les cultes assyriens et reprend possession des territoires que Sennachérib avait enlevés à Juda, mais, de plus, tentant de reconquérir toute la Palestine, il parvient à s’emparer d’une grande partie de la province assyrienne de Samarie ainsi que d’une portion du pays philistin ; enfin, à tous ses sujets il impose la réforme religieuse décidée en 622. En 616, l’Égypte, soucieuse de maintenir l’équilibre des forces en Asie, s’allie à l’Assyrie assaillie de toutes parts, et, en 609, le pharaon Néchao décide d’aller lui prêter main forte ; Josias, qui, pour sauvegarder son indépendance, s’était opposé au passage des Égyptiens à travers son royaume, est battu et tué à Megiddo. Égyptiens et Assyriens sont tenus en échec par leurs adversaires ; l’Assyrie disparaît de la scène, et les vainqueurs se partagent la région : la suzeraineté sur la Syrie et la Palestine est attribuée au roi de Babylone Nabopolassar. Mais Néchao a gardé, en fait, le contrôle de la Syrie, et a mis à la tête des États de la région des partisans de l’Égypte, tel le roi Joiaqim (609-598) à Jérusalem. En 605, Nabuchodonosor écrase, sur l’Oronte, les Égyptiens qui vont être contraints de se replier en Égypte. Dans les dernières années de sa vie, Joiaqim, qui - sous la pression de la faction pro-égyptienne, puissante à Jérusalem - a voulu contester la suzeraineté babylonienne, voit son royaume ravagé par des incursions militaires.

Peu après sa mort et l’accession au trône, en 598, de son fils Joiakîn (ou Jéchonias) qui ne régna que trois mois, les Babyloniens viennent assiéger Jérusalem (597) ; le roi se rend : la cité ainsi que le Temple sont pillés, les notables et les artisans qualifiés sont déportés en Babylonie avec le roi qui est remplacé, sur le trône, par son oncle Sédécias (597-587). À l’instigation des pharaons Psammétique II puis Apriès, Sédécias finit par se révolter ; Jérusalem est de nouveau assiégée ; après une diversion provoquée par Apriès, le siège reprend et la ville capitule (587) : pillage et incendie sont accompagnés d’une nouvelle déportation dont sont victimes, notamment, les derniers notables ; la famille royale est massacrée, le roi est ensuite aveuglé et déporté. Un gouverneur judéen, Godolias, est mis à la tête du pays ; des fanatiques l’ayant assassiné, les Judéens, effrayés, émigrent en grand nombre en Égypte, emmenant avec eux le prophète Jérémie. Alors, Juda est rattaché à la province de Samarie. Sous les successeurs de Nabuchodonosor, la condition d’homme libre sera reconnue à Joiakîn, et un rang honorable lui sera attribué à la cour de Babylone.

À l’époque prémonarchique, les deux lieux de culte israélites les plus importants avaient été Gilgal (près de Jéricho), où, selon la Bible, Josué, après la traversée du Jourdain, avait fait dresser un cercle de douze pierres, et Silo, qui abritait l’Arche d’Alliance. Peu à peu, le culte de Yahweh avait supplanté, dans nombre de sanctuaires cananéens, celui de Baal, le dieu des Hébreux y héritant d’une grande partie des attributs du dieu local. Le transfert, effectué par David, de l’Arche d’Alliance dans sa capitale, Jérusalem, fit de cette ville, on l’a vu, la capitale religieuse du royaume, caractère qui fut encore accentué lorsque Salomon y eut fait construire le Temple. Le plan de celui-ci, dont aucun vestige n’a encore été découvert, n’est connu que par la Bible ; il semble qu’il ait rappelé (cf. supra, le « Bronze récent ») celui de temples cananéens. Orienté d’est en ouest, il était essentiellement constitué par trois salles disposées en enfilade : le vestibule, dont l’entrée était flanquée de deux colonnes, le « Saint » et le « Saint des Saints » dans lequel se trouvait l’Arche d’Alliance.

Selon la Bible, également, le sacerdoce y était réservé aux membres de la tribu de Lévi ; ceux d’entre eux qui descendaient d’Aaron - le frère de Moïse, que, au Sinaï, Yahweh avait désigné pour exercer, et ses descendants après lui, le sacerdoce au milieu du Peuple élu - étaient prêtres, ayant à leur tête les fils de Sadoq (c’est-à-dire les descendants de celui qui, au temps de David, avait été le chef des prêtres de Jérusalem) ; les autres, les lévites, les assistaient dans leurs fonctions. Il semble que, parmi ces lévites, il faille compter d’anciens prêtres, ou leurs descendants, des sanctuaires israélites autres que celui de Jérusalem ; à la suite de la centralisation religieuse ordonnée en faveur du Temple de Jérusalem, ce sacerdoce provincial aurait été contraint de se joindre à celui du Temple, où un rôle subalterne lui aurait été attribué. Lorsque, à la mort de Salomon, les tribus du Nord se séparèrent de celle de Juda, elles n’abandonnèrent pas, pour autant, le culte de Yahweh. Mais, pour mettre fin à l’emprise que le Temple de Jérusalem - la capitale du roi de Juda - pouvait exercer sur ses sujets, Jéroboam décida d’ériger, aux deux extrémités de son royaume, deux lieux de culte israélites en sanctuaires officiels : Dan, au nord, Béthel au sud ; la rupture politique se doublait, ainsi, d’un schisme religieux.

Les taureaux (et non pas les veaux, comme les appelle la Bible) d’or qui furent placés dans ces sanctuaires n’étaient pas des idoles, mais, tels les Chérubins de l’Arche d’Alliance, ils devaient servir de piédestal à Yahweh ; pourtant, le taureau était trop associé, dans tout le Proche-Orient, au dieu de l’orage, pour que, par son intermédiaire, de graves contaminations religieuses ne se produisent pas. Sous le règne d’Achab, auquel son père, Omri, avait fait épouser Jézabel, fille du roi de Tyr, la reine introduisit le culte de Baal dans le royaume d’Israël ; la réaction yahwiste y fut conduite par le prophète Élie, mais ce sera seulement Jéhu qui, après son coup d’État, démolira le sanctuaire de Baal édifié à Samarie, exterminant les prêtres et les fidèles de ce dieu. Quand les Assyriens eurent pris Samarie et remplacé une partie de la population du royaume d’Israël par des étrangers, ceux-ci introduisirent leurs propres cultes dans le pays, considérant Yahweh seulement comme une divinité locale ; les Israélites qui étaient restés sur place furent donc noyés, en quelque sorte, dans ce syncrétisme religieux. Dans le royaume de Juda, où Joram, fils de Josaphat, avait épousé Athalie, fille du roi d’Israël Achab, non seulement le culte de Baal fut autorisé sous le règne de Joram, mais, de plus, lorsque après la mort de son mari, puis de son fils Ochozias, elle eut pris le pouvoir ; Athalie donna refuge aux fidèles de ce dieu qui fuyaient Israël pour échapper à Jéhu, et fit construire, à Jérusalem, un temple pour Baal.

Le clergé yahwiste ayant organisé une révolte et fait tuer Athalie, le successeur de celle-ci, Joas, fils d’Ochozias, qui avait été caché et élevé dans le Temple de Yahweh, élimina de Jérusalem le culte de Baal. Un peu plus tard, Achaz, subissant l’influence politique et religieuse de l’Assyrie, se laissa aller à un certain syncrétisme religieux. Son fils Ézéchias, sous la pression des prophètes Isaïe et Michée, restaura le pur yahwisme et tenta de supprimer les sanctuaires provinciaux (cananéens et yahwistes). Enfin, après que sous Manassé, fils d’Ézéchias, les cultes assyriens eurent été installés dans le Temple de Yahweh - ce qui, par contrecoup, fut, pour la religion cananéenne populaire, l’occasion d’un nouvel essor -, Josias, on l’a vu ci-dessus, élimina de son royaume tous les cultes étrangers, puis, à la suite de la prétendue découverte dans le Temple du « Livre de la Loi » - probablement, en réalité, le recueil de préceptes traditionnels dans le royaume du Nord, que des lévites, ayant fui le pays en 721, auraient transmis à leurs collègues de Jérusalem et qui se trouveraient consignés dans le Deutéronome -, décida, en 622, d’opérer une profonde purification des pratiques religieuses, détruisant les sanctuaires provinciaux et rassemblant les prêtres de Yahweh à Jérusalem.

Parmi ces sanctuaires, il faut sans doute compter celui de Lakish qui date du X° siècle, et celui d’Arad qui, remontant au milieu du même siècle, est le plus ancien temple israélite découvert jusqu’ici ; à propos de ce dernier, on remarquera, d’une part, que son orientation et son plan en trois parties, notamment, sont identiques à ceux que la Bible attribue au Temple édifié à Jérusalem par Salomon, et, d’autre part, que, selon toute vraisemblance, son autel cessa d’être en service sous le règne d’Ézéchias, et ses murs furent abattus sous celui de Josias ; d’après les allusions contenues dans la Bible, il semblerait que l’action de Josias contre ces sanctuaires se soit étendue jusqu’à Beershéba, où, justement, des indices archéologiques de l’existence d’un temple, à l’époque monarchique, en cette ville ont été fournis, à partir de 1970, par les campagnes de fouilles conduites sur ce site. La mort tragique de Josias mit un terme à la réforme religieuse ; il faudra maintenant, malgré les objurgations du prophète Jérémie, attendre les épreuves de l’Exil pour que se manifeste un renouveau de la religion nationale. Il convient de souligner, à ce propos, que, jusqu’à ce moment-là, cette religion repose sur un hénothéisme ou une monolâtrie qu’il ne faut pas confondre avec le monothéisme : si Yahweh est le dieu unique du Peuple élu, les autres peuples ont aussi leurs dieux ; ce qui, pour les yahwistes, est inadmissible, c’est que ces autres dieux viennent empiéter sur le domaine réservé à Yahweh.

À partir de l’Exil, les Juifs, sous l’influence des prophètes, auront de plus en plus tendance à considérer Yahweh non seulement comme le dieu supérieur à tous les autres dieux, mais même, dans une perspective universaliste, comme le Dieu unique - parvenant, ainsi, à une conception monothéiste de la divinité.

Le territoire du royaume de Juda, qui, administrativement, avait été rattaché à la province de Samarie après le meurtre de son gouverneur judéen, ne fut pas repeuplé par des colons comme l’avait été celui du royaume d’Israël. Mais les vides causés par la guerre et ses suites (massacres, déportations, fuite en Égypte) furent comblés par les peuples voisins : Édomites, Ammonites et Moabites ; ils occupèrent notamment le sud du pays jusqu’à mi-chemin entre Hébron et Bethléem, Hébron ne devant être repris qu’au début de la révolte des Machabées. Quant aux indigènes, ils se composaient surtout de petites gens, parmi lesquels le petit peuple des campagnes était le plus nombreux.

La prise de Babylone par ses troupes, en 539, permit au Perse Cyrus de mettre fin à l’empire chaldéen ou néo-babylonien. Tolérant, Cyrus protégea officiellement, dans chacun des pays constituant son empire, la religion locale. C’est ainsi que, dès la première année de son règne à Babylone (538), il autorisa par un édit, selon la Bible, les Juifs à retourner dans leur pays et à restaurer le Temple de Jérusalem - leur restituant les objets du culte qui y avaient été pris. La suite des événements est assez confuse dans la Bible. Il semble que deux caravanes de rapatriés aient quitté la Mésopotamie, l’une aussitôt après l’Édit de Cyrus, l’autre (vers 520) sous Darius Ier ; toutes les deux auraient été conduites par un prince de la maison de David, la première par Sheshbassar, la seconde par Zorobabel accompagné du prêtre Josué ; deux autres membres de la communauté judéenne de l’Exil, le scribe Esdras et Néhémie, échanson du roi de Perse, auraient joué un grand rôle dans la restauration nationale et religieuse en Juda, que se serait efforcée d’entraver l’aristocratie samaritaine - Juda dépendant toujours de Samarie - craignant d’être supplantée, sur place, par les notables judéens revenus dans leur pays après cinquante ans d’exil. L’autel des sacrifices aurait été restauré dès 538, et les travaux de reconstruction du Temple auraient commencé aussitôt. Mais les Samaritains, intervenant auprès du roi de Perse, seraient parvenus à faire arrêter ces travaux, jusqu’à ce que Darius Ier ait confirmé l’Édit de Cyrus. Le « Second Temple » est alors construit (520-515), et il semble qu’à Jérusalem certains aient songé à une restauration de la monarchie davidique. La remise en état des remparts fut l’occasion de nouvelles difficultés avec les Samaritains et les autres peuples voisins ; elle aurait été réalisée, en 445, sous la direction de Néhémie qui, profitant de ses fonctions auprès du roi, aurait obtenu d’Artaxerxès Ier l’autorisation de cette remise en état, en même temps que le titre de gouverneur de Juda. La Judée aurait donc recouvré, alors, son indépendance administrative à l’égard de la Samarie - ses gouverneurs successifs ayant vraisemblablement été juifs. Une partie non négligeable des exilés ayant préféré rester en Mésopotamie, se contentant d’aider financièrement ceux qui étaient rapatriés, des mesures auraient été prises afin que Jérusalem fût repeuplée par une partie des habitants de la province. Enfin, une réforme religieuse, dont Esdras aurait été l’artisan principal, imposa au pays un yahwisme intransigeant, reposant, notamment, sur l’interdiction des mariages mixtes. Préparé par les longues méditations auxquelles, s’était livrée la communauté judéenne de l’Exil, ce renouveau religieux marqua la naissance du Judaïsme.

Pendant toute cette période, les rois de Perse eurent souvent intérêt, quand leur attention était retenue ailleurs, à se concilier les bonnes grâces des Judéens dont le territoire, constituant la partie méridionale de la satrapie de Transeuphratène, se trouvait aux frontières de l’Égypte. En effet, si celle-ci fit, plusieurs fois, partie de l’Empire perse, elle secoua à différentes reprises le joug qui pesait sur elle ; au pied des collines de Judée, ce fut un va-et-vient des armées perses. En 525, Cambyse s’empare de l’Égypte ; celle-ci s’étant révoltée à la fin du règne de Darius 1 er , Xerxès, son successeur, ravage le Delta en 484 ; en 460, l’Égypte se soulève de nouveau, et ce n’est qu’en 454 qu’Artaxerxès 1 er y rétablit son autorité - un dynaste local se maintenant même dans le Delta jusqu’en 449 ; enfin, autour de l’an 400, le Delta puis toute l’Égypte échappent à l’autorité de la Perse. Artaxerxès II échoue dans ses tentatives de reconquête de l’Égypte, en 390 et 373 ; en 360, l’Égypte contre-attaque, mais est arrêtée dans son action par une révolution de palais ; Artaxerxès III, après avoir écrasé une révolte des satrapes de Syrie et d’Asie Mineure, ne parvient pas à envahir l’Égypte en 351, mais est plus heureux en 343 : jusqu’en 333, l’Égypte fera de nouveau partie de l’Empire perse.

Notons que la langue officielle adoptée par les souverains achéménides, à la suite de l’administration babylonienne, était l’araméen ; celui-ci fut donc utilisé dans tout l’Empire perse, et, en Judée, il prit une importance de plus en plus grande au détriment de l’hébreu.

Quant à Hérode, qui a réussi à échapper à ses adversaires et à mettre les siens à l’abri en Idumée ou à Massada sous la garde de son jeune frère Josèphe, il s’embarque pour Rome où le Sénat lui confère la royauté à la fin de l’année 40. De 39 à 37, Hérode dispute son royaume à Antigone ; en 38, son frère Josèphe est tué dans un combat près de Jéricho ; en 37, pendant qu’il assiège Jérusalem, il épouse Mariammè : en s’alliant à une héritière du trône asmonéen, il se crée des droits à la succession, supprime, en même temps, une compétition éventuelle et se judaïse davantage aux yeux du peuple. Enfin, avec l’aide de légions romaines, Hérode s’empare de Jérusalem, devenant, ainsi, effectivement roi (37-4) ; à grand peine, il empêche la profanation du Temple et le pillage complet de la ville. Antigone, prisonnier des Romains, sera décapité sur l’ordre d’Antoine. Hérode, qui ne peut pas prétendre en exercer lui-même la fonction, choisit d’abord comme grand prêtre un membre obscur du sacerdoce ; mais, sous la pression de sa belle-mère, qui a intéressé à sa cause Cléopâtre et Antoine, il nomme ensuite grand prêtre le jeune frère de sa femme Mariammè.

Les prétentions de sa belle-famille asmonéenne et les rivalités entre ses fils nés de mariages successifs engendrèrent des intrigues sans cesse renaissantes qui conduisirent Hérode, croyant avoir affaire à autant de complots dirigés contre lui, à faire exécuter, les uns après les autres, non seulement son jeune beau-frère grand prêtre, le vieil Hyrcan revenu à Jérusalem, son épouse asmonéenne ainsi que la mère et les deux fils (nés de lui-même) de celle-ci, mais aussi Antipater, le fils né de sa première femme, et nombre d’autres membres de sa famille ou de sa cour. Hérode, surnommé « le Grand », était considéré par les Romains comme rex socius, roi allié ; s’il dépendait de Rome en matière de politique étrangère et était tenu de lui fournir des troupes en cas de besoin, il possédait, cependant, une réelle autonomie, et était exempt de tribut.

Aussi remarquable comme général que comme diplomate, s’appuyant sur une solide armée composée essentiellement de mercenaires, Hérode, à la fin de sa vie, règne sur un royaume qui comprend, d’une part, toute la Palestine située au nord d’une ligne atteignant la mer Morte entre Massada et Sodome, exception faite d’Ascalon et du littoral méditerranéen se trouvant au nord de Césarée, ainsi que de Beth-Shéan/Scythopolis, la capitale de la Décapole, et, d’autre part, de vastes territoires en Transjordanie, depuis Machéronte et le milieu de la rive orientale de la mer Morte au sud, jusqu’à Panéas et aux sources du Jourdain au nord, exception faite de la Décapole. Bon administrateur, il fait, notamment, construire des aqueducs et aménager un système d’irrigation qui permet d’obtenir de meilleures récoltes ; par ailleurs, grâce à l’accroissement de l’étendue du royaume et au contact direct de celui-ci avec la mer, il peut développer son commerce terrestre et maritime, veillant, en particulier, à perfectionner l’aménagement des ports. Sous le règne de ce grand bâtisseur, les villes qui, telles Jérusalem, Jéricho, Samarie, Césarée, ainsi que d’autres cités du littoral méditerranéen et de la Décapole, sont reconstruites ou dotées de monuments, témoignent de l’amour d’Hérode pour la civilisation hellénistique : gymnases, théâtres et stades surgissent partout ; de plus, dans celles de ces villes qui sont hellénisées, le roi des Juifs élève des temples à l’empereur romain pour lui témoigner sa reconnaissance, allant jusqu’à donner le nom ou le surnom de celui-ci à certaines d’entre elles (ainsi, Samarie devient « Sébaste », et la Tour de Straton « Césarée »).

À Jérusalem, qui reçoit également théâtre, amphithéâtre et hippodrome, Hérode construit, sur la colline occidentale, un palais pour lui-même, et, à l’angle nord-ouest de l’esplanade du Temple, pour surveiller celui-ci, la forteresse appelée « Antonia » qui succède à celle que les Asmonéens y avaient édifiée. En 20, il décide de bâtir, à la place du modeste Temple que les Juifs ont érigé au retour de l’Exil, un Temple comparable, par sa richesse et sa majesté, aux plus beaux monuments de l’époque ; le travail commença au début de l’année suivante, et le sanctuaire fut livré au culte vers le milieu de l’an 18 ; la dédicace de l’ensemble eut lieu vers l’an 10 avant J.-C., mais les travaux ne furent terminés que vers l’an 64 après J.-C., quelques années seulement avant la Première Révolte juive au cours de laquelle ce magnifique ouvrage - le « Troisième Temple », donc, et non pas le « Second » - allait être détruit. À Hébron, au-dessus de la grotte de Makpélah - endroit que, selon la Bible, Abraham aurait acheté pour qu’il serve de tombeau à sa famille -, Hérode édifie le sanctuaire, dont subsistent des assises imposantes, de pierres remarquablement taillées, dans le monument auquel les Arabes ont donné le nom de Haram el-Khalil. Signalons, encore, une prouesse architecturale : l’aménagement, à toutes fins utiles, du rocher de Massada et de la colline de l’Hérodium (au sud-est de Bethléem) en palais-forteresses, et notons que dans leurs ruines ont été, notamment, découverts les vestiges des deux plus anciennes synagogues, actuellement connues, de Palestine - celle de Massada remontant vraisemblablement, dans son premier état, au règne d’Hérode le Grand, et celle de l’Hérodium datant sans doute de la Première Révolte juive (66-70 apr. J.-C.) - Synagogues dont la façade est tournée vers l’Orient.

C’est à l’Hérodium qu’Hérode aurait été enseveli. Malgré, et souvent à cause de ses réalisations, Hérode fut détesté des Juifs qui lui reprochaient son origine étrangère, sa servilité à l’égard de Rome, ses sympathies affichées pour l’hellénisme païen et son despotisme brutal. Il se pourrait que, quelques années avant la mort d’Hérode, dans le royaume de celui-ci, comme dans tout l’Empire romain, aient eu lieu des opérations de recensement ; suivant le IIIe Évangile (l’« Évangile selon saint Luc »), ce serait dans ces circonstances que Jésus serait né à Bethléem, car c’est là que Joseph - parce qu’il aurait été un descendant du roi David, lui-même de Bethléem - aurait dû aller se faire recenser avec les siens ; rappelons que le départ de l’« ère chrétienne », tel qu’au VI° siècle il a été établi par Denys le Petit, résulterait d’un faux calcul. À peine terminées les funérailles de son père, Archélaüs doit réprimer une sédition organisée à Jérusalem, par les plus intransigeants des docteurs de la Loi, à l’occasion de la fête de Pâque de l’an 4 avant J.-C. Puis il part pour Rome afin de défendre devant l’empereur ses droits à l’héritage de son père, que lui contestaient et son frère Antipas et une délégation juive venue demander l’abolition de la royauté en Judée. Alors, le zèle intempestif de fonctionnaires romains, venus mettre sous scellés les biens du roi défunt, déclenche une nouvelle émeute à Jérusalem, lors de la fête de la Pentecôte de la même année ; les portiques du Temple sont ravagés par les flammes, et le trésor de celui-ci est dérobé par les Romains ; d’autre part, de nombreux prétendants à la royauté surgissent de partout. Le légat de Syrie, Varus, doit intervenir pour rétablir l’ordre : d’où le nom de « Guerre de Varus » qui est donné à ces événements.

Le régime procuratorien, instauré en Judée, Samarie et Idumée après la destitution d’Archélaüs, en 6 de notre ère, devait durer soixante ans, jusqu’à la Première Révolte juive, avec une brève interruption de 41 à 44, années pendant lesquelles Agrippa régnera sur ces territoires. Ceux-ci constituent, pour l’heure, une province administrée par un procurateur-préfet romain qui est pourvu d’un commandement militaire et d’une juridiction autonome ; toutefois, ce procurateur se trouve placé dans une certaine dépendance à l’égard du légat gouvernant la province de Syrie. Résidant d’ordinaire à Césarée, il ne séjourne à Jérusalem que pendant les fêtes juives afin de veiller à ce que celles-ci ne dégénèrent pas en émeutes ; mais une garnison romaine est installée à demeure à Jérusalem. Les Juifs sont dispensés du service des armes. Par respect pour leurs conceptions religieuses, qui les rendent hostiles aux « images », les troupes romaines n’arborent pas leurs enseignes dans la capitale juive, et les ateliers monétaires de la province frappent des monnaies de cuivre portant des motifs anodins. Seule ingérence de Rome dans les affaires religieuses juives : le procurateur, comme avant lui les Hérodes, nomme et peut déposer le grand prêtre. Les tribunaux juifs, en particulier le Sanhédrin, continuent à rendre la justice selon leur droit propre, sous la réserve que toute condamnation à mort doit être ratifiée par le procurateur avant de devenir exécutoire. Les impôts directs sont perçus par des fonctionnaires romains, qui sont souvent, d’ailleurs, des indigènes ; quant aux impôts indirects, ils sont affermés à des particuliers qui en assurent la perception. Selon Flavius Josèphe, afin d’organiser la perception des impôts directs, il aurait été procédé à un recensement dans cette province lors de sa constitution ; Cette opération, qu’aurait dirigé Quirinius, alors légat de Syrie, aurait provoqué un mouvement séditieux au cours duquel les « Zélotes » se seraient distingués par leur intransigeance.

Parmi les procurateurs qui se succédèrent à la tête de cette province jusqu’en 41, Ponce Pilate (26-36) est particulièrement célèbre pour avoir été associé, dans les Évangiles, à la « Passion » et à la mort de Jésus ; par ailleurs, il est connu pour ses actes provocateurs à l’égard des sentiments religieux des Juifs de Jérusalem ; un massacre de Samaritains, qu’il avait ordonné, causa sa perte : le légat de Syrie le suspendit de son office et l’envoya à Rome rendre des comptes, d’une part, et, d’autre part, accorda que le vêtement du grand prêtre juif fût placé dans le Temple de Jérusalem sous la garde des prêtres. Notons, encore, qu’en 39, à la suite de la destruction par les Juifs d’un autel qui avait été élevé, dans la ville de Jamnia, à l’empereur Caligula, celui-ci ordonna d’ériger sa statue dans le Temple de Jérusalem ; grâce au légat de Syrie et à Agrippa, l’affaire traîna en longueur, et l’assassinat de Caligula, en 41, vint y mettre un terme.

Favori des empereurs Caligula et Claude, Agrippa, petit-fils d’Hérode le Grand et de Mariammè, reçoit, successivement : de Caligula, en 37, le territoire de l’ancienne tétrarchie de Philippe ainsi que l’Abilène (région située entre Damas et l’Anti-Liban) avec le titre de roi, puis, en 39, le territoire de la tétrarchie d’Hérode Antipas qui vient d’être exilé ; de Claude, en 41, le territoire de l’ancienne ethnarchie d’Hérode Archélaüs. De 41 à 44, le roi Agrippa Ier règne donc sur un territoire correspondant presque exactement à celui qui constituait le royaume d’Hérode le Grand ; de plus, la région de Chalcis (entre le Liban et l’Anti-Liban) est donnée, par Claude, avec le titre de roi au frère d’Agrippa, Hérode de Chalcis (41-48). Le court règne d’Agrippa 1 er fut paisible et prospère. Bien que favorable à l’hellénisme, il respecta les scrupules religieux des Juifs, et donna des gages aux Pharisiens - ne serait-ce qu’en persécutant les Chrétiens.

Il entreprit, la mort l’ayant empêché d’achever son œuvre, de doter Jérusalem d’un troisième mur destiné à protéger les quartiers de la ville qui s’étaient développés au nord du mur construit par Ézéchias (probablement en 701 av. J.-C.) et remis en état par Néhémie (peut-être en 445 av. J.-C.) ; notons que les résultats des fouilles faites de novembre 1964 à septembre 1966 devant l’actuelle porte de Damas invitent à penser qu’en cet endroit le rempart - qui a été édifié au XVIe siècle par Soliman le Magnifique - a comme fondations la ligne originelle du mur d’Agrippa, qu’avait reprise Hadrien lors de la construction d’Aelia Capitolina aussitôt après la Seconde Révolte juive. À la mort d’Agrippa 1 er , l’empereur Claude refusa d’accorder au fils du défunt, qui portait aussi le nom d’Agrippa, la succession de son père, prétextant qu’il était trop jeune ; par contre, il lui accorda, quatre ans plus tard, celle de son oncle et beau-frère Hérode de Chalcis : roi de Chalcis de 48 à 53, Hérode Agrippa II fut nommé par Claude, en 49, inspecteur du Temple, avec droit de désigner le grand prêtre ; puis Claude lui donna, en échange du territoire de Chalcis, celui de l’ancienne tétrarchie de Philippe ainsi que l’Abilène (53-95) ; enfin, en 55, Néron ajouta au lot d’Agrippa II une partie de l’ancienne tétrarchie d’Antipas. Agrippa II ne fut pas directement concerné, sauf pour une petite partie de son territoire, par l’insurrection de 66 ; après s’être efforcé, en vain, d’apaiser les uns et les autres, il resta l’allié fidèle des Romains. Avec lui s’éteignit la dynastie hérodienne.

À la mort d’Agrippa 1 er en 44, l’empereur Claude fait donc du royaume du défunt une province administrée par un procurateur romain ; pourtant, en 45, il confie aux prêtres de Jérusalem la garde du vêtement du grand prêtre et nomme le roi Hérode de Chalcis inspecteur du Temple avec droit de désigner le grand prêtre (fonction et droit dont héritera, avec son royaume, Agrippa II - on vient de le voir). Bientôt, les incidents se multiplièrent, en Palestine, entre Juifs et Romains. Si Agrippa II tentait d’apaiser les esprits, les Zélotes, quant à eux, ils excitaient la population contre l’occupant romain, et tous les étrangers résidant en Palestine.

« Première Révolte juive » (66-70). Une tentative de médiation d’Agrippa II, soutenue par les notables tant prêtres que pharisiens, échoue. Les sacrifices pour l’empereur sont supprimés, le grand prêtre est tué par les émeutiers, les garnisons romaines de Massada et de Jérusalem sont massacrées, et les insurgés proclament l’indépendance de l’État juif ; la petite communauté chrétienne de Jérusalem aurait alors quitté la ville pour se réfugier à Pella, en Transjordanie. En 67, Vespasien est chargé, par l’empereur Néron, d’écraser la révolte ; après s’être emparé de la Galilée, faisant prisonnier son gouverneur « révolutionnaire » Flavius Josèphe, il s’apprête à marcher sur la Judée quand il apprend la mort de Néron, en 68. En 68-69, pendant que les compétiteurs se disputent l’Empire, les opérations militaires subissent une accalmie en Palestine ; à Jérusalem, les Juifs des factions rivales ont donc tout le loisir de se massacrer entre eux. Proclamé empereur en 69, Vespasien confie à son fils Titus la mission de mener à leur terme les opérations en Palestine : après plusieurs mois de siège, en 70, Jérusalem est prise, son Temple incendié ; les Juifs sont, en masse, vendus comme esclaves ; les forteresses tombent les unes après les autres, la dernière, Massada, en 73.

Le pays devient une province, indépendante de celle de Syrie, gouvernée par un légat ; une légion est cantonnée dans les ruines de Jérusalem ; Césarée, résidence du gouverneur, est élevée au rang de colonie ; en 72, à proximité de Sichem, est fondée la ville de Flavia Neapolis (l’actuelle Naplouse).

Le Temple - celui construit par Hérode le Grand, donc, archéologiquement et historiquement, soulignons-le, le troisième Temple - ayant été détruit, la fonction de grand prêtre et le Sanhédrin supprimés, les Juifs survivants se regroupèrent, peu à peu, autour des docteurs de la Loi, d’obédience pharisienne. Jamnia, où Vespasien avait établi des transfuges de Jérusalem, avant le siège de la ville, devint le centre du judaïsme intellectuel et doctrinal dès 70 : un disciple de Hillel, Johanan ben-Zakkaï, y fonda une école de rabbins et y organisa un grand conseil (Beth-dîn) qui prit la suite du Sanhédrin. Mais ce grand conseil, contrairement au Sanhédrin, était composé uniquement de rabbins pharisiens ; ce sont eux qui, dorénavant, dirigeront, seuls, le judaïsme. Une œuvre considérable fut accomplie à Jamnia : c’est là que, vers la fin du Ier siècle de notre ère, le canon juif de la Bible (c’est-à-dire la liste des Écrits dont, selon les Juifs, celle-ci est composée) est fixé ; c’est là, aussi, que le texte consonantique de ces Écrits est établi une fois pour toutes ; c’est là, encore, qu’est décidée la réalisation, pour les Juifs de la Dispersion, d’une traduction en langue grecque de la Bible à partir du canon et du texte hébreu qui viennent d’y être adoptés.

L’empereur Hadrien, venu à Jérusalem en 130, décide de reconstruire la ville sous le nom d’Aelia Capitolina, et d’édifier, à l’emplacement du Temple incendié, un nouveau temple qui serait, quant à lui, dédié à Jupiter Capitolin. Le début des travaux et, sans doute, aussi, l’interdiction de la circoncision au même titre que la castration provoquent un nouveau soulèvement que l’on appelle la « Seconde Révolte juive » (132-135). Celle-ci est dirigée par Simon Bar-Kokheba qui s’intitule « Prince d’Israël » ; le rabbin Aqiba, le prenant pour le Messie, lui apporte son appui ; Bar-Kokheba est aussi soutenu par le prêtre Éléazar, qui était peut-être son oncle, et dont le nom figurera près du sien sur les monnaies frappées après la libération de Jérusalem. Les Romains, dans l’attente de renforts, ayant regroupé leurs forces aux frontières du pays, une grande partie de celui-ci passe sous le contrôle des insurgés. Jérusalem paraît avoir été entre les mains de ces derniers pendant environ deux ans ; il est probable que le culte fut alors restauré dans les ruines du Temple.

Mais, peu à peu, les Romains refoulent leurs adversaires vers les régions accidentées de la Judée : l’Hérodium pourrait avoir servi, à ce moment-là si ce n’est même plus tôt, de quartier général à Bar-Kokheba ; les ruines de Qumrân sont réutilisées. Jérusalem tombe en 134. Finalement, Bittir (à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de la capitale), où Bar-Kokheba et le prêtre Éléazar se seraient repliés et auraient péri, est emporté en 135, et les derniers combattants se terrent dans les grottes presque inaccessibles des berges des oueds du désert de Juda, où, parfois, les Romains viennent les assiéger ; récemment, certaines de ces grottes ont livré quelques-unes des archives de ceux, résistants ou réfugiés, qu’elles avaient alors abrités. La répression fut encore pire qu’en 70 : de nouvelles déportations de Juifs, réduits en esclavage, s’ajoutèrent aux massacres ; le rabbin Aqiba aurait été, lui-même, martyrisé.

Après la Première Révolte, Jérusalem avait non seulement continué à être un lieu de pèlerinages, mais, de plus, avait compté, parmi ses habitants, des Juifs qui y étaient restés ou étaient revenus y vivre, de même, d’ailleurs, que des Judéo-chrétiens (Juifs adeptes du Christianisme), les uns et les autres y ayant synagogues ou église (une petite église, à l’emplacement du Cénacle - endroit où se serait tenue la « Cène », c’est-à-dire le dernier repas que Jésus aurait pris avec ses disciples -, aurait servi de point de rassemblement aux Judéo-chrétiens revenus de Pella à Jérusalem) ; cette fois-ci, Hadrien interdit à tout circoncis l’accès de Jérusalem, qui devient une colonie romaine, la Colonia Aelia Capitolina ; la reconstruction de la cité selon son nouveau plan, arrêtée par la révolte, va, maintenant, être menée à son terme. Et le nom de « Judée » est remplacé par celui de « Palestine », le territoire de cette ancienne province devenant une partie de la nouvelle « province de Syrie-Palestine ».

Au cours de cette dernière époque de la Jérusalem juive, une nouvelle tendance, ou école, est née et s’est développée au sein du Judaïsme, avant d’être rejetée par lui : le Christianisme. La seule source d’informations détaillées que l’on possède sur les débuts de ce mouvement est constituée par l’ensemble d’écrits que les Chrétiens appellent le « Nouveau Testament » - par opposition au nom d’« Ancien Testament » que les Chrétiens donnent à l’ensemble des écrits bibliques juifs (la Bible chrétienne étant composée de ces deux Testaments). Le Nouveau Testament, dont le canon a été fixé, pour l’essentiel, au cours de la seconde moitié du IIe siècle, comprend : les quatre Évangiles, respectivement « selon saint Matthieu », « selon saint Marc », « selon saint Luc », « selon saint Jean », le livre des Actes des Apôtres, l’Apocalypse et vingt et une Épîtres ; d’autres écrits, par exemple divers « Évangiles » et « Actes », qui n’ont pas été retenus dans ce canon, sont considérés par les Chrétiens comme « apocryphes ». Il semble que, si la plupart de ces Épîtres, qui ont été adressées le plus souvent à telle ou telle communauté chrétienne située hors de Palestine, et ont peut-être pour auteur, dans les deux tiers des cas, Paul - un Pharisien converti au Christianisme alors qu’il allait à Damas pour y persécuter les Chrétiens, peu de temps après la mort de Jésus -, peuvent avoir été rédigées entre les années 50 et 60, quelques-unes, comme tous les autres écrits néotestamentaires, ne l’auraient pas été avant les trente dernières années du Ier siècle, selon nombre d’exégètes ; mais, si l’on applique aux écrits néotestamentaires les mêmes critères de datation qu’aux « Écrits intertestamentaires », alors on attribue à tous ceux d’entre eux qui, notamment, ne contiennent aucune allusion à la destruction du Temple de Jérusalem en l’an 70, une date de rédaction antérieure à cet événement.

Le fondateur du Christianisme se serait appelé Jésus (= Josué, transcription déformée d’un mot hébreu qui signifie « Yahweh sauve ») et aurait été surnommé « Christ » (c’est-à-dire « Messie ») ; il serait né, comme on l’a vu ci-dessus, quelques années avant le début de l’ère chrétienne, et aurait été crucifié alors que Ponce Pilate était procurateur, vers l’année 30. Considéré comme le Messie, il aurait révélé la qualité divine de sa nature ; sa mort aurait racheté l’humanité du péché originel commis, selon la Bible, par Adam et Ève. Ayant été, un moment, disciple de Jean-Baptiste qui l’aurait baptisé, il aurait lui-même adopté le baptême comme rite d’entrée dans sa communauté, de participation au salut qu’il était venu apporter. Mettant en garde contre la conception ritualiste des pratiques religieuses, qui attribue à celles-ci une valeur objective, il aurait souligné l’importance des dispositions du cœur et de l’esprit. Les récompenses destinées aux justes sont, elles aussi, spiritualisées ; la « Terre promise », la Jérusalem future, le « Paradis », c’est dans les cieux qu’ils se trouvent ; Et c’est là que les justes en jouiront, comme le croyait déjà, mais dans une perspective moins universaliste, l’auteur du Testament de Moïse - pseudépigraphe de l’Ancien Testament, généralement appelé, à tort, Assomption de Moïse, composé par un Essénien entre les années 7 et 30 de notre ère.

Il n’est donc plus question de nationalisme juif, ni de guerre sainte : revenant à la fin des temps, avec tout l’appareil de la gloire et de la puissance divines, pour juger les hommes, c’est Jésus-Christ qui donnera leur récompense céleste à tous ceux qui auront obéi à ses commandements, en les faisant entrer dans le « Royaume de Dieu » qui est le « Royaume des cieux ». Il est généralement admis, aujourd’hui, que le Christianisme a subi une forte influence de l’Essénisme, notamment sur le plan de l’organisation de la communauté et dans le choix de son calendrier, même si, sur d’autres points, par exemple à propos des observances rituelles et de l’ouverture à l’universalisme, il a pu être en désaccord avec lui. Comme les Esséniens, également, les disciples de Jésus, à la suite de leur maître, furent persécutés par les autorités religieuses juives de leur temps, et eurent leurs martyrs. Pourtant, à Jérusalem et dans toute la Palestine, le nouveau mouvement fit des adeptes qui s’organisèrent en communautés.

Après la Seconde Révolte, les Judéo-chrétiens, circoncis comme les Juifs, furent, comme eux, interdits de séjour à Jérusalem et dans ses environs, sur tout le territoire de la colonie d’Aelia Capitolina : peu à peu, dans cette cité, une communauté de Pagano-chrétiens va se constituer. En Palestine, ce n’est, vraisemblablement, qu’en Galilée et, surtout, à Césarée que subsisteront des communautés de Judéo-chrétiens ; la plus grande partie d’entre eux iront s’établir à l’est du Jourdain, où ils perdront le contact aussi bien avec les autres Chrétiens qu’avec le Judaïsme : du coup, le pont que les Judéo-chrétiens constituaient, entre le Judaïsme et le Christianisme, va se trouver pratiquement coupé, et le Christianisme, cessant d’être un mouvement religieux juif, deviendra une religion de plus en plus étrangère au Judaïsme.

Dans la Palestine qui sort meurtrie, dépeuplée et asservie, de ses deux révoltes successives, la vie est, alors, comme mise en veilleuse. Pourtant, la communauté pagano-chrétienne va se développer lentement, en butte à l’hostilité des Juifs et, bientôt, aux persécutions des Romains, pendant que les Juifs, qui ont fondé des écoles rabbiniques dans plusieurs villes de Palestine, poursuivront, à partir du travail accompli depuis 70 à Jamnia, leur œuvre de restructuration et d’organisation du Judaïsme. Le centre intellectuel et les cadres rabbiniques du Judaïsme se transporteront de Jamnia à Usha (Galilée), et les successeurs de Johanan ben-Zakkaï porteront, jusqu’en 425, le titre, devenu héréditaire, de « patriarche » : chefs spirituels du Judaïsme dans tout l’Empire romain, ils seront considérés, par Rome, comme les représentants qualifiés des Juifs ; c’est finalement Tibériade qui deviendra le siège permanent du Patriarcat. L’empereur Antonin ne fit pas qu’autoriser les survivants de Jamnia à s’installer à Usha, il permit de pratiquer la circoncision sur les Juifs de naissance, mais sur eux seuls.

Au cours de cette époque va se constituer, à l’initiative ou sous la responsabilité des autorités rabbiniques, une abondante littérature juive ; les principaux ouvrages qui la composent sont : la Mishna (recueil de règles de conduite élaboré, pour l’essentiel, à l’initiative du patriarche Juda 1 er , dit « le Prince » ou « le Saint », mort en 217), la Tosephta (complément de la Mishna), la Gemara (commentaire de la Mishna), le Talmud (ensemble constitué par la réunion de la Mishna et de la Gemara ; il en existe deux recensions : le Talmud de Jérusalem d’origine palestinienne et le Talmud de Babylone, qui furent sans doute terminés, respectivement, vers l’an 400 et vers l’an 500), les Midrashim (commentaires de textes vétérotestamentaires, dont les plus anciens seraient du IIe siècle), les Targums (paraphrases des écrits vétérotestamentaires rédigées, en partie à la même époque que les Talmuds, à partir de matériaux qui peuvent être, parfois, antérieurs à l’ère chrétienne). Les synagogues fleurissent alors en Palestine, spécialement, semble-t-il, en Galilée où les plus anciennes, dont les vestiges ont pu être étudiés, dateraient du III° siècle. Religion reconnue par Rome (religio licita), le judaïsme peut avoir une existence normale. Par contre, le Christianisme, à partir du moment où on le distingue du judaïsme, est considéré comme une religion nouvelle qui, ayant rompu avec les coutumes ancestrales, n’a pas fait l’objet d’une autorisation officielle : il est donc illégal ; telle est donc, estime-t-on généralement, la première base juridique des tracasseries puis des persécutions dont furent victimes les chrétiens. Mais, quand l’empereur romain se sera converti au Christianisme, les situations se trouveront bientôt, en quelque sorte, inversées.

En 613, les Perses de Chosroès II envahissent la Palestine, où Juifs et Samaritains les accueillent avec empressement ; Jérusalem, qui a voulu résister, est prise en 614 : ses habitants sont, en grand nombre, massacrés ou déportés avec leur patriarche, ses sanctuaires livrés aux flammes ; une tradition prétend que seule fut respectée par les Perses la basilique de Bethléem, construite sous Constantin et remaniée sous Justinien, parce que les envahisseurs avaient reconnu leurs ancêtres dans les mages (les Rois mages qui seraient venus adorer l’enfant Jésus dans sa crèche, à Bethléem) qu’une mosaïque du fronton représentait, suivant l’usage, sous le costume mithriaque. Bientôt, les Perses autorisent les Chrétiens à rentrer en possession des églises et monastères dont ils avaient été spoliés, à remettre ceux-ci en état et à exercer librement leur culte. Maîtres de l’Égypte où dominait, comme en Mésopotamie, l’hérésie monophysite (selon laquelle Jésus n’aurait eu qu’une seule nature, la divine, et non pas, également, l’humaine), ils favorisèrent les Chrétiens monophysites qui avaient été persécutés par l’Empire byzantin.

Les Perses évacuent la Palestine en 629, vaincus par l’empereur Héraclius qui ramène lui-même à Jérusalem, en 630, la relique « de la vraie Croix » que les Perses y avaient prise, étant ainsi - à moins qu’il ne faille croire au prétendu pèlerinage de Théodose en 386 - le premier empereur chrétien à se rendre dans la Ville sainte. Puis Héraclius, pour punir les Juifs de leur collaboration avec les Perses, prend contre eux une série de mesures qui en poussent beaucoup à émigrer de Palestine en Perse, en attendant la suite des événements. Ceux-ci se précipitent, en effet. L’année même où Héraclius faisait acclamer la Croix à Jérusalem, Mahomet s’emparait de La Mecque (630), et, au moment où les mesures contre les Juifs sont promulguées, les troupes musulmanes franchissent les frontières méridionales de la Palestine, se répandant dans les campagnes tout en évitant les villes fortifiées (634). La lutte se déplace alors vers le nord, et en 636, après la bataille du Yarmouk, Damas est définitivement occupée ; maintenant, les villes de Palestine vont se rendre les unes après les autres. Négligeant, momentanément, Césarée, les envahisseurs assiègent Jérusalem, qui se trouve coupée de la mer d’où auraient pu venir des secours ; pour épargner à la ville le sort qu’elle a connu en 614, le patriarche négocie, donc, avec le calife Omar, et lui ouvre les portes de Jérusalem en 638 : en échange de leur capitulation, de leur soumission et d’un tribut annuel, les habitants de la ville se voient garantir la vie sauve, la propriété de leurs biens et celle de leurs églises. La prise de Césarée, en 640, marque la fin de la conquête de la Palestine par les armées musulmanes.

La conquête musulmane et les croisades.

Partis des déserts d’Arabie, les conquérants musulmans ; (cf. ISLAM - L’expansion) déferlèrent sur la Palestine. Sous la dynastie des Omeyyades, puis celle des « Abbasides, fut entreprise l’arabisation de la Palestine » qui devint l’une des principales provinces du monde musulman.

La population chrétienne locale se convertit progressivement à l’islam sous la pression des contraintes imposées aux minorités religieuses. À la fin du X° siècle, la Palestine passa sous la domination des Fatimides, mais les croisades remirent en cause les conquêtes de ces califes. En 1100 fut fondé le royaume latin de Jérusalem. La Palestine devint alors un vaste champ de bataille où s’affrontaient la Croix et le Croissant. En définitive, les mamelouks furent les principaux bénéficiaires de l’échec des croisés. Les XIV° et XV° siècles sont considérés comme une époque de ténèbres. La domination des Bahrites (1250-1382) puis des Burdjites (1382-1517) ne fut guère profitable au pays ; celui-ci fut cependant épargné par l’invasion mongole de Tamerlan [cf. TAMERLAN] . Mais il ne put échapper aux querelles frontalières qui opposèrent les troupes turques de Qa‘itbey et de Selim 1 er aux derniers Burdjites. La Palestine fut envahie, en 1516, par les armées turques.

La Palestine ottomane.

L’occupation de la Palestine par les troupes du sultan ottoman Selim 1 er , à l’automne de 1516, n’a constitué à l’origine qu’une étape rapide dans la conquête des pays soumis à l’autorité des sultans mamelouks du Caire : la Syrie, la Palestine, l’Égypte, l’Arabie. Après les victoires remportées sur le shah séfévide d’Iran en 1514, l’entreprise menée par Selim Ier avait plusieurs buts : s’imposer comme le premier, sinon le seul, souverain du Proche-Orient, comme le chef des musulmans sunnites et le maître des cités saintes de l’islam, et enfin contrôler tout le commerce de transit entre l’océan Indien et la mer Méditerranée.

Les habitants de la Palestine n’offrirent aucune résistance, et très vite la province fut confiée à des administrateurs ottomans établis dans les (districts) de Adjlun, Ladjun, Naplouse, Jérusalem, Safad et Ghazza, et dépendant du gouverneur de Damas. Des règlements internes furent édictés pour chacun de ces districts, en vue de fixer les conditions de la vie économique et les charges fiscales de la province. Par la conquête ottomane qui la rattachait indirectement au gouvernement central d’Istanbul, la Palestine se trouvait une fois de plus pratiquement détachée de l’Égypte.

En raison de sa situation géographique, la Palestine connut au XVI° siècle une grande activité commerciale et la ville de Jérusalem continua à être ouverte aux pèlerins, qui devaient toutefois acquitter une taxe d’entrée. Les capitulations accordées à François 1 er par le sultan Soliman le Magnifique confirmèrent la présence de religieux latins (des franciscains) à Jérusalem et reconnurent au roi de France le droit de protéger les chrétiens latins dans l’Empire ; cependant, la prépondérance des religieux grecs n’était pas contestée et ceux-ci s’efforcèrent, dans le courant du XVII° siècle, d’éliminer les franciscains ; mais, en 1690, un firman du sultan restitua aux Latins ce qui leur avait été enlevé : la rivalité entre les communautés chrétiennes devait d’ailleurs être un des éléments de l’agitation en Palestine et, surtout, un des facteurs de l’intervention européenne au XIX° siècle. D’autre part, les Capitulations favorisèrent l’établissement de comptoirs et de colonies marchandes européennes, plus tard de consulats ; les principaux centres furent Saint-Jean-d’Acre et Jaffa, mais le commerce n’y connut jamais un grand développement, bien que les Français, à partir du XVII° siècle, se soient efforcés d’y constituer des bases solides.

À la fin du XVI° et au début du XVII° siècle, la partie septentrionale de la Palestine fut l’un des théâtres d’opérations du chef druze Fakhr al-din, qui obtint, à deux reprises, des gouverneurs ottomans de Damas toute autorité sur les districts de Naplouse et de Adjlun ; mais l’accroissement de sa puissance inquiéta le sultan Murad IV : une expédition triompha de Fakhr al-din, qui fut pris et exécuté peu après à Istanbul (1633-1634). Un peu plus tard, dans l’intention de contrôler plus étroitement les régions agitées, une province nouvelle fut créée, ayant pour centre Sayda et englobant notamment les livas de Safad et de Ladjun. Pendant un siècle, la Palestine vécut paisiblement. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, plusieurs séries de troubles se produisirent : des incidents éclatèrent à Jérusalem entre religieux grecs et franciscains, et ces derniers furent chassés du Saint-Sépulcre en 1757 ; à cette occasion, les Grecs reçurent le soutien de la Russie qui, en 1774, par le traité de Kutchuk-Kaïnardji, obtint le droit de protéger les chrétiens orthodoxes de l’Empire ottoman.

Entre-temps, des chefs locaux (le shaykh Daher notamment) avaient entretenu une agitation, en particulier dans la région de Saint-Jean-d’Acre, en liaison avec les émirs mamelouks d’Égypte (1750-1775). Le sultan confia le soin de rétablir l’autorité gouvernementale à Ahmad Djazzar pacha, qui, outrepassant son rôle, chercha ensuite à se rendre indépendant ; c’est lui qui s’opposa à la pénétration de l’armée de Bonaparte en Palestine : celle-ci, en effet, après avoir pris Jaffa, échoua devant Saint-Jean-d’Acre, ce qui mit fin à l’aventure égyptienne de Bonaparte.

Au XIX° siècle, la Palestine devait être à deux reprises un enjeu politique. La première fois, au moment de la crise survenue entre le gouvernement d’Istanbul et Muhammad Ali d’Égypte : celui-ci avait réclamé pour son fils Ibrahim pacha la cession de la Syrie et de la Palestine en compensation de la Morée, évacuée par les troupes égyptiennes en 1827 ; devant le refus du sultan, Ibrahim pacha occupa les deux provinces au cours de l’été de 1832 ; c’est là un des éléments de la question d’Orient. En dépit du soutien de la France, Muhammad Ali dut finalement s’incliner et abandonner toute prétention sur la Syrie et la Palestine (févr.-juill. 1841). L’autre événement se situe en 1850, lorsque Louis Napoléon Bonaparte, prenant prétexte d’incidents survenus dans l’église de la Nativité à Bethléem, et désireux de s’attirer les suffrages des catholiques français, réclama le droit de protection des Lieux saints, qui était passé discrètement à la Russie en 1808 ; Les contestations qui suivirent aboutirent à la guerre de Crimée (1854-1855) et au traité de Paris (30 mars 1856). L’une des conséquences de ce traité fut le maintien du statu quo ante à propos des Lieux saints, statu quo à nouveau confirmé en 1878 lors du congrès de Berlin. Entre-temps, la partie septentrionale de la Palestine avait une fois de plus subi les contrecoups de la rivalité entre Druzes et maronites ; mais, contrairement à ce qui se passa au Liban, la Palestine ne connut pas de changement dans son statut administratif.

Durant la période qui va de la conquête ottomane à la fin du XX° siècle, la population de la Palestine comprit une majorité de musulmans, une importante minorité de chrétiens, une minorité moins forte de Druzes et un petit nombre de Juifs ; ceux-ci étaient établis dans les villes de la côte et, pour quelques-uns, à Jérusalem. L’expulsion des Juifs d’Espagne, au XVI° siècle, provoqua une immigration juive en Palestine, mais de caractère très limité. À partir de 1880 et surtout de 1897, l’immigration prit un nouvel essor. En effet, en raison des persécutions ou des difficultés auxquelles ils étaient soumis dans les pays d’Europe centrale et orientale, les Juifs de ces pays avaient commencé à s’organiser en vue de créer en d’autres lieux des foyers, où ils pourraient vivre dans des conditions moins dramatiques ; un mouvement d’immigration se constitua dans diverses directions : Europe occidentale, Amérique du Nord, Palestine. L’émigration vers la Palestine fut prise en main par le mouvement sioniste qui, dès 1880, rassembla des capitaux et commença à acheter des terres dans ce pays ; mais, dans le cadre de sa politique panislamiste, le sultan Abdülhamid II ne se montra guère favorable à cette immigration et s’efforça de la limiter, sans toutefois pouvoir s’y opposer efficacement.

Après le congrès de Bâle (août 1897), au cours duquel le mouvement sioniste proclama qu’il souhaitait « l’établissement en Palestine, pour le peuple juif, d’un Foyer garanti par le droit public », l’immigration juive, soutenue discrètement par les grandes puissances occidentales, s’accrut très sensiblement ; il fut même un moment question d’accorder aux Juifs de Palestine un statut comparable à celui des chrétiens du Liban. Un peu plus tard, après 1908, le gouvernement jeune-turc, au sein duquel se trouvaient quelques Juifs ottomans, encouragea, par opposition aux nationalistes arabes, l’immigration juive en Palestine ou, tout au moins, ne fit rien, pour la limiter ; on estime que la population juive de Palestine passa d’environ 20 000 personnes en 1880 à 50 000 en 1900 et 80 000 en 1914.

Un partisan de Kamal Joumblatt (1917-1977), le chef des rebelles druzes vivant dans les montagnes libanaises du Chouf, au sud-est de Beyrouth, en 1958.

Le mandat britannique.

Le destin de la Palestine allait être modifié par la Première Guerre mondiale. L’Empire ottoman, engagé dans la guerre aux côtés des empires centraux, dut faire face à la révolte arabe soutenue par la Grande-Bretagne et subit des revers qui le contraignirent à abandonner toutes ses possessions en pays arabe ; le 9 novembre 1917, les troupes du général Allenby entraient dans Jérusalem, puis occupaient toute la Palestine. Auparavant, en 1915, le haut-commissaire anglais Mac Mahon avait conclu des accords avec le chérif de La Mecque, Husayn, visant à créer dans le Proche-Orient un grand royaume arabe englobant l’Arabie, la Transjordanie, la Syrie, le Liban et l’Irak ; la Palestine devait constituer un territoire séparé. Mais ces accords furent annulés à la fois par la conclusion des accords Sykes-Picot de mai 1916, qui répartissaient entre Français et Anglais les territoires arabes de l’Empire ottoman, et par la déclaration Balfour du 2 novembre 1917, par laquelle le gouvernement britannique « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif ».

Aux conférences de la paix de 1919, les dirigeants du mouvement sioniste proposèrent un plan de découpage de la Palestine qui engloberait, outre la Palestine proprement dite ; le Sud du Liban et de la Syrie et une large bande de terrain à l’est du Jourdain, se prolongeant jusqu’au golfe d’‘Aqaba ; de son côté, la Grande-Bretagne demanda à la Société des nations que lui soit confiée, sous forme de mandat, l’administration de la Palestine ; la Société des nations donna un avis favorable en avril 1920, et le projet britannique, modifié, fut adopté en juillet 1922 ; il entra en application après la signature du traité de Lausanne (juill. 1923) : le territoire confié à la Grande-Bretagne ne comprenait que la région située à l’ouest du Jourdain, la région située à l’est constituant dès lors l’« État de Transjordanie ».

En juillet 1922, une déclaration de Churchill, alors secrétaire d’État aux Colonies, précise que « la Palestine ne sera pas transformée en Foyer national juif, mais que ce Foyer sera fondé en Palestine » ; elle reconnaît pour mission à cette nouvelle entité de droit public « le développement de la communauté juive existante, avec l’aide des Juifs des autres parties du monde, en sorte qu’elle puisse devenir un centre pour lequel le peuple juif dans son ensemble puisse prendre de l’intérêt et de la fierté, pour des raisons de religion et de race » ; elle donne, en outre, diverses assurances aux Arabes en ce qui concerne leur sauvegarde et celle de leur langue et de leur civilisation ; elle affirme, enfin, l’intention de la Grande-Bretagne de poursuivre en Palestine l’établissement d’un gouvernement autonome.

Hussein Husseini, le maire de Jérusalem (troisième à partir de la gauche), remet la reddition de la Ville sainte au sergent britannique Hurcomb, en décembre 1917.

Dès cette époque, certains Arabes, tel le grand mufti de Jérusalem, al-Hadjdj Amin al-Husayni, considérèrent ce Foyer juif comme une menace et créèrent un haut comité arabe pour la Palestine ; d’autres, en revanche, ne voyaient dans les immigrants juifs que des acheteurs, à prix fort, de terres improductives et délaissées par les paysans arabes. Mais, avec la création de l’« Agence juive », lors du congrès du mouvement sioniste à Zurich en 1929, les achats de terres furent intensifiés et portèrent davantage sur les terres plus riches de la région côtière cédées par les effendi. Le Comité arabe réagit violemment, et à plusieurs reprises, entre 1928 et 1936, des incidents sanglants eurent lieu à Jérusalem, Haïfa et Jaffa. À partir de 1930, la S.D.N. s’inquiéta de la situation en Palestine et critiqua l’administration britannique, qui se montrait incapable de concilier Juifs et Arabes et de créer un État palestinien. Les Anglais s’engagèrent alors à interdire l’achat de terres par les immigrants, mais, en fait, ils n’instaurèrent qu’un contrôle des achats de terres.

En raison des persécutions dont ils étaient l’objet en Allemagne et dans certains pays d’Europe centrale, de nombreux Juifs émigrèrent vers la Palestine ; la population juive passa ainsi à plus de 400 000 personnes (600 000 selon certains auteurs). Devant cet afflux, dans un premier stade, la Grande-Bretagne envisagea un plan de partage prévoyant trois territoires distincts : un territoire sous mandat britannique et comprenant essentiellement les Lieux saints, un État arabe et un État juif, tous deux souverains, indépendants et liés par traité à la Grande-Bretagne. Les Arabes protestèrent violemment contre ce projet qui tendait à les priver d’une partie de leur sol et à les couper de la mer Méditerranée ; en revanche, les Juifs approuvèrent le projet de création d’un État juif, mais repoussèrent toute limitation de l’immigration : le plan britannique fut donc rejeté. Il s’ensuivit une révolte armée des Arabes qui se poursuivit jusqu’en 1939. En mai de cette même année, le gouvernement britannique publia un Livre blanc dans lequel il annonçait d’une part la limitation de l’immigration juive à 75 000 personnes par an, ainsi que celle des achats de terres par les Juifs, d’autre part, dans les dix années à venir, la création d’un État palestinien où Arabes et Juifs exerceraient conjointement l’autorité : ce projet fut repoussé par les Arabes et par les Juifs, et il s’ensuivit une vague de violences réciproques. Malgré les interdictions britanniques, les immigrants juifs continuèrent à arriver en nombre bien supérieur au quota fixé : l’intransigeance des Anglais donna lieu à des épisodes tragiques et favorisa l’immigration clandestine ; en 1946, la population juive était de 700 000 personnes, alors que l’on comptait 1 400 000 Arabes musulmans, 145 000 Arabes chrétiens et 15 000 Druzes.

Durant, la Seconde Guerre mondiale, tandis qu’une partie des Arabes plaçaient leurs espoirs dans un succès des forces de l’Axe, les Juifs de Palestine, laissant de côté leurs sentiments anti-anglais, constituèrent une brigade qui participa aux combats au sein de la VIII° Armée britannique, où ils acquirent une expérience militaire utile pour la suite des événements. En octobre 1946, le président Truman approuva l’Agence juive, qui réclamait un « État juif viable contrôlant son immigration et sa politique économique dans une région adéquate de la Palestine ». De son côté, la Ligue arabe proposa la création d’un État indépendant unique, arabo-juif, où Arabes et Juifs seraient représentés au gouvernement et au Parlement en proportion de leur nombre, toute immigration étant interdite. Cette proposition fut rejetée par les Juifs, et de violentes actions terroristes furent déclenchées par les uns et par les autres : les Anglais, eux-mêmes victimes de ce terrorisme, proclamèrent l’état de siège, puis annoncèrent, en février 1947, leur intention de mettre fin à leur mandat en Palestine le 14 mai 1948, demandant à L’O.N.U. de trouver alors une solution. Un comité spécial fut constitué, qui mit au point un plan de partage, approuvé par L’O.N.U. le 29 novembre 1947 : il prévoyait la création de deux États indépendants, l’un arabe, l’autre juif, mais associés économiquement, et une zone internationale sous contrôle de L’O.N.U., englobant Jérusalem et ses environs, y compris Bethléem. Les Arabes repoussèrent ce plan, approuvé par les Juifs.

Des soldats britanniques fouillent les décombres de l’hôtel King David, à Jérusalem, quartier général des troupes britanniques en Palestine, après l’attentat perpétré par l’Irgoun, organisation sioniste, en juillet 1946. Les violences redoublèrent alors en Palestine, en particulier en mars et en avril 1948 : aux attaques des commandos arabes contre les kibboutzim répondirent des expéditions juives contre des villages arabes (massacres de Deir Yassin, 10 avril 1948). Des deux côtés, la propagande s’intensifia et il était clair que seules les armes décideraient désormais du sort de la Palestine ; déjà de nombreux Arabes fuyaient ce pays, dans la crainte de massacres : ce lamentable exode fut à l’origine des camps de réfugiés où 750 000 Arabes de Palestine devaient connaître dès, mai 1948 une vie misérable.

Le 15 mai 1948, les Anglais commencèrent l’évacuation de leurs troupes ; la veille, David Ben Gourion avait proclamé la naissance de l’État d’Israël, reconnu de facto par les États-Unis et de jure par l’Union soviétique ; en même temps se déclenchait l’attaque arabe. Une nouvelle phase historique débutait alors en Palestine.

David Ben Gourion (1886-1973) donne lecture de l’acte de fondation de l’État d’Israël, en mai 1948. Il devient Premier ministre du pays.

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