TROISIÈME VOIE ?

Vendredi 24 février 2012 // La France

Au début de l’année 2007, on s’attendait, sondages aidant, à ce que Jean-Marie Le Pen crée à nouveau la surprise en se retrouvant au deuxième tour. Une partie de l’électorat avait fait son choix pour éviter un nouveau « 21 avril » (2002) et l’histoire ne s’était pas répétée. François Bayrou n’avait cessé de gagner des points dans les sondages, passant de 10% à la mi-janvier à 22% dans la deuxième quinzaine de mars et le candidat centriste était arrivé en troisième position avec 18,57% des suffrages au premier tour alors que Jean-Marie Le Pen n’obtint que 10,44% des suffrages.

En 2012, François Bayrou peut-il redevenir le troisième homme de a campagne, en dé- passant Marine Le Pen qui bénéficie d’une forte popularité (20% environ) et en parvenant à s’imposer au deuxième tour face à François Hollande avec une bonne chance de l’emporter ? Le candidat centriste est convaincu : aucune déconvenue politique n’a pu détruire la certitude qu’il serait un jour vainqueur malgré la modestie du parti politique qui le soutient.

Peut-on envisager sérieusement une telle victoire ? Une élection présidentielle peut être gagnée sans l’appui d’une grosse machinerie politique Valéry Giscard d’Estaing en 1974 et François Bayrou occupe, par sa nature centriste, une position idéale hors de l’affrontement entre la droite et la gauche. Il peut séduire ceux qui ont été déçus par Nicolas Sarkozy et ceux qui, à droite, redoutent l’ascension de Marine Le Pen. De fait, il se pose en rassembleur.

Encore faut-il que son programme soit en mesure de concrétiser le rassemblement des énergies. Le point principal porte sur la réduction du déficit public : 100 milliards d’économies, pour moitié par augmentation des recettes suite à une pression fiscale accrue, pour moitié par une réduction des dépenses. Il s’agit donc de respecter la « règle d’or » de l’équilibre budgétaire, qui devrait être atteint en 2016. Cet équilibre permettrait de « réarmer la France pour qu’elle redevienne un pays productif, c’est-à-dire créateur d’emplois, créateur de richesses ». Il s’agit d’un projet d’inspiration libérale, en phase avec ce que souhaite l’Allemagne, et qui s’accompagne de volontarisme industriel. François Bayrou propose la création d’un « Commissariat national aux stratégies » qui aurait pour mission d’organiser la production en France. Dans le domaine social, le candidat se singularise par la priorité qu’il accorde à l’éducation et par sa volonté de développer la cogestion, en décidant la participation des salariés au conseil d’administration des entreprises de plus de 500 employés.

Ainsi conçu, le programme est présenté comme une troisième voie, qui permettrait d’échapper aux contradictions de la droite et aux excès de la gauche. François Bayrou souligne le « manque de cohérence » de Nicolas Sarkozy qui annonce qu’il n’augmentera pas les impôts tout en décidant la TVA sociale. François Hollande, quant à lui, « manque de logique » et conduirait le pays à l’abîme par accumulation de dépenses.

Il est vrai que François Bayrou concurrence le président sortant et le candidat socialiste sur le plan de la rigueur. Pas de retour à la retraite à 60 ans. Pas de hausses de salaires. 20 milliards d’économies dans la protection sociale. Les annonces du candidat centriste sont aux antipodes de la démagogie mais il n’est pas certain que cette position austère puisse convaincre un nombre suffisant d’électeurs. Il faudrait que Nicolas Sarkozy s’effondre dans les sondages pour que François Bayrou devienne, toutes questions programmatiques mises à part, le recours qu’il, voudrait être.

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