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Syrie "Dieu, nous n’avons plus que toi !"

Jeudi 27 octobre 2011, par Samar Yazbek // Le Monde

En puisant leurs slogans dans leur héritage religieux et culturel, les Syriens veulent signifier qu’ils s’opposeront jusqu’au bout à leur tyrannie porteuse de mort.

Comme pour conjurer le sort, la révolution syrienne réinvente son propre vocabulaire, inspiré de son héritage populaire. On peut s’arrêter à ce propos sur ce que certains considèrent comme un retour à la religion chez ce peuple abandonné à lui-même face à la machine de mort qui le fauche depuis plus de six mois. Il s’agit en fait d’une aspiration collective à la liberté, malgré la réalité désespérante. Une telle aspiration est nécessairement liée à l’éducation religieuse et à la culture du recours au Tout-Puissant comme seul sauveur possible.

"Dieu, nous n’avons plus que toi !"ou "Nous ne nous agenouillons que devant Dieu ! sont des slogans que l’on entend de plus en plus dans les manifestations. Mais ces appels lancés au milieu de foules où s’entremêlent des bras levés s’apparentent à une célébration rituelle telles les danses des communautés humaines primitives qui affrontaient les dangers de la nature et la mort. Ils se réfèrent précisément à ce que Claude Lévi-Strauss qualifie de mémoire collective de l’instinct de survie, à travers des rites carnavalesques qui varient d’une époque à l’autre et d’une civilisation à l’autre.

Dans leur recours à Dieu, devenu le seul espoir contre la tyrannie, dans leur appel "Allah Akbar !" (Dieu est le plus grand !), les Syriens demandent l’aide du puissant punisseur contre le régime bourreau et tueur car ils n’ont à offrir que leurs poitrines nues et leur vie pour leur liberté. Ceux qui veulent voir dans ces appels rituels au secours de simples symboles religieux confirmant leurs craintes que la révolution ne tombe dans le piège de l’extrémisme islamiste ignorent les réalités de la société syrienne. La question des slogans rappelle dans une large mesure les premiers temps de la révolte, quand la protestation,partie’des mosquées, a été perçue comme d’inspiration islamiste. La réalité est tout autre, puisque la mosquée. reste en effet le seul lieu de rassemblement possible pour échapper au contrôle des services de sécurité. On ne peut exiger du désespéré qu’il cherche un soutien éloigné de son environnement et de ses références culturelles. Le seul et unique recours ici c’est Dieu. Les voix et les gorges arrachées par les sbires et les tortionnaires du régime [comme celle du chanteur des manifestations Ibrahim Qachouch] sont le symbole évident de la volonté d’étouffer les cris des manifestants. Certes, les craintes à l’égard du mouvement de contestation si la situation actuelle devait perdurer sont légitimes. Un régime s’obstinant dans sa répression quotidienne et une opposition désunie ne parvenant pas à occuper le vide politique pousseraient le peuple syrien à tirer des conclusions, ouvrant ainsi la voie à des solutions redoutables.

Toutefois, les slogans religieux, la culture, les références et les méthodes de chaque peuple ne peuvent être remplacés du jour au lendemain par des concepts modernistes. La créativité dont font preuve les Syriens dans leur manière de protester provient d’un enracinement dans leur héritage religieux populaire et de la volonté de faire triompher la culture de la vie sur celle de la mort. Ils se défendent comme ils peuvent par instinct de survie. Face aux tueries et aux armes, ils répondent par des célébrations collectives accompagnées de prières et d’appels à Dieu. Ce recours, qui ressemble en apparence à un fatalisme, est en réalité une tentative de contournement. En confiant leur sort à Dieu, ils veulent dépasser les humains dans une forme extrême de lutte contre la mort. Il s’agit d’une négation de la négation. Dieu seul peut leur ôter la vie et les hommes ne leur font pas peur.

"Dieu, nous n’avons que toi !" Par cette adresse, le peuple signifie au régime syrien : nous n’avons plus rien à perdre et nous nous opposerons jusqu’à la mort à cette tyrannie.

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