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Stolypine « Russie »

Jeudi 3 novembre 2011 // Le Monde

Le nouveau président russes Vladimir Poutine qui va être élu en mars 2012 inaugurera un mois plus tard un monument à la mémoire de Piotr Stolypine né 150 ans plus tôt et assassiné voici tout juste cent ans.

L’ex-futur président russe, présentement Premier ministre, a prononcé le 13 juillet dernier un discours mémorable pour lancer le comité qu’il préside pour la commémoration du 150e anniversaire de la naissance de l’un de ses prédécesseurs, Piotr Stolypine, Premier ministre du tsar de 1906 à 1911. Non, il ne s’agit pas d’une reprise de L’Homme sans qualités de Musil, mais de la réalité russe contemporaine.

Poutine s’assimile volontiers à Stolypine : célèbre ministre de l’Intérieur au moment de la révolution de 1905, celui-ci s’imposa à la première Douma et lança une réforme agraire de grande portée destinée à créer une classe moyenne rurale qui serait le soutien du régime et aurait pu éviter selon certains la révolution de 1917. Soljenitsyne est du nombre de ses admirateurs. Il lui consacre une large partie de son chef d’œuvre La Roue rouge. Le personnage ne pouvait qu’inspirer Poutine qui veut, selon ses propres termes, aussi allier développement et stabilité, État et société. « Vingt ans de paix, dit-il, auraient permis de changer l’Empire russe au-delà de toute imagination. » C’est le délai qu’entend se donner Poutine au Kremlin depuis 2000 et désormais assuré d’y demeurer en principe jusqu’en 2024.

En principe, disons-nous, car de même que l’idée musilienne de célébration de l’Empire austro-hongrois sombra par l’assassinat de l’héritier en juin 1914, l’ambition de réforme de l’Empire russe avorta par l’assassinat de Stolypine à l’Opéra de Kiev le 18 septembre 1911. Pourquoi Vladimir Poutine se préoccupe-t-il soudain en juillet de préparer pour avril 2012 le 150éme anniversaire de la naissance de Stolypine (né comme par hasard à Dresde, où Poutine exerça ses fonctions d’honorable correspondant du KGB) et n’accorde-t-il pas la même priorité au centenaire de son assassinat, épisode encore largement obscur ? M. Poutine célébrera en 2012 ses soixante ans et ne tient pas à voir sa carrière brutalement interrompue avant sa réélection.

Dans un régime complètement bloqué, dépourvu de contre-pouvoirs, législatif, judiciaire ou médiatique, seule la révolution violente ou l’assassinat peuvent rouvrir le champ politique. Comme Stolypine, Poutine croit pouvoir éviter la première alternative en se constituant un soutien populaire sans précédent, fortifié par une forte croissance. Comme Stolypine, il doit affronter des oligarchies, des bureaucraties, qui n’ont d’autre recours que l’assassinat. Cela se fait beaucoup en Russie. M. Poutine n’est pas à l’abri. Même le Tsar n’a pu protéger Stolypine. Or la Russie n’a plus de tsar, quoiqu’il semble toujours exister dans l’esprit de Poutine, proche en cela de Bismarck. M. Poutine se rêve peut-être tsar lui-même. On le lui reproche. En Stolypine, il se rêve plus volontiers le premier serviteur du tsar, même si celui-ci n’est pas physiquement incarné - pour le moment...

Si Pontine disparaissait, que deviendrait la Russie ? Parfois on se prend à songer : Stolypine, Staline, Poutine, de l’un à l’autre il n’y a rien eu que des transitions difficiles. Mais Poutine n’est-il pas destiné à échouer, comme les deux premiers, sinon à ressusciter la Russie, du moins à la transformer en profondeur ? Avec des ressources limitées, une population en régression, un environnement mondial en crise, le pragmatique Poutine, sans idéologie ni vision propre, peut reculer le temps du déclin, comme son modèle le général de Gaulle pour la France, faire illusion. Il sera un partenaire difficile pour l’Europe, mais il ne peut s’en passer. A la veille d’un nouveau mandat, il ne dispose pas de politique de rechange. Tout son mérite sera d’avoir retardé la chute de la Maison Russie, non pas indéfiniment, mais de six ans au moins, peut-être de douze, mais cela semble à ce stade plus improbable.

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