Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

« Sommes-nous morts ? »

Lundi 13 septembre 2010, par Paul-Marie Coûteaux // L’Histoire

Question pour nous réveiller ?

Paul-Marie Coûteaux prend le risque de nous la poser. Bien sûr, les réponses fuseront : « Mais que non ! Nous sommes bien vivants ! »…

Et si nous ne valions guère mieux ? Et si nous osions nous poser la « Question » qui se cache derrière cette question, salutaire provocation ?

Ne sommes-nous pas entrés en décadence ? Mot terrible…

Mot qui ouvre les derniers « Cahiers de l’Indépendance » : un numéro 11 indispensable pour préparer la rentrée…

Les orfraies qui nous chantent la crise ! la crise ! la crise ! ont beau grimacer tous leurs soupirs et égrener les « crises », échapperont-elles à la « Question » ?

Décadence ? Paul-Marie Coûteaux a osé… Et Hervé Coutau-Bégarie de dégainer sa plume acérée : « Crise et décadence »…

En embuscade l’ombre lumineuse de René Girard…

Oui, un numéro 11 des « Cahiers de l’Indépendance » de bonne augure dans l’ « entreprise critique, préalable obligé à toute reconstruction » à laquelle s’attache tous les talents de l’équipe…

Dans ces grands Cahiers, sont interpellés quelques acteurs de la société politique… Dominique de Villepin et Nicolas Dupont-Aignan… Il ne faut pas craindre une indigestion de poncifs sans cesse rabâchés…

Toujours les mêmes litanies de bonnes intentions… D’autres « acteurs » répondent : Pierre Cassen (Riposte laïque), Eric Zemmour, Marek Grobarczyk (député polonais au Parlement européen), Philippe Cohen (Marianne).

A relever l’entretien avec Véronique Hervouët, psychanalyste, essayiste, auteur de « L’enjeu symbolique – Islam, christianisme, modernité »

Pas de langue bois… Un entretien à ne pas manquer.

Les fines lames de l’équipe des Cahiers n’ont pas prises l’école buissonnière. Jean-Paul Bled, Alain Bournazel, Jean-Gérard Lapacherie, Philippe de Saint-Robert, et bien d’autres ont affûté leur plume…

Mais c’est avec jubilation que nous avons fait nôtre le « Viatique pour la saison » de Jean-Pierre Péroncel-Hugoz : un festival de « Citations réunies »… Nous ne résistons pas au plaisir de vous confier quelques unes…

« Mettre la France en situation de campagne électorale permanente, c’est un crime contre la nation »Jean-Pierre Péroncel-Hugoz

De qui ? Michel Rocard le 16 avril 2010…

« A longue échéance, tous les continents, (jaune, noir et bistre) basculeront sur la vieille Europe. Ils sont des centaines et des centaines de millions. Ils ont faim et ils n’ont pas peur de mourir.

Nous, nous ne savons plus ni mourir, ni tuer. Il faudrait prêcher, mais l’Europe ne croit à rien. Alors il faut attendre l’an mille ou un miracle »

De qui ? Albert Camus (Correspondance avec Jean Grenier, 1957)

« Turcs et Arabes constituent les doigts d’une seule main, notre avenir est commun. Nonobstant les entraves et les murs qui peuvent nos séparer, nous disposons de la force qui permet de dépasser ces limites »

De qui ? Recep-Tayyip Erdogan (Actuel, Casablanca 10 avril 2010)

Restons là ! 

Editorial
Extrait
Grande « Question » et lucidité au rendez-vous… volonté aussi !

« Sommes-nous morts ? »

Parmi les innombrables tabous sémantiques qui encombrent et quelquefois paralysent la pensée politique contemporaine, il en est peu qui soient aussi efficaces que le mot « décadence ». On ne sait pourquoi (est-ce l’évocation spenglerienne ?) ce mot est quasiment interdit du vocabulaire, du moins quand il s’applique à nos propres civilisations.
On accepte bien entendu qu’un ethnologue ou un historien parle de la décadence de tel ou tel peuple primitif, de tel ou tel empire, que Montesquieu analyse celle des Romains, mais quiconque parle de décadence de la France ou de l’Europe est aussitôt suspecté de radotage réactionnaire.

Du coup, le tout venant des analystes, commentateurs, ou des hommes politiques est condamné à se replier sur le mot « crise » devenu omniprésent et universel : notre économie est en crise, nos finances sont en crise, de même notre démocratie, notre système de protection sociale, notre système éducatif, notre Justice etc., mais il est étroitement interdit de dire, et donc de penser, que la multiplication des crises et leur prolongement infini peut devenir une véritable « involution », une déliquescence qui dépasse de beaucoup la conjoncture, un ébranlement des structures mêmes d’une civilisation, c’est à dire une décadence.

Comment nommer pourtant une crise qui se décline sous maintes formes dans presque tous les secteurs d’activité bien au-delà de l’économie, et qui surtout se prolonge au-delà du simple passage critique d’une situation sociale à une autre, sans que nulle rationalité, nulle action collective, nulle politique en un mot, ne paraissent en mesure de la contrôler encore ?

La fin du progrès

Bien entendu, l’interdiction de toute expression qui suggère une involution de la civilisation, qu’elle soit nationale, continentale, ou, comme je le crois, mondiale, résulte de l’espèce de dictature mentale que le progressisme a installé dans tous les esprits.
Depuis que s’est déchaînée la pensée progressiste au fil du XVIIIe siècle (voir Frédéric Rouvillois, « L’invention du progrès », éd. Kimé, ainsi que Pierre-André Taguieff, « L’effacement de l’avenir », éd. Galilée) nous nous sommes habitués à penser que le présent est nécessairement meilleur que le sombre passé, tout autant que l’avenir sera comme naturellement meilleur que le triste aujourd’hui…

Aussi bien la France n’est-elle pas et de loin, le pays le plus mal loti en Europe et dans le monde, ne serait-ce que par le nombre inégalé de ses jeunes, force incomparable. Elle redeviendra dans vingt ans le pays le plus peuplé d’Europe - après, certes, la Russie -, ce qui lui donnera, si du moins elle sait intégrer ses nouvelles générations (que les jeunes soient ou non dits « de souche » le problème est le même pour tous), à ses valeurs traditionnelles, à ses efforts, à sa vocation, bref à une politique nationale.

Depuis un siècle qu’il est question de décadence, nous ne sommes pas sortis de l’Histoire, l’action du général de Gaulle et de ceux qui l’ont menée avec et quelquefois après lui montrant qu’il nous est toujours possible de retrouver en quelques années notre rang. Pensons à la thèse de Spengler sur la « décadence de l’Occident » : un siècle après avoir été formulée, on ne saurait être sûr qu’elle ait été confirmée. C’est surtout la décadence de l’Europe, ouverte par la victoire japonaise sur la Russie en 1905, accélérée par les deux guerres mondiales, puis par l’automutilation des Etats européens au sein de la dite « Union européenne » qui est aujourd’hui en débat. Des mastodontes s’affirment : Etats-Unis depuis un siècle, Japon hier, Chine aujourd’hui, Inde demain ; mais leur fragilité fait aussi partie de ce débat, et nulle de ces superpuissances n’est assurée de l’être encore à la fin de ce siècle, alors que les grandes nations perdureront...

Le plus préoccupant, finalement, est le très mauvais état dans lequel se trouve le parti national, dispersé, désorienté par ses chefs, et désorganisé dans ses structures.
Alors que, voici cinq ans, les Français nous rejoignirent dans un non massif à la supranationalité, notre surface électorale est réduite à très peu (moins du quart des Français, en incluant encore les deux composantes dites « extrêmes », celle du « Front de Gauche », et celle du « Front National », dont il est regrettable qu’un très grand nombre de Nationaux refusent encore de les reconnaître comme étant des leurs). Le noyau dur du souverainisme, que nous représentons- en cela d’abord que nous sommes les seuls à nous réclamer de ce mot - s’est trouvé proprement pulvérisé et ses mouvements sortis du jeu. Ils sont aujourd’hui exsangues, plus que jamais divisés, et finalement éliminés du paysage politique français.

Faiblesses des souverainistes

Cet état de fait est d’autant plus surprenant que, d’une part nous avons réussi dans l’intervalle à mobiliser une grande majorité d’électeurs lors du referendum du 29 mai 2005 sur la Constitution européenne, témoignant ainsi que nos thèses, pour peu que nous ayons l’occasion et les moyens de les exposer, pouvaient réunir la majorité du peuple français ; et que d’autre part toutes nos prévisions se sont avérées exactes, notamment au cours des derniers mois écoulés. Qu’il s’agisse de la possibilité de faire vivre l’euro comme monnaie unique, aujourd’hui en butte à ce que nous appelions dès la campagne de Maastricht en 1992 « les chocs asymétriques », ou qu’il s’agisse de la situation économique des pays de l’Union européenne, de 1’anémie, pour ne pas dire la déliquescence des Etats membres dont beaucoup sont manifestement privés de la plupart de leurs moyens d’action et même de leur légitimité, ou encore de l’échec manifeste du mythique « élargissement » qui se poursuit sous nos yeux comme une fuite en avant dérisoire : sur tous ces points saillants qui hantent désormais notre actualité, nul ne peut disconvenir que nous avions raison sur tout.

Si l’évidence ne fait que confirmer nos prévisions et nos alarmes, comment comprendre que nous disparaissions du paysage ?

Je crois que, en grande partie, notre faiblesse tient à notre incapacité, qui est d’abord le fait de nos chefs, mais hélas aussi d’un très grand nombre de militants, à nous tenir à la querelle essentielle, celle de la France, de l’indépendance de la nation, de l’autorité de l’Etat, de la pérennité de la civilisation, ces trois piliers nécessaires et suffisants d’une politique authentiquement française. Au lieu de quoi, nous dérivons inlassablement vers des querelles secondaires, dont les effets sont triplement pervers : d’une part, elles détournent nos forces de la bataille principale, celle de la souveraineté sous toutes ses espèces (elle dépasse largement la seule question européenne) ; d’autre part, elles alimentent à mesure les divisions, faisant ressurgir les sensibilités particulières des uns ou des autres là où seul l’essentiel nous rassemble ; enfin, et peut-être surtout, elles viennent sans cesse brouiller notre message dans l’esprit des Français qui, du coup, ne repèrent plus ce qui ressort au principal, la survie de la France comme Nation, État et civilisation, et ce qui ressort aux querelles adjacente.

Vers un grand Parti National

Ne pas avoir su nous en tenir à l’essentiel, tel est sans nul doute notre plus grave travers auquel s’ajoute une certaine propension chez nous à tout attendre des chefs, à ne nous mobiliser qu’à l’occasion dès élections ou à l’occasion de réunions en tout genre, cela en perdant toujours de vue ce qui, pour les responsables comme pour les militants, est la condition du succès, l’action « sur le terrain ». Comme nous aimons rester entre nous, nous réunir pour discuter sans fin, et finalement nous désunir, le moindre des effets pervers de cette culture de bocal n’étant pas de multiplier jusqu’à l’absurde les cercles et les chapelles. A elle seule notre nébuleuse paraît épuiser toutes les combinaisons possibles des sigles et des acronymes. D’une certaine façon, l’ostracisme des journalistes à notre encontre est le meilleur paravent de notre ridicule public.

Dans un contexte où guettent les drames, la violence et la dépossession de soi, il est impossible que, si nous savons nous discipliner, notre parole ne soit entendue. Les voies et les moyens ressortent à l’évidence, et cette évidence se décline en trois mots simples : implantation, coordination, diffusion. A lire l’intégralité dans le numéro 11…

Crise et décadence par Hervé Coutau-Bégarie

Au lendemain de l’effondrement de l’Union soviétique, un avenir radieux s’emblait s’offrir à l’humanité enfin débarrassée du totalitarisme et de la guerre. Francis Fukuyama théorisait cet optimisme avec sa trop célèbre thèse sur la fin de l’histoire : l’humanité était parvenue au modèle indépassable, désormais incarné par 1a démocratie avancée, qui se trouvait correspondre au modèle de la puissance sortie victorieuse de la guerre froide et appelée à une domination plus universelle, plus parfaite que toutes celles qui avaient pu la précéder, d’Alexandre le Grand à la « pax britannica ». On sait comment ce discours triomphaliste des néoconservateurs américains a abouti aux catastrophes de la présidence de George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001. La toute puissance militaire américaine, issue de la révolution dans les affaires militaires, a été mise en échec par les insurgés irakiens et afghans et la tentative de remodelage du monde sur les valeurs américaines, sous l’appellation commode de globalisation, s’est heurtée à la dure complexité de la nature humaine et de la pluralité des nations et des civilisations. La fin de l’histoire a été remplacée par le choc des civilisations, annoncé de manière péremptoire et quelque peu unilatérale par Samuel Huntington.

De même, l’heure est au désenchantement en matière économique. À partir des années 1990, avec la révolution de l’information et la libéralisation des échanges, les milieux économiques ont eu tendance à croire que l’ère des crises était terminée et que 1’on entrait désormais dans une période de croissance, sinon éternelle, du moins de très longue durée. La crise immobilière du début des années 1990 a été oubliée avec une rapidité confondante et la crise asiatique de 1997-1998 a été considérée comme un simple accident de parcours. Une économie globalisée ne devait plus connaître que la croissance. Il a suffi de la défaillance d’un fonds d’investissement pour que l’on s’aperçoive que tout cela n’était qu’un château de cartes. La croissance faramineuse de l’économie financière reposait sur des montages de plus en plus déconnectés de l’économie réelle et donc de plus en plus factices. On a bien vu, avec la crise des subprimes, ce que valaient les produits structurés. La croissance de nombreux pays s’est fondée sur un endettement déraisonnable, tant des États que des ménages, la Grèce, l’Irlande et l’Espagne n’étant que les premiers d’une longue cohorte, à laquelle ne manquent pas les États-Unis dont l’endettement public atteindra 100 % du PIB dès 2012. Tout le monde a succombé au mirage de l’endettement : en 2006, la flotte marchande en construction représentait la moitié de la flotte en service, les armateurs étaient incités à commander par des chantiers qui leur facilitaient l’octroi de crédits. Mais il arrive toujours un moment où la vérité des chiffres s’impose : le troisième armateur mondial, la CMA-CGIVI, a une dette de 5,6 milliards de dollars et plus de 40 navires en commande qu’il essaie désespérément de reporter ou d’annuler. On pourrait multiplier les exemples. […]

L’une des escroqueries actuelles est de vouloir nous persuader qu’il ne s’agit que d’une crise conjoncturelle, que des mesures de relance doivent endiguer pour que le système reprenne sa marche en avant. Mais il s’agit bien d’une crise structurelle, sinon systémique, cette croissance forcée s’apparentant à une course à l’abîme.

Or, cette idée de tradition, d’héritage est, par principe, étrangère à la post-modernité qui annonce un monde radicalement nouveau d’êtres nomades et technicisés qui n’ont plus grand-chose de commun avec ceux qui les ont précédés. Partout, cette volonté de rupture s’affiche avec insolence et même violence, n’hésitant pas à nier son fondement religieux, c’est-à-dire chrétien, pour n’accepter que la philosophie des Lumières, et à mettre en accusation la morale héritée, perçue et présentée non seulement comme rétrograde, mais même contraire aux droits de l’homme. On le voit avec une particulière netteté dans le domaine du droit à la vie, mais aussi dans I’art : l’art contemporain se veut d’abord transgression. Tout cela n’est pas sans conséquences, avec une perte de repères qui se traduit par des comportements de plus en plus irrationnels et dangereux. La laïcisation à marche forcée ne signifie pas le triomphe de la raison sur l’obscurantisme, mais bien le remplacement d’une religion institutionnalisée, fondée sur l’alliance de la foi et de la raison, par des sectes dont le moins que l’on puisse dire est qu’elles ne représentent pas un progrès de 1’esprit humain. Se vérifie la prédiction du curé d’Ars : « Enlevez Dieu des églises, dans vingt ans, ils y adoreront des bêtes ».

Il est très difficile de résister à l’idéologie dominante. Le processus d’asservissement à la modernité s’est terriblement accéléré, même s’il ne date pas d’hier. En 193 l, dans un texte précisément intitulé « Décadence de la liberté » Daniel Halévy le constatait déjà : « Tout semble conspirer à la disparition des anciennes libertés, à 1’assoupissement des esprits ». Que dirait-il aujourd’hui face à l’emballement d’une machine politico-médiatique devenue folle ? Pour oser résister, 1’Église catholique est la cible des attaques les plus virulentes, les plus fielleuses. La moindre critique engendre le soupçon, la marginalisation, bientôt l’accusation. Un pasteur suédois a déjà été condamné à de la prison ferme pour avoir simplement rappelé les condamnations bibliques de l’homosexualité. Cette inversion des valeurs est probablement le signe le plus dramatique de la perversion des esprits à l’origine d’une décadence de la civilisation. C’est dire la nécessité et même l’urgence d’une réflexion d’ensemble sur la crise que nous traversons, qui ne peut faire l’économie d’une interrogation sur ce concept de décadence. Près de trente ans après, il faut reprendre les réflexions de Pierre Chaunu dans Histoire et décadence ( 1981 ) et de Julien Freund dans La Fin de la renaissance (1980) et dans La Décadence ( 1983). Il ne suffit pas d’identifier les symptômes du mal, il faut en identifier les fondements et les restituer dans leur globalité. La décadence risque de s’avérer ici incontournable, pour reprendre l’un des tics du langage médiatique contemporain. Les Cahiers de l’indépendance essaieront d’apporter leur pierre à une entreprise critique, préalable obligé à toute reconstruction.

Répondre à cet article