Scandale des mœurs, scandale de la foi !

Mardi 1er juin 2010, par Hilaire de Crémiers // La Religion

VOICI L’ÉGLISE CATHOLIQUE confrontée au plus grave des scandales moraux qu’elle n’ait jamais connu depuis plusieurs siècles. Il convient de bien le cerner. Aucune considération ne peut ni ne doit être donnée aux attaques grossières de ceux qui profitent de l’occasion pour la vilipender. Le laxisme intellectuel et moral de ces soi-disant juges ne saurait les autoriser à condamner l’Église pour des turpitudes qu’elle réprouvent et qui, par ailleurs, ont toute leur faveur. C’est un comble d’hypocrisie !

LA JUSTE ACTION DE BENOÎT XVI

Benoît XVI a agi au mieux. Déjà comme préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, il est intervenu. Le rapport du théologien Thomas Doyle avait alerté dès 1985 sur les cas d’abus sexuels dans l’Église américaine. Les révélations se sont multipliées à partir de l’année 2000. Joseph Ratzinger a fait attraire en 2001 les cas de pédophilie devant son dicastère pour être sûr qu’ils soient étudiés et résolus : ce fut le motu proprio de Jean-Paul II du 30 août 2001, Sacramentum sanctitatis tutela. Si la lettre du 18 mai 2001, De delictis gravioribus, traitant des fautes les plus graves, demandait aux Évêques de garder le secret sur les accusations d’abus sexuels, ce n’était pas du tout en vue de dissimuler ce qui commençait à constituer un énorme scandale, mais précisément pour garantir un jugement d’Église efficace et non un jugement d’opinion, avec allongement des délais, étant précisé qu’était obligatoire la juste dénonciation et qu’était admis le recours aux juridictions civiles.
En 2005, avant la mort de Jean-Paul II, Joseph Ratzinger fera instruire l’enquête sur le fondateur des Légionnaires du Christ, Martial Maciel, homme pervers qui avait entraîné derrière lui une communauté nombreuse et fervente, en partie ignorante des faits : l’homme a été démis ; les âmes épargnées autant que faire se peut.

Devenu pape en avril 2005, il a affronté directement la difficulté en Amérique, en Australie, en Irlande, en Allemagne et dans tous les pays touchés par ce fléau. Il a tenu aux Évêques de chaque nation le discours de rigueur qui s’imposait ; il a su parler aux victimes le langage qui convenait, malgré le tapage médiatique monstrueusement inconvenant. Sa lettre aux catholiques irlandais du 21 mars dernier va bien au-delà de la compassion et, malgré ce qui a été dit par une presse pourrie, a su signifier le poids de la faute, l’horreur de la souillure, la honte des agissements répétitifs, d’abord pour en demander pardon à Dieu outragé, puis pareillement pardon au prochain si gravement offensé, victimes méprisées et détruites, fidèles scandalisés.

Son voyage à Malte, le 17 avril, a été l’occasion pour lui de manifester son souci de réconciliation, en entendant seul et en privé une à une les victimes qui le souhaitaient et qui se sont trouvées réconfortées par les paroles et les larmes du pape. Il s’est montré un vrai Père. C’est en vain que la presse déchaînée a pensé le salir par de prétendues compromissions dont il fut facile de prouver qu’elles n’avaient jamais existé. Le Pape Benoît XVI, en cette affaire s’est comporté avec jugement, force et prudence, joignant la rectitude doctrinale et la rigueur morale à la nécessaire justice et à la charité pastorale.

LE DRAME DE CINQUANTE ANS

Même s’il convient de rappeler que ce qu’on nomme pédophilie relève d’une perversion psychique de nature morbide qui ne touche qu’une mince frange du clergé et, comme il a été justement signalé, comparativement moins que dans d’autres institutions (80% des actes pédophiles sont commis par des hommes mariés ou en couple), il n’en reste pas moins que ce qui s’est passé au cours des cinquante dernières années dans l’Église, est effarant.

Les chiffres et les faits sont là, pour autant qu’ils soient connus : 4 400 prêtres soupçonnés en Amérique du nord (sur 100 000), plus de 700 réduits à l’état laïc, 11 000 victimes, l’horrible affaire du père Lawrence C Murphy, prédateur laissé libre d’agir pendant plus de vingt ans dans une institution d’enfants sourds du Wisconsin, 50 diocèses américains concernés, des évêques compromis pour leur incroyable lâcheté ou leurs criminelles négligences, des évêchés ruinés, 3 milliards de dollars déjà versés aux victimes, la cour fédérale du Kentucky admettant une action légale internationale contre le Saint-Siège, bientôt la cour de l’Orégon... En Irlande, à la suite du rapport Ryan et Murphy en 2009, ce sont les écoles catholiques qui sont visées ; une cinquantaine de prêtres déjà accusés, 14 000 victimes, des millions d’euros d’indemnités...

En Allemagne, les cas se multiplient, 19 diocèses sont touchés, la Bavière n’est pas épargnée ni même l’abbaye bénédictine d’Ettal ; le scandale a atteint un sommet avec la révélation de la sordide organisation pédophile qui a sévi au collège Canisius de Berlin entre 1970 et 1980 et que le directeur actuel, le père Klaus Mettes, a justement dénoncée. Autriche, Pays-Bas, Belgique, France avec le diocèse de Bayeux (affaire Bissey), de Rouen... Tous les pays d’Europe y passent, y sont passés ou vont y passer. En 1995, l’archevêque de Vienne, Hans Hermann Groer, totalement impliqué, a démissionné ; en 2002 c’était le tour du cardinal Law, l’archevêque de Boston, qui avait laissé faire. Le cardinal Roger Mahony de Los Angeles est mal pris lui aussi, ainsi qu’Edward Egan, l’archevêque de New York. Walter Mixa, évêque d’Augsbourg, compromis, se retire de sa charge et Roger Vangheluwe, 73 ans, évêque de Bruges, vient de reconnaître dans une lettre publique sa liaison avec un jeune homme avant comme après sa nomination à l’épiscopat : il donne, lui au moins, logiquement sa démission. Et après ? Le dossier s’alourdit tous les jours.

Il y a eu, il y a un réel problème au niveau des évêques. Ils ont couvert. Pas tous. Loin de là. Mais trop... Par habitude cléricale, par défense institutionnelle, par prudence devant le scandale, sans doute par peur de devoir l’assumer. Certes, il est difficile, voire impossible et irresponsable dé prétendre se substituer à leur jugement ; ils sont constitués en autorité. Mais, tout de même, il est permis de rester confondu par de telles carences, voire de telles défaillances.

LE « N’IMPORTE QUOI » CLÉRICAL

Il est certains discours officiels qu’il conviendrait sans doute de revoir à la baisse. Il n’était question depuis cinquante ans que de « refonder l’Église », et pour cela de revendiquer avec fatuité, au-delà même des pouvoirs précis et donc limités et contraignants de la charge de successeurs des Apôtres, une autorité, une puissance, des charismes propres aux Apôtres eux-mêmes, une sorte d’infaillibilité permanente, d’impeccabilité assurée, de continuelle et active assistance de l’Esprit Saint. Les fidèles n’avaient plus qu’à entrer dans cet enthousiasme sans contour défini. Quant aux prêtres, ils étaient gavés de bonnes paroles, mais ils se voyaient privés de statuts pas de droits, donc pas de devoirs précis, mais l’amour, un amour indéfiniment à disposition et interchangeable. Avec de telles théories, il devenait facile pour des apparatchiks sans foi ni loi — et ce dans tous les milieux — de déresponsabiliser évêques, curés et prêtres. L’état des séminaires, au cours de ces cinquante dernières années, — sauf exceptions et justement ça se sait ! — n’a manifesté que trop ce « n’importe quoi » clérical qui s’est traduit, dans les milieux modernistes et progressistes, par l’abandon programmé de toute véritable formation spirituelle, de toute théologie dogmatique, de toute théologie morale. Cette superbe s’alimentait d’un mépris arrogant des familles comme du rejet systématique de la foi traditionnelle des peuples. L’implacable vigilance cléricale ne s’exerçait que dans un seul sens, tandis que des gages ne cessaient d’être donnés à certains prêtres ou laïcs, toujours les mêmes, à leurs âmes damnées qui outrageaient foi, piété et morale. D’ailleurs, pour être parfaitement clair, un certain traditionalisme, lui aussi, dans sa prétention à sauver, et à refonder l’Église à sa manière, se risque aux mêmes tartufferies et à la même superbe.

Le résultat est là. Inutile d’épiloguer et de se disculper en invoquant des statistiques sociologiques qui ne font que rendre compte d’un épouvantable échec. Il y a heureusement dans l’ordinaire de l’Église de tels dévouements, et à tous les niveaux, qu’il serait odieux de généraliser de tels jugements. Simplement, tout prouve que le scandale moral est à la hauteur du scandale de la foi.

Le Saint-Père donne la seule leçon que les circonstances exigent : celle de l’humilité de la foi et de la charité. L’unique but de l’Église est de nouveau défini : le souci des âmes.

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