Mission impossible.

Sauf à aller à la racine du mal et à retrouver les libertés fondamentales d’éduquer et d’instruire.

Mardi 2 janvier 2007, par Politique Magazine // La France

Les familles françaises, et les plus perspicaces depuis déjà longtemps, se
sont aperçues que l’Éducation nationale ne remplissait plus ou remplissait
mal sa fonction théorique elle n’éduquait plus pire, elle n’instruisait
plus. Ce n’était pas tant dû au corps enseignant qui, comme tout corps de ce
genre, avait ses forces et ses faiblesses. La cause en était dans les
directives et les orientations prises depuis des années par des esprits
sectaires et totalitaires ; Armés d’une idéologie de combat, ces hommes qui
opèrent toujours dans l’ombre et sans aucun scrupule, pour repaître leur
envie de domination, se sont approprié le pouvoir en matière d’éducation et
d’instruction, sous couvert de pédagogie, au sein même du ministère, dans
les différentes directions, dans les instituions éducatives, notamment de
formation des maîtres, et dans la plupart des syndicats tenus par des
affidés. Ce phéno­mène peut se retrouver sous tous les cieux, tant la
domination intellectuelle, est un des aspects profondément humain de la
libido dominante ! La prétention de libérer l’esprit peut ainsi s’accompagner
de tentatives fort concrètes d’asservissement à des doctrines qui justifient
des manières de penser et d’agir qu’il s’agit d’imposer Terrible habileté,
non moins terrible responsabilité ! Paul Bourget dans « Le discipline » en
avait déjà, dès l’aube du XX° siècle, expliqué les méfaits.

Le totalitarisme éducatif

En France, cette prise de pouvoir a revêtu historiquement, un aspect
singulier qui en fait un modèle du genre dont tous les pays totalitaires se
sont ensuite inspirés. Prise de pouvoir, - il faut bien insister sur ce
terme pour comprendre le phénomène ; en réalité déjà ancienne et qui, si on
l’analyse crûment, trouve son origine dans l’origine même du ministère
chargé de la fonction d’éducation et d’instruction, si intimement lié en
France à la naissance et à l’établissement de la République. Entendons-nous
la République conçue non seulement comme mode de gouvernement, mais aussi et
surtout comme idéal de pensée et comme modèle de conduite. Tout l’art a
consisté dans des circonstances historiques déterminées faire croire au
peuple « souverain » que c’était la République qui, comme une bonne mère qu’elle
était, avait inventé tout bonnement l’enseignement, tout l’enseignement, ce
qui est évidemment, pour qui connaît un tant soit peu l’histoire,
radicalement faux.

Ce qui est vrai, c’est que l’institution républicaine a su habilement
récupérer à son usage ce qui existait et qui pros­pérait déjà et depuis fort
longtemps ; car l’en­seignement en France a une longue histoire : Elle a fait
de l’affaire éducative son affaire et elle en a systématisé l’utilisation à
son profit en allant jusqu’à tendre impossible la concurrence, jusqu’à
rendre impossible, jusqu’à priver de leurs droits des citoyens honnêtes qui
ce dévouaient aux tâches éducatives, jusqu’à se servir des deniers publics à
son exclusif usage et jusqu’à faire main basse sur les immeubles et les
propriétés des autres selon son habitude.

Ces gens, en vérité « ses gens » à elle, sa cléricature, ceux qui vivaient d’elle,
pour elle, par elle et en elle ; ont pu s’arroger ainsi, comme une mission
par nature incontestable et incontestée, le droit et le devoir de façonner
la pensée des autres, singulièrement des petits Français, et, leur
dogmatisme étant universel, ils ont même imaginé de façonner selon leur rêve
le monde enter. Plus concrètement, en France, il s’agissait de fabriquer des
électeurs, de leur insuffler, dès le plus jeune âge la doctrine unique et
obligatoire qui en ferait des fidèles du système. Votant toujours, et en
apparence librement, dans « le bon » sens.

On érigeait ainsi, au-dessus de tous et de tout comme règle fixe, intangible
et non soumise à l’esprit critique, une religion, où, si l’on préfère, une
contre-religion qui dissimulait son nom sous l’habit de lumière de la libre
pensée, ou sous le masque austère d’une vertu citoyenne ; Pensée et vertu
qui ne pouvait, comme il était prévisible, que dégénérer en régime de
totalitarisme intellectuel d’une part et en dévergondage spirituel et moral
d’autre part. Les hussards noirs de la République qu’il est de bon ton de
regretter aujourd’hui, ne furent que les instruments - instruments dûment
instrumentalisés - nécessaires à l’établissement du système dans sa phase
préliminaire. Ces instituteurs zélés et sans malice n’étaient dans tout le
déploiement de leurs efforts et de leurs capacités que les serviteurs
dociles d’une coterie politicienne qui avait su prendre en France le pouvoir
politique et il faut l’ajouter à l’encontre de tout ce qui se dit-le pouvoir
spirituel, c’est-à-dire la direction des esprits.

Ces deux pouvoirs pris, ils entendaient bien les garder. Et de fait. Ainsi
est né, au service d’une caste, la bien-pensance officielle, ce que l’on
appelle à juste titre la pensée unique que Jean Sévillia dans ses ouvrages a
si bien décortiquée, le politiquement correct, l’historiquement correct, le
moralement correct que chacun - c’est amusant dénonce a qui mieux mieux,
tout en se coulant dans les mêmes normes. Car encore faudrait-il en repérer
la provenance et en soupçonner la sournoise utilisation, l’hypocrite
procla­mation. Il n’est que d’écouter un discours politicien ordinaire tombé
de quelque bouche auguste d’un des hauts magistrats de l’État républicain
pour saisir la monstrueuse connivence qui existe dans l’ensemble du système,
du haut en bas de l’échelle, ou l’autorité se justifie en s’appuyant sur des
argu­ments qui, par autorité, sont imposés dans toute formation comme les
seules normes valides. N’importe quel logicien est en droit de sourire de
pareils procédés. Il nous faudrait quelque Molière ou quelque Voltaire
nouveau pour en souligner le ridicule.

Histoire d’une décadence

Ainsi fut fait dès la 1er République et continué sous le César qu’elle a
enfanté, ainsi encore plus sous la III° République, qui s’en est fait une
gloire puis, de manière -tout aussi énergique et de plus en plus avan­cée,
avec la IV° République dans l’ambiance créée par le fameux plan
Langevin-Vallon, matrice de toutes les réformes subséquentes, et qui ne
visait à rien d’autre qu’à progres­sivement banaliser, égaliser,
uniformiser, disperser, anéantir toute forme véritable d’enseignement pour
promouvoir l’idéo­logie de la soviétisation massifiante et de l’anarchie
socialisante dont sont issues toutes les sottises pédagogiques qui ont
triomphé pas la suite enfin sous la V° République qui a délibérément laissé
l’éducation et la Culture aux idéologues de gauche dont les esprits enivrés
de conquêtes n’ont cessé de concoc­ter projet sur projet tant scolaire qu’uni­versitaire
dont les réformes Édgar Faure et Haby, entre autres, ne manifestaient que
trop l’esprit destructeur de toute vraie tradi­tion d’éducation et d’enseignement,
tout simplement de savoir-vivre et de politesse égalitarisme barbare,
uniformisation et épar­pillement, c’étaient les mots d’ordre.

Seulement aujourd’hui, les résultats sont là. Accablants. Tant que la
République chaussa les bottes des habitudes françaises de culture et d’enseignement,
tant qu’elle profita des méthodes éprouvées de la haute civilisation dans
laquelle elle s’insérait, et, pour tout dire d’un mot, tant que le lycée
copia en formule laïque le collège des jésuites, tout sembla se passer
correctement et elle put se vanter de résultats qui, en réalité, ne lui
appartenaient pas. Son vrai visage d’enseignante se décou­vrit peu peu quand
son idéologie s’imposa dans les méthodes qu’elle édicta de manière
contraignante au corps enseignant, aux familles et aux élèves, aux
directeurs d’établissement, sans jamais, d’ailleurs, les avoir vraiment
consultés. Des réformes incessantes, à peu près, une par an, d’innombrables
rapports de non moins innombrables commissions, de consultations populaires
qui sont censées ouvrir de grands débats et qui ne servent rien, la
constitution d’observatoires, d’agences, de comités comme sait en créer à
tout bout de champ la V° décadente, rien n’y fait. Maintenant, la
dégradation est patente elle s’aggrave d’année en année. Les ministres qui
veulent réagir, succombent les uns après les autres, quelle que soit leur
tendance.

Ceux qui font florès, se livrent à la démagogie et enfoncent le système dans
sa perversion. Et, de toute façon, ils se succèdent, les uns aux autres
comme les réformes. Les chiffres appor­tent leur leçon par eux-mêmes ils
sont l’ex­pression d’un bilan :15% des élèves de 6° sont quasi illettrés, un
petit tiers des écoliers possèdent vraiment les savoirs fondamen­taux de
leur niveau, un petit quart pour les collégiens. Cc qui n’empêche pas que la
règle a été fixée de donner le baccalauréat à plus de 80% de ceux qui se
présentent. Les facul­tés sont encombrées d’étudiants qui ne savent que
faire et qui s’entassent dans des filières sans qualification véritable et
donc sans débouchés, tandis que les domaines scien­tifiques et même
littéraires, mais surtout les domaines techniques et professionnels, sont
loin d’avoir leur nombre suffisant.

Tout cela est absurde. Quatre étudiants sur 10, soit presque la moitié
sortent du système universitaire sans diplôme réellement qualifiant. Ils
poin­tent à L’ANPE pendant des années. Le refus systématique, par idéologie,
de toute sélec­tion, de toute orientation intelligente crée des situations
qu’il n’est plus possible de régler et qui causent des ravages
psychologiques et sociologiques d’une gravité incommen­surable ; La société
en est malade. À quoi s’ajoutent la violence scolaire qui devient une
pandémie, l’irrépressible communauta­risme dont la création des ZEP est la
traduc­tion juridique, une lèpre qui gagne peu à peu tout le paysage
scolaire. Le malaise des professeurs tourne au désarroi.

La liberté à retrouver.

Et pourtant il est des endroits où ça marche. Partout où, pour une raison ou
pour une autre, on n’applique pas les stupides directives. C’est ainsi que
les Grandes Écoles, entre autres, peuvent échap­per au massacre et tous les
établissements, les facultés, les universités où la loi du bon sens l’emporte
sur l’idéologie malfaisante. C’est si clair aujourd’hui qu’il n’est personne
d’un peu averti qui n’en convienne. Et c’est heureux, car c’est un grand pas
en avant. Les dénonciations indignées n’hésitent plus à se manifester devant
cet immense gâchis dans la presse, même de gauche, dans des livres, par des
pétitions, des associations, des fondations. Tant mieux, c’est le
commen­cement de la sagesse : Il faut s’en féliciter.

Le ministre en exercice Gilles de Robien a parfaitement entendu, vu et
compris cette détresse. Il veut y porter remède comme avait commencé à le
faire son prédéces­seur François Fillon. Il s’attaque à la racine du mal ;
il commence par le commence­ment : apprendre aux plus petits à Lire et donc
à « bien » lire, écrire et donc à « bien » écrire, à compter et donc à « 
bien » compter. Le mot « bien » est important, il commande des méthodes d’apprentissage
naturel ; on le sait aujourd’hui que des générations ont été sacrifiées aux
méthodes de la pseudo­modernité. La bagarre sur les manuels de lecture
prouve l’importance de l’enjeu. Ensuite il s’agit d’enseigner les savoirs
élémentaires et indispensables qui permet­tent de comprendre, de juger, bref
de former l’esprit, socle commun, qui ne s’acquiert pas n’importe comment
puisqu’il suppose une transmission.

Le ministre n’a pas hésité à s’attaquer aussi aux Instituts universitaires
de formation des maîtres (IUFM) pour les ramener à la réalité scolaire.

Mais il faut aller plus loin. Parler des vraies libertés, des vraies
autonomies, de l’uti­lité ou de la non-utilité du bac, de l’orientation, de
l’organisation professionnelle et décentralisée, d’universités de haut
niveau dotées de vrais moyens. On comprend que Gilles de Robien qui se donne
du mal en ouvrant toutes sortes de « chantiers que personne n’avait trop osé
aborder avant lui, soit agacé par les paroles en l’air des candidats à la
présidentielle qui affichent des programmes, comme si le ministre en charge
n’existait pas. Mais n’est-ce pas la loi de l’électoralisme ? Et puis, dans
six mois, Gilles de Robien sera-t-il encore ministre de l’Éducation
nationale ? Au fond le vrai problème n’est-il pas là ? Et si tout ce qu’il a
entrepris et qui a l’assentiment d’une grande majorité, était remis en cause
 ? Grave ques­tion. Autant dire qu’elle est politique. Et qui débouche sur
une autre plus métaphysique mais qu’il faut poser dans toute sa force :
est-ce vraiment à l’État d’éduquer.? Et même d’instruire ? Le métier d’enseignant
est trop noble pour être réduit à la condition de simple fonctionnariat au
service d’un État prépotent, totalitaire dans ses principes et qui a fait de
l’enseignement « son armée rouge » au service de « sa cause ». Sa cause
étant, dès maintenant et quoi qu’il arrive, perdue, la pauvre et innombrable
armée est également perdue. Pour la sauver, il n’est pas douteux qu’il lui
faut trouver une autre légitimité.

Politique Magazine.

Répondre à cet article