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Sarkozy, le leader dont Moscou rêvait.

Mercredi 14 novembre 2007, par Boris lounanov, Dorothea Hahn // Le Monde

En dépit de son atlantisme, le nouveau locataire de l’Elysée pourraît offrir d’intéressantes perspectives à la diplomatie Russe. Un journal moscovite le place dans la lignée de De Gaulle.

La première visite officielle de Nicolas Sarkozy à Moscou a révélé un paradoxe : elle fut beaucoup moins centrée sur les relations franco-russes proprement dites que sur deux questions très sensibles pour la politique étrangère russe. Non, je ne veux pas parler de l’Iran, car le Kremlin n’est pas le seul à s’opposer à l’intransigeance de la France, qui réclame une troisième étape dans l’aggravation des sanctions contre Téhéran ; à l’inverse de Paris, Berlin, Rome et Vienne souhaitent aussi privilégier la voie diplomatique. Dans le difficile dossier iranien, on tiendra sans doute peu compte de l’impatience d’une diplomatie française qui vient brusquement de se réveiller.

En revanche, ce premier contact entre Poutine et Sarkozy pourrait offrir d’intéressantes perspectives pour les relations entre la Russie et l’UE, ainsi que pour la sécurité européenne et mondiale, sur fond de bouclier antimissile américain en Pologne et en République tchèque.

A ce jour les relations russo-européennes laissent les commentateurs politiques russes assez pessimistes. Elles leur semblent condamnées à se fourvoyer bientôt dans une impasse. Depuis les coulisses, les Etats-Unis, qui s’appuient sur les nouveaux membres de l’Union, ont démantelé l’axe Paris-Berlin-Moscou, si prometteur, et remodèlent l’Europe à leur façon, en agitant l’épouvantail de Gazprom ou en essayant des initiatives militaropolitiques douteuses, comme l’installation de nouvelles bases aux frontières de la Russie ou le fameux bouclier antimissile. Non seulement Bruxelles ne résiste pas à cette pression, mais elle va même dans le sens des russophobes d’Europe de l’Est, emmenés par la Pologne et les Etats baltes, et tient à son tour des discours antirusses.

En fait, le problème des relations russo-européennes ne tient pas à la force politique de la nouvelle Europe, mais à la faiblesse de l’ancienne. L’ouest du continent souffre d’un manque de leaders, et malheureusement Angela Merkel n’a pu y remédier, semblant préférer, peut-être à cause du traditionnel sens de la discipline propre aux Allemands, partager équitablement tous les gros problèmes avec la Commission européenne.

Mais, aujourd’hui, Nicolas Sarkozy est décidé à combler ce vide et à devenir l’intermédiaire de toutes les négociations les plus délicates avec la Russie. La France n’est pas aussi dépendante du gaz russe que l’Allemagne, ce qui permet à Sarkozy de mener un dialogue impartial. Même si on le qualifie d’atlantiste, il est très clair qu’il compte donner au discours proatlantique un contenu politique très profrançais. Il y a quarante ans, Charles de Gaulle avait retiré la France du commandement intégré de l’OTAN afin de préserver la souveraineté de la défense française. Sarkozy veut que la France réintègre l’OTAN, mais il conserve le même objectif que de Gaulle : il veut que ce soit la France, et non les Etats-Unis, qui joue le premier rôle sur la scène militaire et politique de l’Europe.

Juste avant de venir à Moscou, il avait reçu le président polonais et le Premier ministre tchèque à l’Elysée (le service de presse du palais de l’Elysée assure qu’il s’agit là d’une « pure coïncidence ») ; dès son départ se sont ouvertes à Moscou des négociations entre la Russie et les Etats-Unis pour discuter du bouclier antimissile. Et, à nouveau, comme dans la récente libération des infirmières bulgares emprisonnées en Libye, Sarkozy, comme par hasard, se retrouve dans le rôle du modérateur.

Boris lounanov

 

CONTREPOINT Mettre de l’eau dans son vin russe.

Le chef de l’Elysée a reçu les adversaires de Poutine avant de s’enthousiasmer pour son ami Vladimir. Realpolitik oblige.

Quand il était encore candidat, Nicolas Sarkozy n’aimait rien tant que s’emporter contre Moscou. Pour lui, il s’agissait, d’une part, de prendre ses distances vis-à-vis de son prédécesseur Jacques Chirac et, d’autre part, de s’assurer le soutien de défenseurs français des droits de l’homme autrefois de gauche, comme André Glucksmann ou Bernard Kouchner, tous deux très engagés contre les violations des droits de l’homme en Tchétchénie.

Cinq mois après son entrée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy s’est donc rendu à Moscou et, à l’issue d’une discussion de trois heures avec Vladimir Poutine, a affirmé avec enthousiasme qu’il y avait eu « beaucoup de convergences » - même sur les deux grandes questions de diplomatie internationale qui voient la France et la Russie s’opposer au Conseil de sécurité des Nations unies : de nouvelles sanctions contre l’Iran et l’indépendance du Kosovo, deux éventualités que Moscou rejette. Il appartient à la stratégie de Sarkozy d’avoir rencontré les chefs d’Etat ukrainien, polonais et tchèque avant de se rendre à Moscou et d’avoir déclaré, lors d’une visite éclair en Bulgarie, que la Russie était « un pays qui complique la résolution des grands problèmes internationaux plutôt qu’un facilitateur ». Cette attitude n’est pas sans rappeler celle du président américain, qui, avant ses visites à Moscou, privilégie systématiquement les initiatives critiques envers Poutine. Une fois sur place, le président français a cantonné ses appels en faveur des droits de l’homme et de la liberté de la presse à une conférence devant des ingénieurs et des techniciens à l’université Bauman.

Pendant la campagne électorale, les autorités moscovites avaient tablé sur une victoire de Ségolène Royal et réagi avec irritation à l’élection de Sarkozy. Pourtant, à peine ce dernier s’était-il installé à l’Elysée que les spécialistes russes prédisaient qu’il ne tarderait pas à lâcher du lest, entre autres à cause du gaz et du pétrole russes. C’est ce qui vient de se produire à Moscou. Au lieu d’adopter face au Kremlin le nouveau ton annoncé, Sarkozy a mis de l’eau dans son vin.

Dorothea Hahn, Die Tageszeitung, Berlin

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