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Sans services publics, l’asphyxie du monde Rural est irrémédiable !

Vendredi 2 novembre 2007, par Paul Vaurs // La France

« Quand une école ferme, le village meurt. » Cette formule lapidaire n’est guère discutée dans le rural profond. « Nous avons payé le prix pour le savoir », réplique-t-on à qui, par hasard, s’étonnerait de la radicalisation du propos. Il vaut mieux se garder aussi, d’oser en ces contrées un postulat antinomique en avançant que, peut-être, les écoles disparaissent parce que les hameaux sont déjà moribonds. Les exemples qui confirment l’axiome en question pleuvraient en riposte. En général, avant de recourir aux entreprises de déménagement, les villageois du rural profond acceptent d’endurer ou de compenser durant quelque temps les tracas causés par la disparition d’une partie des paysans de la commune, puis par celle des commerçants et des artisans.

En revanche, c’est maintenant prouvé, quand ils sont en charge de famille, notamment de jeunes enfants entrés depuis peu en âge scolaire, ils s’angoissent vite lorsque l’enseignant de l’endroit qu’ils habitent les informe de la fermeture prochaine de l’école. Même quand l’Académie régionale organise un regroupement immédiat de leurs petits sur l’établissement scolaire d’une autre commune ou sur celui du canton, avec ramassage en car. Tout naturellement ils anticipent, se demandant ce qu’il adviendra de leur progéniture à mesure qu’elle grandira et qu’elle progressera en enseignement. Pressés par l’inquiétude (réaction ô combien compréhensible) ils en viennent à envisager l’exode à leur tour, afin de se replier sur un bourg, à l’abri de tels soucis. Durant cette décennie, tout s’est accentué, l’ampleur de l’exode des ruraux, la détérioration de l’enseignement et la suppression des écoles dans les campagnes profondes, sans que nul, en haut lieu, n’ait réagi malgré l’importance du phénomène.

Durant les années 60, la perception du handicap scolaire parut se cristalliser surtout sur la situation des maternelles, les provinces en voie de dépeuplement se caractérisaient par une sous scolarisation évidente des enfants en bas âge. Non seulement elles souffraient d’un manque grave de classes enfantines, par surcroît celles qui existaient restaient peu fréquentées. La population rurale les boudait. Sur pression des mouvements d’opinion, un effort fut entamé ; 26 % des communes péri­urbaines et 10 % des communes du rural profond furent équipées en classes enfantines. Mais les zones à faible densité humaine et reculées ne décollaient guère du bas des tableaux des statisticiens. À la fin des années 70, alors que la fréquentation de l’enseignement préscolaire parut se stabiliser à près de 75 % dans l’ensemble du pays, ce taux stagnait toujours entre 60 et 65 % dans bon nombre de circonscriptions de la France rurale.

L’état des lieux en matière d’enseignement primaire dans le rural profond confine au désastre. Depuis 1980, les classes se sont raréfiées dans l’univers des campagnes à un rythme très inquiétant. Le Service de la prévision, des statistiques et de l’évaluation de l’Éducation nationale nous apprennent que la France dispose maintenant de 42 138 établissements d’enseignement public et privé dits de premier degré, celui qui nous intéresse en l’occurrence. Parmi eux, 35 187 sont dotés de plusieurs classes. Dans cet ensemble, qui dessert toute la nation, villes et campagnes réunies, il ne reste aussi que 6 951 classes uniques à ce jour, dont 6 748 appartenant au secteur public.

Parmi les 14 657 communes qui composent la France en voie d’abandon, 3 679 d’entre elles disposent encore d’une école à classe unique. Certes, leur situation reste peu enviable. Mais c’est le Pérou, comparé au néant que connaissent à présent la majorité des autres villages perdus. En bref, les Ministres de l’Education Nationale trouvent obsolète de maintenir des classes si le nombre d’élèves est jugé par eux insuffisant, ils les condamnent sans rémission.

Que la classe unique mêlant une poignée d’enfants d’âges dissemblables, aux besoins éducatifs différents, ne constitue pas un creusé idéal pour former des élèves aptes à suivre ensuite un enseignement plus poussé, semble fondé. Mais tout dépend du dévouement et de la qualité des enseignants détachés dans les écarts pour prendre ces petits en charge. Un vieux débat oppose depuis des décennies des spécialistes à ce sujet. Et chacun d’avancer des arguments et des exemples concluants.

Tout est devenue affaire de choix personnel dans les campagnes déshéritées. Une conséquence fâcheuse, quoi qu’on en dise, de l’effondrement des services généraux dans la France rurale. Ces décisions, sans appel, paraissent contraires à la loi d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989, lequel précise sans équivoque que « tout enfant doit pouvoir être accueilli à l’âge de trois ans, dans une école maternelle ou une classe enfantine, le plus près possible de son domicile, si sa famille en fait la demande ». Cette loi indique aussi, au deuxième alinéa de l’article 2, que « l’accueil des enfants de deux ans est étendu en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales ou de montagne « . Mais que faire contre une puissance qui semble bénéficier de droits régaliens ?
 Pour le Ministère de l’éducation nationale, les cités l’emporteront toujours sur les campagnes. Faut-il s’en convaincre encore dans la France profonde ? Un fait, point trop ancien puisqu’il remonte au printemps 1993, rapporté par l’hebdomadaire l’Auvergnat de Paris, le montre.

Pauvres ruraux... Toujours malmenés, dédaignés. Ils en ont essuyé des avanies en ce domaine. Cela de génération en génération. L’école rurale a longtemps survécu à tous les assauts. Elle peut s’enorgueillir d’avoir modifié profondément les habitudes ancestrales des paysans. Elle a contribué à forger ceux que tenteraient les progrès de l’agriculture. Elle a formé ceux qui, après 1945, conjurant les aléas de la vie aux champs, ils ont choisi le fonctionnariat, dans les Postes, la SNCF, la Gendarmerie, l’Electricité, les Ministères et... l’Enseignement. Mais elle ne résiste plus guère devant l’isolement qui a gangrené les campagnes, qui s’étale, qui engloutit les villages, sa clientèle fond, irrémédiablement..

Ce qui a conduit l’inspection régionale de l’enseignement à ordonner sa fermeture défini­tive. Son enseignant a été muté ailleurs sur-le-champ. Cependant elle fonctionne toujours. Ce sont des parents d’élèves qui, vaille que vaille, assurent l’instruction de leur progéniture. L’école rurale reste une cellule de vie civique. En revanche, la gestion du patrimoine scolaire de la nation semble plus que jamais inadaptée aux besoins de la France profonde. Elle se confirme comme fourrier avéré de l’exode des habitants des contrées déshéritées.

Une observation que nul ne contestera dans les ministères concernés, vaut d’être rappelée ; 2 200 000 Français continuent à maîtriser peu l’écriture et la lecture. De plus, 3 300 000 ne peuvent toujours ni lire ni comprendre un texte simple ; enfin, 6 150 000 ont des difficultés pour écrire. En majorité des citadins, à 60 % des hommes. Pas des croulants, les plus vieux entrent à peine dans la force de l’âge.

L’école est obligatoire jusqu’à seize ans en France... La connaissance ne s’évapore pourtant pas tel un gaz ; elle repose sur la souvenance. À la condition que le savoir semé ait pu lever. Une question de qualité. Le regroupement des cantonniers des Ponts et Chaussées sur une grande commune, par exemple lèse les écarts environnants, qui ne bénéficient plus d’un entretien régulier du lacis de leurs chemins. Les bermes disparaissent sous de hautes herbes folles qui mangent l’étroite chaussée, la rendent dangereuse, compliquent tout croisement. Point de charme sauvage dans cette explosion mal contrôlée de la nature. Celle-ci gagne, anarchique. Cela vaut pour des myriades de voies similaires, dans les piémonts pyrénéens, alpins et jurassiens. Ailleurs aussi.

De même, le démembrement des autres services publics les plus élémentaires prend-il des allures coercitives au sein du rural profond, puisqu’il impose aux zones déjà moribondes un surcroît de contraintes, immanquablement ressenties comme injustes par ce qui reste de la population. La concentration des perceptions, des recettes des impôts indirects, des cabinets d’huissiers, des études notariales, compliquent singulièrement l’existence quotidienne des villageois, les obligeant à multiplier les déplacements pour satisfaire des besoins très ordinaires.

Bien des communes appauvries n’ont plus les moyens, en outre, d’assurer un secrétariat mairie, une charge essentielle pourtant, autant pour l’administration locale que pour la population. Jadis, quand les candidats à ce poste faisaient défaut, elle incombait fréquemment aux prêtres des paroisses, eux-mêmes, regroupés à présent, dans les grands centres ruraux, pour cause de pénurie de vocations. Aussi voit-on parfois maintenant quelques municipalités s’allier afin de partager l’entretien d’une « secrétaire volante en de nombreux domaines, on vient de le voir ».

Il en est un cependant qui blesse particulièrement les ruraux ; celui de la poste, l’une des plus anciennes administrations, puisque son histoire se confond avec celle de l’Ancien Régime. L’une des plus utiles, durant toutes les époques. Depuis 1801, elle bénéficie du monopole du transport et de la distribution des lettres. Dès 1889, elle a étendu au téléphone ce régime qui supprimait toute concurrence. Pendant les Trente glorieuses, elle disposait d’un réseau de proximité sans équivalence sur le territoire, à l’exception de celui des écoles. Comme beaucoup d’autres, elle a fini par céder au culte de la productivité depuis deux décennies. Ce qui a conduit ses administrateurs à regrouper une grande part de ses bureaux. À supprimer des recettes, des agences, des guichets annexes considérés comme peu rentables, situés, comme par hasard, dans les zones et les villages écartés. Une concentration qui s’est accélérée au cours des dix dernières années.

On comptait encore 16 917 établissements postaux à ce moment ; Soit 9 916 recettes de plein exercice, 2 739 recettes rurales, 3 127 agences postales et correspondants postaux, de même que 1 135 guichets annexes. Aujourd’hui on ne dénombre plus que 13 000 points de contact avec le public. Ceux qui ont le moins de chemin à parcourir pour accéder à l’un de ses guichets sont les Parisiens, évidemment, un bureau par 0,6 kilomètre carré., une antenne aux 73 kilomètres carrés, ou le Gers, une annexe pour 74 kilomètres carrés.

Certes, les facteurs, dévoués au possible, effectuent encore 37 000 tournées quotidiennes. Depuis une quinzaine d’années, 2 500 bureaux de poste ont été officiellement habi­lités à effectuer des opérations de polyvalence pour le compte d’autres administrations ou organismes publics, timbres fiscaux, cartes grises, distribution de colis au nom de la Sernam, même des réceptions de dossiers pour la Sécurité sociale. Depuis quinze ans, l’essentiel de l’activité des bureaux de poste dans les zones rurales est également financière. Un relais imposé par la fermeture de 3 818 guichets bancaires temporaires dans ces lieux, par la disparition de 4 100 guichets de caisse d’épargne Ecureuil, durant la même période. Il reste que l’amenuisement régulier de l’éventail des points de contact avec le public, de moins en moins nombreux, pénalise fortement la société rurale.

On entend souvent dire aussi que, depuis 1945, la France ne souffre d’aucun sous-équipement funeste dans le domaine de la santé. Qu’elle bénéficie au contraire dans son ensemble de bienfaits que le reste du monde jalouse ; un accès égal pour tous aux soins, les meilleurs évidemment, de même que la meilleure des protections sociales. Pourtant, elle piétinait encore dans les traitements de la plupart d’entre elles. Contrainte par la force des choses à ne dispenser qu’un enseignement humaniste, elle soulageait souvent, mais guérissait peu. Parce qu’elle manquait de moyens efficaces. Elle n’a pu s’en prendre aux épidémies infectieuses, redoutables tueuses, qu’après l’apparition des antibiotiques, mis au point en Grande-Bretagne puis aux États-Unis, entre 1942 et 1945.

Malgré cet appoint bienvenu, la France a continué à souffrir de son sous-équipement sani­taire et de son retard scientifique en matière de médecine depuis une dizaine d’années. Dans le même temps, malgré l’édification hâtive d’un bon nombre d’hôpitaux ruraux succinctement aménagés, baptisés hôpitaux électoraux car leur implantation ne résultait que de l’entregent de certains députés, la société des écarts a continué à vivoter sans que puissent être levées les disparités sanitaires régnant antérieurement. Certaines contrées accédant à un état satisfaisant, d’autres végétants. Une question d’hommes et de femmes sur le terrain.

Ils sont quelque 210 000 inscrits à l’Ordre, aujourd’hui, dont 180 000 en activité. Parmi eux, environ, 80 000 généralistes, dont 1 000 libéraux installés en cabinet. Qu’on pardonne cependant celle qui suit. Elle concerne l’implantation des cabinets médicaux sur l’ensemble du territoire, elle met surtout en évidence l’inégalité des secours sanitaires que peuvent attendre les ruraux quand le besoin s’impose.!..La santé des ruraux inspire pourtant par endroits des inquiétudes fondées. Une autre enquête montre que les anciens agriculteurs souffrent d’une invalidité plus forte que celle de la moyenne de la population. Elle résulte d’une usure corporelle qui précipite une cascade de maux divers venant sensiblement restreindre l’activité. Pour autant, ils ne consultent pas souvent, presque deux fois moins que les citadins, se bornant à recourir aux généralistes. Parmi eux, le recours aux spécialistes reste peu fréquent.

Aussi, la population rurale s’en détourne-t-elle de plus en plus, au profit des hôpitaux généraux, voire des lointains CHU, ce qui augmente du même coup ses déplacements et intensifie ses tourments. Les villages reculés, supportent de moins en moins l’éloignement des centres de traitement. L’isolement finit par devenir une hantise en cas de maladie, même bénigne. Il n’est donc pas surprenant que les ruraux les plus avisés en viennent à abandonner, à déménager en ville quand s’installe l’angoisse quotidienne de courir un risque médical.

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