Sainte Sœur Emmanuelle.

Mardi 4 novembre 2008 // La Religion

Sœur Emmanuelle s’en est allée dans son sommeil, alors qu’on se préparait à fêter son centième anniversaire. Jusqu’au bout, elle aura manifesté cette étonnante vitalité et cette joie intérieure qui lui valaient l’amitié et l’estime de tous. La France lui adresse l’adieu ému qu’elle sait réserver aux belles figures de la charité, tel, il n’y a pas si longtemps, l’abbé Pierre auquel on l’associait spontanément. Il y a aussi une tradition ancrée profondément dans l’imaginaire collectif, pour se référer à des hommes et des femmes dont la vie entière s’est dépensée pour les plus pauvres. L’abbé Pierre rappelait jusqu’à la silhouette de Monsieur Vincent qui symbolise à lui seul l’alliance intime de sainteté et de génie de l’amour dévolu aux intimes de la vie trinitaire. Sœur Rosalie est peut-être restée plus discrète, elle n’en demeure pas moins le symbole de ces femmes consacrées, auxquelles Paris voua un culte de reconnaissance.

Sœur Emmanuelle, pour sa part, avait reçu l’appel de la détresse sur la terre d’Égypte où son ordre, les sœurs de Sion, l’avait envoyé. Elle devint la chiffonnière du Caire après une vie religieuse déjà bien remplie. En ce sens, elle fut proche de l’expérience de la bienheureuse Mère Teresa bouleversée par la misère des rues de Calcutta. Elle « s’incultura » dans ce monde délaissé de la misère dont elle avait perçu les trésors d’humanité. Elle permit ainsi à des familles, à des jeunes, de sortir la tête de leurs difficultés. Avec beaucoup d’intelligence pratique, elle sut associer la France et le système des médias à son œuvre, pour recevoir l’aide nécessaire. Ainsi devint-elle assez vite une référence et même une vedette que les animateurs de télévision s’arrachaient, sûrs qu’ils étaient de réaliser les meilleurs scores d’écoute. La religieuse sut à la fois jouer le jeu et rester elle-même, n’abandonnant jamais cette spontanéité qui était son meilleur atout, ainsi que son témoignage de foi et de fidélité à ses engagements religieux. Alors que les ONG semblaient prendre le relais de l’action caritative, elle manifestait la permanence d’un certain idéal de la charité associé au don total de soi-même qui est connaturel au christianisme dans l’esprit même de l’Évangile. L’Église catholique demeure aujourd’hui encore la plus grande Internationale de l’entraide mondiale et de l’assistance à toute détresse. Sœur Emmanuelle en fut l’ambassadrice merveilleusement douée. Mais c’est surtout le secret d’une vie offerte que nous retiendrons toujours d’elle.

Sœur Emmanuelle

« Charité qui dépasse les frontières géographiques et spirituelles. »

C’est avec tristesse, et dans une action de grâce profonde, que le diocèse de Lyon a appris la mort de Sœur Emmanuelle. Disparue ce matin, à trois semaines de son 100ème anniversaire, elle a donné l’exemple d’une vocation religieuse exceptionnelle, qui a connu un second souffle au moment de sa retraite, alors qu’elle se consacrait aux plus pauvres.

Pour le cardinal Philippe Barbarin : « Elle a fait preuve d’un amour sans limite. Son témoignage touche les cœurs depuis plusieurs décennies. »

L’archevêque de Lyon, actuellement à Rome pour le Synode sur la Parole de Dieu, précise :
« Personnellement, j’ai été très touché par chacune de nos rencontres, par ses paroles et ses conseils très fraternels sur la vie de l’Eglise en France et sur la conduite d‘un diocèse.

Ce fut pour moi une surprise et une grande joie de l’entendre me demander le sacrement des malades lors d’un pèlerinage à Lourdes, comme l’aurait fait tout simplement une autre personne âgée ou malade. C’est avec émotion que je lui ai effectivement donné l’onction des malades, en rendant grâce à Dieu pour l’ardeur de son action et la ferveur de son témoignage. Elle ne craignait pas de bousculer. Elle savait mieux que quiconque parler des problèmes de logement, de nourriture et d’hygiène… Elle était partout attentive à la situation des SDF, des réfugiés, etc.

En désignant l’Abbé Pierre et Sœur Emmanuelle comme les personnalités les plus populaires, les Français ont su voir en eux le témoignage d’une charité qui vient du cœur brûlant de Dieu pour les hommes, une charité qui dépasse les frontières géographiques et spirituelles. »

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