SOCIALISTES : LA TRÊVE DURERA-T-ELLE ?

Dimanche 3 octobre 2010 // La France

Quinze jours après l’université d’été de La Rochelle, c’est à peine si l’on se souvient de l’événement qui suscita plus de mille articles dans la presse française. Presque tous insistaient sur le climat apaisé qui régnait au bord de l’Atlantique : tout le contraire de la guerre des courants d’août 2008 et des polémiques entre Martine Aubry et Ségolène Royal lors du congrès de Reims.

Cette sérénité n’était pas illusoire. Les socialistes, pensent que Nicolas Sarkozy perdra la bataille de la présidentielle et déclarent avoir « envie » de revenir aux affaires, car leur victoire aux législatives devrait être la conséquence logique de la conquête de l’Élysée. D’où l’idée, récurrente, que l’on peut engranger des voix sans trop s’engager dans les conflits sociaux et sans polémiquer outre mesure.

Les conditions de l’idylle entre chefs socialistes étaient cette année d’autant plus faciles à réunir qu’il n’y a ni élections générales ni congrès en perspective. L’été prochain, les journées de La Rochelle, seront plus agitées puisqu’on sera à quelques semaines des « primaires » de la gauche : la guerre entre candidats potentiels fera rage, à moins que Dominique Strauss-Kahn ne parvienne à s’imposer comme l’homme providentiel.

Cela signifie que l’autorité de l’actuelle « patronne » du Parti socialiste n’est pas mieux établie qu’il y a quelques mois. Les socialistes restent sur des positions défensives et se bornent à protester contre les campagnes menées par le gouvernement, tout en déclarant qu’ils ne tomberaient pas dans le piège sécuritaire tendu par Nicolas Sarkozy, les dirigeants socialistes ont affirmé qu’ils feraient mieux en matière de sécurité sans avancer de propositions réellement convaincantes. De même, ils sont « suivistes » par, rapport aux journalistes qui cherchent à obtenir la démission d’Eric Worth et ils laissent les syndicats mener la bataille contre la réforme du système des retraites.

Cette prudence s’explique par le fait que le Parti socialiste est devenu, après sa victoire en 1981, un parti d’élus nationaux et locaux et de personnes qui travaillent pour ces élus en attendant de se faire élire : la prudence gestionnaire des anciens se conjugue aux calculs précautionneux de ceux qui sont au début de leur carrière politique. Il y a, certes de la réflexion dans ce parti, nombre de débats animés eurent lieu à La Rochelle mais ce sont des « experts » de la haute fonction publique qui rédigent les programmes.

Le Parti socialiste a par ailleurs confié sa propagande à des « communicants » qui fabriquent des slogans sans doute agréables à entendre, mais qui sonnent creux : ainsi « l’ordre juste », le « juste échange » ou encore « la vie qu’on veut », formule partout affichée qui singe une requête populaire dans le langage que les communicants prêtent au peuple.

Ces pesanteurs politiques et sociologiques, le langage expert et les techniques de communication du siècle dernier empêchent la direction socialiste de saisir la logique de la crise économique et financière et la violence sociale qui inquiètent maintes autorités. Ce décalage, entre la direction du principal parti d’opposition et les attentes d’une partie de la société fait ressortir toujours plus crûment les ambitions personnelles. Nous en aurons bientôt le spectacle, toujours parfaitement mis en scène par les médias.

Répondre à cet article