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SARKOZY Triviale poursuite ...

Mercredi 26 décembre 2007, par Antonio Caballero // Le Monde

Oubliés les « opprimés du monde », dont Sarkozy promettait qu’ils trouveraient en France une oreille attentive. A la place, juge El-Watan, s’impose la vieille politique du chéquier. Quant à la vocation universaliste, Nicolas Sarkozy la remplace par la « sensiblerie démagogique », s’emporte le colombien Semana. Même les intellectuels ont perdu leur voix, ironise la Frankfurter Allgemeine Zeitung. Les seuls à se réjouir sont les Chinois et les Russes.

Dans la jungle de la guérilla colombienne

Pour cet éditorialiste colombien, Nicolas Sarkozy est un « exhibitionniste compulsif ». Et son message télévisé destiné à « monsieur Marulanda » du cinéma.

Semana
Bogotá

Le président français s’est adressé aux otages des FARC sur les ondes courtes de Radio France Internationale (RFI) afin qu’ils puissent l’entendre. ET à Manuel Marulanda, le chef des Forces armée révolutionnaires de Colombie (FARC) [le groupe de guérilla le plus important de Colombie, qui détient, entre autres, Ingrid Betancourt], via la télévision française. La jungle n’étant pas équipée du câble, ce dernier n’a pu ni le voir ni l’entendre. En fait, ce message n’était pas de la télé, mais du cinéma, et rien d’autre, car Sarkozy parlait en réalité aux téléspectateur français, qui sont d’ailleurs les seuls à pouvoir être sensibles à des expressions aussi mièvres que : « où est donc passé son sourire ? » [En français dans le texte]. Le président français s’imagine-t-il que Tirofijo [Tir dans le mille », surnom de Marulanda] est abonné à Paris Match ? Et la liste des sensibleries démagogiques n’est pas terminée : « Je forme un rêve : celui de voir Ingrid au milieu des siens pour Noël. » En prononçant son célèbre discours contre le racisme, « I have a dream », Martin Luther King n’avait pas imaginé, même en rêve, qu’un troupeau d’opportunistes viendrait marcher sur ses plates-bandes et lui saccager sa belle formule. Pis : « Monsieur Marulanda, je vous demande solennellement de relâcher Ingrid Betancourt et de n à pas porter sur votre conscience le risque que ferait peser sa disparition […] Monsieur Marulanda, il faut sauver une femme en danger de mort. »

Je le répète, rien que du cinéma. Car, aussi grave que puisse être sa mégalomanie, le président Sarkozy ne peut croire sérieusement que son discours télévisé « solennel » et son « engagement » à « [s] impliquer personnellement » attendriront le cœur et feront pâlir le visage du vieux chef inflexible d’une guérilla sans pitié, pas plus que ne l’effraiera le spectre des remords et des cauchemars. Sarkozy n’a –t-il donc pas compris que Tirofijo est en guerre ? Le chef de l’Etat français ne peut pas croire sérieusement que les FARC vont libérer leurs otages pour des considérations humanitaires, ils n’auraient pas d’otages. Y-a-t-il une seule personne pour croire sérieusement que les FARC vont libérer leurs précieux prisonniers sans aucune contrepartie ? Leurs conditions ont toujours été claires. En échange de centaines d’otages économiques (voire de leurs cadavres), ils veulent de l’argent. Et, en échange de dizaine d’otages politiques, ils veulent la démilitarisation d’une partie du pays. L’échange dit humanitaire (en réalité politique) ne repose pas sur des concessions mutuelles mais unilatérales : c’est un échange, un troc-du business. Si l’on souhaite que les otages reviennent dans leur s familles, morts ou vifs, il n’y a qu’une alternative : soit l’assaut militaire à feu et à sang (surtout à sang), soit les négociations bilatérales entre le gouvernement colombien et les FARC.

Et, pour le moment, sans lever le petit doigt, et précisément parce qu’elles ne l’ont pas fait, les FARC ont obtenu plus d’écho sur la scène internationale qu’aux temps les plus délirants du frivole Andrés Pastrana [président de 1998 à 2002] ; lorsque les guérilleros recevaient ambassadeurs et banquiers en audience chez eux, dans le Caguàn [dans le sud du pays, André Pastrana avait fait démilitariser une zone grande comme la Suisse pour mener, sans succès, des négociations avec les FARC trois années durant], et que leurs représentants voyageaient dans le monde entier aux frais du gouvernement. De plus, comment croire Uribe lorsqu’il explique vouloir que tout se fasse sans publicité, alors même qu’il choisit pour médiateurs deux exhibitionnistes compulsifs comme Hugo Chàvez et Nicolas Sarkozy ?

Le président français affirme que, au- delà du cas de sa compatriote Ingrid, il s’engage à « redoubler d’efforts pour contribuer à trouver une issue au conflit colombien ». Cette conviction en son pouvoir bénéfique montre précisément qu’il n’a rien compris à ce conflit. Il s’agit d’un conflit qu’on ne résout pas simplement en appelant le chef de la guérilla « monsieur Marulanda », comme si, flatté par tant de courtoisie, ce dernier allait déposer sans autre contrepartie les armes qu’il a prises il y a cinquante ans.

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