RETOUR SUR L’EX-DICTATEUR IRAKIEN APRES SA PENDAISON.

SADDAM. 

" Portraits d’une vie de feu et de sang "

Jeudi 8 février 2007, par Paul Vaurs // Le Monde

La mise à mort de Saddam Hussein, le 30 décembre 2006, prive l’Irak de l’examen
des crimes les plus graves, qu’il avait perpétrés tout au long de son règne,
et, dès même son ascension au pouvoir.

C’est comme s’ils avaient voulu ajouter encore un peu de violence,
télévisée celle-là, à celle que connaissent les Irakiens depuis quarante
ans ; un peu comme si l’on avait voulu rester dans l’univers de celui que l’on
a pendu ce samedi 30décembre à l’aube, dans une caserne des renseignements
militaires, dans le quartier chiite- dAl-Qadimiya, au nord de Bagdad - un
univers de brutalité absolue. Et la violence fut au rendez-vous de cette
mise à mort scénarisée.

À peines diffusées sur cassettes et autres gadgets de l’ère électronique,
les mages de la pendaison de Saddam Hussein exacerbent le conflit qui ravage
l’Irak depuis la chute du tyran le 9 avril 2003 et son arrestation le
13décembre de la même année. Sunnites d’un côté, contre chutes et Kurdes d’autre.
Dès qu’il s’empare du pouvoir « vice-président en 1969 » (président en
1979), Saddam gouverne avec les siens. Les sunnites (un cinquième d’une
population de quelque 26 millions d’habitants) et, dans une moindre mesure
les chrétiens. Il martyrise les deux autres grandes communautés du pays. Les
chiites (la majorité) et les Kurdes. Ceux-là hurlent leur joie à la scène
saisie sur un portable équipé d’une caméra : Epaisse corde au cou, bien
ajustée par l’un des bourreaux masqués, le dictateur avance sur la trappe
visage découvert, calme ; la trappe s’ouvre dans un grand vacarme métallique.
Saddam tombe dans le vide. Gros plan sur la tête du supplicié, pendu à bout
de corde,du sang sur une joue, cou brisé yeux grands ouvert.

Les sunnites voient dans la vidéo de la mise à mort la confirmation d’un « 
complot » ourdi contre eux. L’annonce de l’exécution de Saddam Hussein est
suivie d’une série d’attentats perpétrés par des sunnites dans les quartiers
chiites. Quelque cent personnes vont payer de leur vie celle que l’on vient
de prendre à leur héros. Il va falloir les venger bien sûr. Les milices
chiites s’en chargeront ; auxquelles répliqueront les sunnites etc. Même mort
et enterré, le 31 décembre dans son village natal d’Al-Ojah à 180 km au nord
de Bagdad, Saddam sème la terreur.

Il en avait fait l’arme d’un pouvoir exercé par la torture, les
disparitions, les exécutions sommaires, les déplacements de populations,
enfin le crime de masse. Il fut sans doute l’un des tyrans les plus
sanguinaires de l’histoire de la seconde moitié du XX° siècle. Né le 28avril
1937, dans une tribu sunnite, il adhère dès l’adolescence au parti Baas
clandestin, une formation socialiste laïque ; prônant le nationalisme irakien
et arabe. Au pouvoir depuis la fin des années 1960, Saddam Hussein profite
du boom pétrolier de 1973 pour moderniser l’Irak, le rapprocher de l’URSS
sans en faire un satellite, séduire nombre de pays occidentaux aussi, à
commencer par la France, et même les Etats-Unis dans les années 1980.

Mais son règne est d’abord marqué par la guerre : de 1974 à 1975 contre les
kurdes d’Irak en quête d’autonomie sinon d’indépendance ; contre l’Iran de l’ayatollah
Khomeiny de 1980 à 1988, campagne qui coûte la vie à quelque 300 000
Irakiens et ruine le pays ; contre ses Kurdes encore, avec l’opération dite
« AJ-Anfal » où l’arme chimique est employée et qui se solde par la mort de
180 000 personnes, au bas mot ; contre le Koweït, envahi en août 1990 pour s’emparer
du pétrole de l’émirat et « payer » sa guerre d’Iran,..

Jusqu’à l’invasion du Koweït, en 1990, aucune des entreprises sanglantes de
Saddam Hussein, même celles qui relèvent du crime contre l’humanité, ne
suscite l’opprobre des Occidentaux. Chassé du Koweït par une coalition
militaire menée par les Etats-Unis, Saddam ne s’en remettra pas. Il
martyrise encore les Kurdes et les chiites, massacrés dans le sud du pays,
mais l’Irak est sous souveraineté limitée, sous tutelle onusienne et embargo
international. C’est un pays exsangue que les Etats-Unis vont déstabiliser
un peu plus en l’envahissant début 2003, au nom d’un double mensonge. Un
prétendu arsenal d’armes de destruction massive et de supposés liens avec
les islamistes d’Al-Qaida. Le reste de l’histoire est connu et tient en un
mot : La violence, toujours la violence, avec ou sans Saddam Hussein.

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